Disparitions forcées  
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Nom : Abed

Prénom : Mohamed

Date de naissance (ou âge)  : 30 ans

Etat-civil   : Marié

Nombre d'enfants : 00

Profession : Ingénieur

Adresse : Village de Hallouiya, Soumaâ (Blida)

Date de l'arrestation : 02 décembre 1992

Heure : midi

Lieu de l'arrestation : domicile familial

Agents responsables de l'arrestation : Militaires et nindjas

Résumé des faits : Ancien élu du FIS à la mairie de Soumaâ (Blida). Arrêté à son domicile en décembre 1992 par des militaires et des nindjas. Avait fait l'objet depuis le coup d'Etat de janvier 1992 de nombreuses provocations de la part des gendarmes du village, du fait de son appartenance au FIS. Le domicile familial sera détruit après son enlèvement, par un bulldozer de l'armée.

Lieu (x) où la personne disparue a été localisée éventuellement :

  • CTRI de Blida (Haouch Chnou).

Démarches entreprises par la famille :

  • Plainte auprès des tribunaux de Boufarik et de Blida.
  • Lettres aux différentes institutions de l'Etat.

Observations :

Le domicile familial a été détruit par les militaires laissant la famille sans toit.

Son jeune frère Badredine, bachelier et élève à l'école militaire de Bordj El Kiffan (Alger) sera arrêté quelques jours après l'enlèvement de son frère et torturé durant trois mois au centre de la Sécurité militaire de Haouch Chnou (CTRI de Blida) avant d'être libéré. Il sera exclu de l'école militaire.

Témoignage de la famille   : (mère Lazizi Fatma)

Mon fils Abed Mohamed, 30 ans, était ingénieur et un élu du FIS à la mairie de Soumaâ (Blida). Après le coup d'Etat, il a été sujet à plusieurs provocations de la part de la gendarmerie. On le convoquait au moindre prétexte à la brigade. On allait des fois à son travail pour l'arrêter puis on le relâchait.

On l'a laissé tranquille durant trois mois jusqu'au jour de son mariage. Il est allé chez le coiffeur. Des gendarmes de Soumaâ l'ont alors à nouveau arrêté chez le coiffeur. Des amis à lui sont allés le libérer. On lui avait reproché d'avoir le jour de son mariage invité des barbus et des gens du FIS. Des amis à lui sont allés à la brigade de gendarmerie témoigner qu'il n'en était rien. Il fut alors libéré.

Quatre mois plus tard, alors que nous mangions dans la cour aux environs de midi, nous avons entendu un camion s'arrêter devant le portail de notre maison. Mon fils a ouvert le portail pour voir ce qui se passait. Soudain des rafales d'armes crépitèrent au dessus de nos têtes. Les militaires ont encerclé la maison puis nous ont ordonné de sortir les mains en l'air. Nous avons immédiatement exécuté les ordres. Et nous sommes sortis les mains en l'air, dans la rue. Nous étions quatre, mon fils, son épouse, ma petite nièce et moi.

Je leur ai alors dit : «  Pourquoi tirez-vous sur les façades de la maison, qu'avons-nous fait ? Nous sommes en plein jour, vous n'avez qu'à frapper à la porte et nous ouvrirons  ».

- Vous cachez un groupe chez vous.

- Entrez voir s'il y a un groupe, la porte est grande ouverte leur dis-je.

- Non, me répondit le chef, il y a des gens faits pour cela qui vont rentrer.

Il a alors pris son talkie-walkie ; il a parlé pendant quelques secondes.

Près d'un quart d'heure plus tard, sont venus des nindjas. Leur chef m'a appelé pour me dire de les accompagner. Ils m'ont mis en tête, comme bouclier, les canons de leurs kalachnikovs sur mes reins. Je les ai conduit dans toutes les pièces et je leur ai montré la meida autour de laquelle nous étions. N'ayant rien trouvé, ils m'ont fait asseoir et ont fait entrer mon fils, qu'on frappait à coups de crosse et de pieds. Ils m'ont enfermé dans une chambre et sont partis, prenant avec eux mon fils.

Je ne voulais pas le lendemain, aller chez les services de sécurité pour le chercher. Je savais que mon fils Mohamed était innocent et je savais aussi que si j'allais réclamer, je serais accueillie par des insultes et des obscénités. C'est pour cette raison que j'ai préféré rester à la maison et prier Dieu pour que cesse cette injustice qui s'était abattue sur nous.

Donc le lendemain de l'enlèvement de mon fils, juste avant la prière du Maghreb, les gendarmes se présentés chez moi, à la recherche de Mohamed. Je leur ai dit qu'il avait été pris la veille à midi par les militaires et les nindjas. Ils sont alors repartis.

Le lendemain, les gendarmes sont revenus aux environs de 10 heures. Ils ont demandé après l'épouse de mon fils. Ils sont entrés à la maison. Ils ont regardé à droite et à gauche et m'ont dit  : «  Ecoute, vieille, je vous conseille de prendre vos affaires au plus vite, car ils vont venir détruire la maison . »

«  Pourquoi cette injustice, leur ai-je dis, les militaires, hier se sont mis à tirer sans raison sur les murs, ont fouillé partout et n'ont rien trouvé et en plus on emmené mon fils. Et maintenant vous voulez détruire notre propriété. De quel droit ?  »

- Vous collaborez avec les terroristes, me dit-il et je vous conseille de prendre vos affaires, c'est tout ce que j'ai à vous dire.

Je lui ai répondu que je ne sortirais aucune affaire de mon domicile et que s'ils veulent détruire la maison, qu'ils le fassent.

Finalement je me suis résolue à sortir les meubles et les affaires vestimentaires. Pour cela j'ai fait appel à mes voisins après avoir demandé la permission aux gendarmes.

Aux environs de 13 heures, le bulldozer de l'armée est arrivé et a démoli notre demeure sous notre regard impuissant. Le fruit de 25 ans de travail s'envolait en poussière.

C'était la première maison qui était détruite à Hallouiya mais non la dernière. Ils ont détruit par la suite une grande villa de Belhadi Redouane, fils de chahid à Boufarik, puis une autre maison, un mois plus tard à Benchaâbane. Par la suite cela est devenu courant. Régulièrement on entendait parler de maisons détruites dans la région, à Larbaâ, Boufarik....

A cette époque il n'y avait pas encore de bombes. De temps à autre on entendait parler d'attentats.

Après la destruction, les voisins sont revenus et ont emporté les meubles pour les entreposer le temps de trouver un toit.

Grâce à Dieu et à l'aide de la famille et des citoyens, j'ai pu trouver une bicoque pour nous abriter.

Vingt jours plus tard, des amis de mon fils sont venus me voir pour me dire que Mohamed était détenu à la caserne de Haouch Chnou (Blida) et ils m'ont demandé de lui emmener quelques effets vestimentaires. C'était le mardi 22 décembre 1992.

J'ai un autre fils plus jeune, Badreddine, qui venait d'avoir le bac et qui étudiait à l'école militaire de Bordj El Bahri. Il a été arrêté par la sécurité militaire quelques jours après l'arrestation de son frère Mohamed. Il a été torturé et séquestré durant trois mois à la caserne de Haouch Chnou. Après sa libération il a été exclu de l'école militaire.

 
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