Disparitions forcées  
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Nom : Tayeb

Prénom : Abderrahmane

Date de naissance (ou âge)  : 07 février 1967

Etat-civil   : Célibataire

Nombre d'enfants :

Profession :

Adresse : Berbessa, Koléa (Tipaza)

Date de l'arrestation : 23 février 1994

Heure :

Lieu de l'arrestation : domicile

Agents responsables de l'arrestation : gendarmes

Résumé des faits : Citoyen âgé de 27 ans, célibataire, demeurant à Berbessa (Koléa). Il a été enlevé le 23 février 1994 à son domicile. Au moment de l'arrestation, les gendarmes ont tué son père, Tayeb Ahmed âgé de 62 ans et son frère Ali devant tous les membres de la famille. Les corps ont été transportés par les gendarmes et furent enterrés secrètement à Koléa sans la présence de la famille. A disparu depuis cette date. Sa mère, Mme Tayeb née Belazza Khadidja, et son frère Mohamed seront également enlevés et disparaîtront à leur tour. Toute la famille sera pratiquement décimée par les assassinats et les enlèvements.

Lieu (x) où la personne disparue a été localisée éventuellement :

  • N'a jamais pu être localisé.

Démarches entreprises par la famille :

  • Lettres aux diverses autorités, sans suites.

Observations :

  • Son père et son jeune frère seront tués lors de son arrestation.
  • Sa mère et son frère Mohamed seront enlevés et disparaîtront.

Témoignage de la famille   : (Sour)

Tout a commencé en 1995 dans notre village. Un climat d'injustice et de hogra s'est installé dans la région. Des gendarmes venaient régulièrement nous provoquer et nous agresser. Ils nous insultaient et nous lançaient des obscénités. Maintenant, celui qui détient une arme a droit de vie et de mort sur les êtres humains.

Un voisin milicien nommé Mohamedi Mohamed nous provoquait souvent. Il arrêtait mes petits frères, les emmenait à la gendarmerie et leur faisait du chantage en leur disant : « Je ne vous libérerai pas avant que votre sour Yamina ne vienne vous prendre ».

La réalité de l'histoire c'est que ce milicien imbu de son arme qu'il exhibait à tout bout de champs voulait se marier avec moi dans le cadre du mariage de jouissance (zaouadj el moutaâ) ce qui est une aberration.

Il est venu une fois à la maison avec son fusil et nous a menacé de nous tuer tous en nous disant : « vous n'avez aucun droit dans ce pays car vous êtes des terroristes ». Il a répété cela un autre jour à la gendarmerie et devant les gendarmes.

Ce milicien qui était chômeur, faisait des affaires. Il s'est inscrit au RND dès sa création. Les gendarmes étaient avec lui. Ils lui dirent de déposer une plainte contre moi chez le procureur pour me mettre en prison. Ils lui dirent : « Nous les connaissons tous au tribunal, Abdelatif, Belkacem, nous les connaissons, il n'y aura aucun problème pour la coffrer ».

Belazza Khadidja est ma mère. Elle a été arrêtée le 11 novembre 1995. Les gendarmes lui ont tendu un véritable piège. Elle avait reçu une convocation de la mairie pour retirer sa prétendue carte de vote. Munie de sa convocation et du livret de famille, ma mère est allée à la mairie. Les gendarmes de la localité de Chaïba l'attendaient là-bas. Ils l'ont arrêtée et nous sommes restés sans nouvelles d'elle.

Un mois après sa disparition, je fus convoquée par les gendarmes de Chaïba qui m'ont remis le livret de famille qui était en possession de ma mère lors de son enlèvement. A ma question de savoir qu'est devenue ma mère, ils me répondirent qu'ils ignoraient où elle se trouvait.

Et depuis, nous ne savons pas ce qu'est devenue notre pauvre mère. Est-elle vivante ou a-t-elle était tuée ?

Tayeb Abderrahmane est mon frère. Il a été enlevé le 23 février 1994. C'était le jour où les gendarmes ont envahi la maison et ont tué sous nos yeux mon père, Tayeb Ahmed âgé de 62 ans et mon frère Ali. Les corps ont été transportés par les gendarmes et furent enterrés secrètement à Koléa. Ils nous ont interdit d'y assister.

Tayeb Mohamed est mon autre frère. Il a été enlevé en juin 1995 par les militaires à Oran où il travaillait. Il a disparu à ce jour.

Nous ne sommes plus que trois à la maison, Mahdjoub âgé de 11 ans, Hamza âgé de 16 ans et moi. Notre famille a été disloquée. Mon père et mon frère ont été exécutés sommairement sous nos yeux. Ma mère et mes deux autres frères ont été enlevés et sont portés disparus.

Malgré tout cet arbitraire, les gendarmes ne cessaient de me harceler avec mes deux petits frères qui restent. Ils venaient souvent de jour et de nuit nous terroriser. Ils me lançaient des obscénités et me faisaient des propositions malsaines.

A qui se plaindre devant cette injustice. Tout était entre leurs mains. Toutes les portes étaient fermées.

Notre village Barbessa (Koléa) a connu une période d'injustice que nous n'avons jamais connu. De nombreux innocents ont été exécutés sans aucune raison. Des familles ont été massacrées.

Je vous prendrais l'exemple de mon oncle maternel âgé de 41 ans, handicapé, père de 8 enfants. Il travaillait et avait de l'argent. Les miliciens ont voulu le racketter. Il a refusé de marcher dans la combine. Il a été enlevé en 1995. Il a disparu à ce jour.

D'autres exemples existent. Je vous citerais la disparition de citoyens qu'on voulait racketter comme mon oncle. On les enlevait sur leur lieu de travail ou encore dans la rue, la plupart étaient retrouvés tués par balles ou égorgés devant le puits de Aïn Messaoud ou au Haouch Riacha, à l'oued de Doumia. C'étaient les lieux de prédilection où les miliciens jetaient leurs victimes.

Ces miliciens imposaient la terreur dans notre village. Ils réglaient des comptes avec ceux qui auparavant avaient des différents familiaux ou autres avec eux. Ils régnaient en maîtres sur le terrain.

Mahmoudi Abdelhafid est un citoyen de 53 ans qui travaillait dans un domaine agricole. Il a été terrorisé par les miliciens. Ils ont kidnappé son fils qui a disparu depuis. Une année plus tard, ils l'ont kidnappé à son tour. C'est le milicien Amar El Guebli qui l'a enlevé.

Il existe de nombreuses familles qui sont dans le même cas que nous.

Saad Messaoud est un militaire depuis sept ans. Il a été kidnappé en 1996 après lui avoir tué ses deux enfants. Ses deux habitations ont été confisquées.

 
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