Disparitions forcées  
Introduction
Ab-Ak
Al-Ar
As-Az
Ba-Bel
Ben-Bez
Bi-Boug
Bouh-Bouou
Bour-Br
C
D
E
F
G
H
I
J-K
L
M
N
O
R
S
T
Y
Z
 
 

 

Nom : Abbane

Prénom : Abdelhalim

Date de naissance (ou âge)  : 10 octobre 1962

Etat-civil   : Marié

Nombre d'enfants : 02

Profession : Commerçant

Adresse : Alger

Date de l'arrestation : 04 février 1997

Heure : 22 heures

Lieu de l'arrestation : domicile

Agents responsables de l'arrestation : sécurité militaire du PCO de Châteauneuf

Résumé des faits : Il a été arrêté avec son épouse à leur domicile par des éléments de la sécurité militaire et transférés au centre de Châteauneuf. L'épouse a été gardée à vue durant trois jours avant d'être libérée. Les agents de la Sécurité militaire la faisaient assister aux séances de son mari. Il sera sauvagement torturé et présentera une fracture de la jambe. A la même date, deux voisins (Djebila Lyès et Saïd Ghilmi) avaient également été arrêtés. Deux jeunes citoyens co-détenus libérés par la suite confirmeront la présence de la victime et de ses deux voisins au centre de Châteauneuf. Six mois après cet enlèvement, les agents de la Sécurité militaire viendront à l'aube perquisitionner le domicile et arrêter sa mère sexagénaire qui sera séquestrée durant sept jours

Lieu (x) où la personne disparue a été localisée éventuellement :

  • Centre de Châteauneuf (Alger).

Démarches entreprises par la famille :

  • Plainte auprès du tribunal d'Alger.
  • Lettres à la présidence de la République, médiateur de la République, ministères de la justice et de l'Intérieur, ONDH.

Observations :

Ses tortionnaires faisaient assister l'épouse durant les trois premiers jours aux séances de tortures infligées à M. Abbane.

Il a présenté, selon son épouse, une fracture de jambe.

Sa mère a été arrêtée six mois plus tard et séquestrée durant sept jours.

Témoignage de la famille   : (mère)

Des hommes du PCO (Poste de commandement opérationnel) de Châteauneuf sont venus à 22 heures à notre domicile sis n° 14 rue Ferhat Boussaâd (Alger) pour arrêter mon fils Abbane Abdelhalim. Ils ont arrêté également les voisins Djebila Lies et Saïd Ghilmi ainsi que l'épouse de mon fils. Cette dernière a été gardée durant trois jours puis a été libérée. Depuis, je n'ai plus eu de nouvelles de mon fils.

Son épouse, une fois libérée, raconte qu'elle a été enfermée dans une cellule. Elle n'a pas été brutalisée mais on la faisait assister à la torture de son mari. Il a été torturé près de huit fois par jour. Ils lui ont cassé sa jambe.

Deux jeunes qui étaient incarcérés avec mon fils ont déclaré après leur libération l'avoir vu ainsi que nos voisins Liès Djebila et Saïd Ghilmi dans la cour du PCO.

Durant l'été de l'année 1997, soit six mois après l'enlèvement de Abdelhalim, des civils armés à bord d'une voiture banalisée de type Passat sont venus à mon domicile à 5 heures du matin, à ma recherche. Ils m'avaient accusée, moi vieille de 66 ans de cacher des armes. Ils me demandèrent où je les cachais. Je leur ai demandé de fouiller la maison et c'est ce qu'ils ont fait sans rien trouver. Ils m'ont embarquée en me mettant une cagoule sur le visage pour me transférer vers un lieu inconnu. A notre arrivée, ils disaient à d'autres collègues : « Nous avons ramené la mère de la victime ». Ils m'ont enfermée dans une pièce exiguë sans manger ni boire. Je leur ai demandé de l'eau pour boire. L'un d'eux s'est dirigé vers les WC et a rempli une bouteille de plastique coupée avec de l'eau nauséabonde des toilettes que j'ai refusée. Ils m'ont mis des menottes et je suis restée ainsi dans cette cellule durant sept jours et sept nuits. Quand je me suis mise à crier et à me plaindre des conditions dans lesquelles j'étais, les civils armés m'ordonnaient de me taire en me disant : « Tais-toi sinon nous allons tirer sur ce ventre qui a enfanté des terroristes ».

Je suis restée ainsi durant sept jours sans manger, les poignets menottés.

Au septième jour, un commissaire est venu pour me dire que j'allais être libérée dans la journée. Ils m'ont emmenée dans un bureau et ils ont tapé un PV tout en m'interrogeant sur mes enfants. Peu de temps après, ils m'ont jetée dans la rue en me disant de rentrer seule à la maison.

Au cours de mon séjour j'ai été frappée une seule fois par un civil armé qui portait une longue barbe, comme celle des islamistes. Il m'a donné une gifle qui a fait vibrer ma tête.

Depuis ma libération, j'ai développé un diabète.

J'ai oublié de vous raconter un épisode qui m'est arrivé avant cette deuxième aventure. Mon fils Farid qui avait pris le maquis avait été tué lors d'un accrochage à Jolie-Vue (Kouba). Après sa mort que j'ignorais à ce moment là, la sécurité militaire était venue chez moi. Il y avait des hommes et des femmes cagoulés et armés. Les femmes armées sont restées à l'extérieur et les hommes sont rentrés. Ils m'ont demandé de leur remettre le « cartable ». Je n'avais pas compris le sens de leur question car je n'avais jamais vu de cartable à la maison. Ils ont fouillé alors la maison de fond en comble sans rien trouver. Ils m'avaient dit alors de les accompagner au magasin de mon fils qui était bijoutier. A l'arrivée au magasin, ils ont fouillé partout sans rien trouver de particulier. Ils m'ont alors demandé de leur remettre les clés du coffre-fort du magasin. Je n'avais pas les clés. Ils m'ont à nouveau ramenée à la maison pour voir si ma belle-fille avait ces clés. Elle ne les avait pas. De nouveau je fus emmenée au magasin. Ils téléphonèrent alors je ne sais où et un camion est venu pour transporter le coffre-fort dont j'ignorais le contenu. J'ignorais à ce moment que mon fils Farid avait été tué.

 

 
Version imprimable
 
www.algeria-watch.org