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Ils
ont embarqué clandestinement à bord d'un bateau philippin
Trois
Algériens jetés à la mer
Le Matin, 21 août
2002
Le 14 août
2002, un bateau battant pavillon philippin Le Marina quitte le port d'Oran
aux environs de 14 h. Il transportait du blé à destination
de la Yougoslavie.
Trois jeunes originaires de la ville d'Essania, les nommés Khelifa
Abdelkader, 23 ans, Saket El Houari, 30 ans, et Kentari Hocine, 28 ans,
ont alors tenté leur chance de traverser la Méditerranée
sur ce bateau. Vers minuit, alors que Le Marina avait déjà
pris le large, l'équipage philippin découvre les trois clandestins
dans la cuisine du navire. Ils ont alors été présentés
au commandant de bord qui aurait ordonné de les jeter à
la mer. Les trois jeunes Algériens tenteront tant bien que mal
de convaincre l'équipage du Marina de leur donner des bouées
de sauvetage afin de regagner les côtes, en vain.
Après plusieurs heures de négociation, on leur a accordé
juste une bassine flottante pour qu'ils regagnent les côtes. Le
plus jeune d'entre eux, Khelifa Abdelkader, se jette à l'eau et
s'accroche à la grande bassine. Les deux autres n'ont pas voulu
quitter le navire, ils se sont accrochés aux cordes. Ils seront
attachés avec des cordes et jetés à la mer.
Quelques jours plus tard, soit 36 heures après les faits, Khelifa
Abdelkader a regagné la côte, et le 16 août à
17 h, il arrive à la plage de Bouharoun. Il alerta aussitôt
la gendarmerie de la ville qui, à son tour, lança un appel
à tous les marins pêcheurs.
Le 19 août à 14 h, le corps de Saket El Houari sera repêché
à 400 m au large de la plage des Pins, à 2 km du chef-lieu
Tipaza. Les recherches se poursuivent toujours pour retrouver le corps
du troisième disparu, Kentari Hocine.
Abdelhalim Tifour
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Témoignage
de Khelifa Abdelkader, 23 ans
«
Je ne sais pas comment j'ai survécu »
S'il y a un miraculé
parmi les trois clandestins, c'est bien lui. Il vient de passer plus de
trente-six heures en mer, et il n'arrive toujours pas à se remettre
de cette nuit cauchemardesque.
Le Matin : Dites-nous
comment vous vous êtes retrouvé sur le bateau
K. A. : Notre ami Abdelkader El Houari était en contact avec un
marin philippin. Tout allait bien. Quand le bâteau a quitté
le port d'Oran, peu de temps après, nous avons eu faim et nous
avons voulu nous restaurer. Hocine avait une torche qui a attiré
l'attention de l'équipage. Nous avons alors été interpellés,
puis présentés au commandant de bord.
Et que vous a-t-il
dit ?
Même s'il ne nous a pas bien compris, il ne voulait rien savoir.
Il nous a demandé de se jeter à l'eau. El Houari lui a expliqué
avec force gestes qu'il était asthmatique en lui montrant la Ventoline.
Quant à moi, j'ai obtempéré et sauté par-dessus
bord, mais je me suis accroché aux cordes du bateau.
Pourquoi ?
Mes amis m'ont dit qu'on ne pourrait jamais s'en sortir et regagner les
côtes, et puis la mer était trop agitée.
Racontez-nous votre
traversée
Franchement, je ne sais pas comment j'ai survécu. J'avais surtout
peur durant la nuit des gros poissons que j'ai croisés. J'ai eu
une insolation et une hypothermie. A un moment donné, j'ai complètement
perdu connaissance.
Et pour conclure
Je demande aux jeunes de ne jamais s'aventurer sur un bateau clandestinement.
J'espère qu'il y aura des poursuites contre l'équipage du
Marina.
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