Disparitions forcées  
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Nom : Kitouni

Prénom : Salah

Date de naissance (ou âge)  : 23 août 1955

Etat-civil   : Marié

Nombre d'enfants :

Profession : Journaliste

Adresse : Constantine

Date de l'arrestation : 09 juillet 1996

Heure :

Lieu de l'arrestation : Commissariat central de Constantine

Agents responsables de l'arrestation : Policiers

Résumé des faits : Citoyen âgé de 41 ans, demeurant à Constantine, journaliste à l 'hebdomadaire En-Nour de Constantine. A été arrêté le 9 juillet 1996 au commissariat central de la Sûreté de Constantine où il s'était rendu. Quelques jours auparavant, il avait été arrêté par des policiers a son domicile familial et interrogé pendant trois jours pour être relâché le 6 juillet 1996. Il est revenu le 9 juillet 1996 sur convocation du même commissariat et depuis ce jour il est compté parmi les disparus. Le 29 mars 1997, la police judiciaire informait par écrit la famille du journaliste que ce dernier avait été remis le 11 juillet 1996 au CTRI de la 5 e région militaire.

Lieu (x) où la personne disparue a été localisée éventuellement :

  • Commissariat central de Constantine.
  • CTRI de Constantine (SM).

Démarches entreprises par la famille :

  • Une plainte a été déposée en date du 10 août 1996 auprès du procureur de la République près le tribunal de Constantine. Une réponse écrite, avec procès-verbal de notification émanant des services de la police judiciaire de Constantine est parvenue en date 29 mars 1997 informant que le journaliste Salah Kitouni avait été transféré en date du 11 juillet 1996 vers le Centre territorial de recherche et d'investigation (CTRI) de la 5 e Région militaire.
  • Après cela, la famille a saisi à deux reprises par courrier le procureur de la République près le tribunal militaire relevant de la 5 ème région militaire : la première lettre en date du 21 Avril 1997 et la seconde en date du 13 juillet 1997.
  • Elle a également saisi par courrier l'Observatoire national des droits de l'homme en date du 24 avril 1997, le médiateur de la République ainsi que la Ligue algérienne des droits de l'homme à qui elle a remis une lettre en son siège de Constantine et la présidence de la République à deux reprises.

Observations : Présentation de RSF (Reporters sans frontières)

En 1985, Salah Kitouni entre au quotidien gouvernemental arabophone Al Nasr, dont il devient le responsable de la rubrique politique. Il quitte ce journal en 1990. En décembre de la même année, il crée, à Constantine, avec un ami, un hebdomadaire arabophone de sensibilité islamiste, El Nour. Salah Kitouni est en charge de la rubrique politique. En octobre 1992, il apprend par la radio que son journal est suspendu par le ministère de la Communication. Un an plus tard, il reçoit l’avis officiel de fermeture. En 1994, il travaille quelques mois pour l’hebdomadaire Al Hilal.

Le 1er juillet 1996, trois policiers en civil se présentent à son domicile et demandent à le voir. Celui-ci est à Alger. Le lendemain, deux policiers se rendent, cette fois, au domicile de ses beaux-parents où séjourne son épouse lorsque Salah part en voyage. Ils demandent encore une fois à rencontrer le journaliste. Sa femme leur répond qu’il est toujours dans la capitale. Le soir même, Mme Kitouni informe son mari par téléphone de la visite des policiers. Il décide alors de rentrer dès le lendemain à Constantine. Le 3 juillet, le journaliste se présente au commissariat. Après une garde à vue de trois jours, pendant laquelle il est longuement interrogé, il est libéré le 6 juillet, avec en poche, une nouvelle convocation pour le 9 juillet. Mais de retour chez lui, Salah Kitouni rassure sa famille : "Ce n’était qu’un interrogatoire, tout va bien." Le 9, il retourne au commissariat. Le lendemain, deux policiers se présentent, en compagnie de Salah, au domicile de sa belle-famille, pour récupérer des "documents". Ce dernier a tout juste le temps de rassurer sa femme et ses beaux-parents : "N’ayez pas peur, tout ira bien." Depuis, sa famille est sans nouvelles.

Au bout d’une dizaine de jours (la loi algérienne prévoit qu’une garde à vue ne peut excéder douze jours), la mère de Salah se rend au commissariat pour prendre des nouvelles de son fils. Elle y retournera à de multiples reprises. On lui donne toujours la même réponse : "Il n’est pas ici." Le 10 août 1996, elle écrit au procureur de la République pour porter plainte. En 1997, lors d’une convocation au commissariat, une secrétaire lui remet un procès-verbal daté du 29 mars de cette même année, qui mentionne : "Kitouni Salah, né le 23 mars 1955 à Constantine, fils de Farhat, a été arrêté par nos services, et a été remis au Centre territorial de recherches et d’investigations de la 5e région militaire en date du 19 juillet 1996." La mère du journaliste adresse alors à la direction de la 5e région militaire deux lettres, en date du 15 avril et du 30 décembre 1997. Elle ne recevra aucune réponse. Pas plus qu’aux lettres adressées à l’Organisation nationale des droits de l’homme (ONDH), au médiateur de la République au début de l’année 1998, et au chef de l’Etat, les 17 mai et 29 juillet 1999. Du côté de la presse, il faudra attendre le 29 juillet 1999 pour qu’un journal s’intéresse à l’affaire Kitouni : Ech Chourouk publie une lettre de la famille Kitouni dans la rubrique "courrier des lecteurs".

En août 2000, la mère et l’épouse du journaliste sont convoquées à la gendarmerie. Au terme d’une demi-heure d’interrogatoire, un gendarme déclare qu’il les tiendra au courant.

En octobre 2002, Farouk Ksentini, président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme (CNCPPDH, qui remplace l’ONDH), fait part de son impuissance à Reporters sans frontières : "Nous n’avons pas les moyens de savoir ce qui s’est passé. Nous demandons des renseignements aux différentes administrations mais leurs réponses restent évasives. Que pouvons-nous faire ? Nous ne sommes pas une commission d’enquête. Ces disparitions ont eu lieu alors que c’était le chaos total. Il n’y avait plus d’Etat. Nous ne pouvons qu’encourager les familles à porter plainte. Il faut la mise en place d’une véritable commission d’enquête sur ce problème. "

http://www.rsf.org/article.php3?id_article=15745

Témoignage de la famille   :

 
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