Dans une déclaration au Jeune Indépendant, Belkhadem affirme

«Guantanamo : on ne sait rien sur les prisonniers algériens»

Par Sihem H., Jeune Independant, 8 janvier 2003

L’Algérie n’a toujours pas été saisie officiellement à propos des «prétendus» détenus algériens se trouvant dans la base militaire américaine de Guantanamo Bay située à Cuba.

Dans une déclaration au Jeune Indépendant, en marge de la journée d’études organisée au Conseil de la nation, le ministre des Affaires étrangères, M. Abdelaziz Belkhadem, a affirmé, hier, que c’est une situation très délicate qui implique des mesures en conséquence. Il ajoute, à cet effet, que son département, à l’exception de quelques informations officieuses et autres écrits de presse, ne connaît rien sur le nombre de ces détenus encore moins sur les conditions dans lesquelles ils se trouvent. «Vous savez que les affaires de terrorisme donnent toujours du fil à retordre dans la prise de décisions adéquates. C’est sans doute ce qui explique le fait que les autorités concernées n’ont toujours pas jugé utile de nous contacter pour une éventuelle extradition», dira M. Belkhadem qui ne nie pas, toutefois, que c’est une affaire «très sensible». D’autant plus, ajoute-t-il, que parmi les détenus figurent des binationaux qui, en plus d’être Algériens, ont la nationalité bosniaque. «On ne peut rien faire pour cette catégorie de personnes», affirme M. Belkhadem.

«Même les familles des détenus concernés ne nous ont pas sollicités pour une intervention, ce qui devrait être normalement élémentaire», dira-t-il en ajoutant que ce n’est que dimanche dernier que le frère de l’un des détenus a pris attache avec le département des Affaires étrangères.

«On ne peut pas se permettre de s’immiscer dans ce genre d’affaire, mais une fois saisis, les mesures adéquates seront prises», dira M. Belkhadem sans s’étaler sur la nature de ces mesures en se contentant juste d’indiquer que ce sont les mêmes que celles prises dans pareilles circonstances dans le monde, dans le cadre diplomatique.

Huit Algériens sont emprisonnés, rappelle t-on, dans cette base américaine depuis le début de l’année 2002. Six parmi eux sont détenteurs, en plus de la nationalité algérienne, de la nationalité bosniaque et deux autres sont français d’origine algérienne.

Les six mis en cause ont été appréhendés par les services secrets américains à Sarajevo, le jour de leur remise en liberté par la cour suprême croato-bosniaque qui les a disculpés faute de preuve concrètes.

Ils étaient accusés d’appartenir au réseau d’Al-Qaïda et d’avoir planifié un attentat contre l’ambassade américaine à Sarajevo. Leur arrestation par les autorités américaines avait été sévèrement condamnée par les associations de défense des droits de l’homme. En Algérie, Me Farouk Ksentini, président de la Commission nationale consultative pour la promotion des droits de l’homme, avait recommandé aux autorités algériennes, durant le mois de décembre écoulé, d’entamer officiellement des démarches auprès de l’Administration américaine à propos de ces prisonniers.

Me Ksentini avait précisé qu’il a été informé de cette affaire par Humain Right Watch, lors du déplacement d’un représentant de cette organisation dans notre pays. S. H

 
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