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Algérie
et Liban: les familles des disparus interpellent l'Union européenne
Les différents
comités de familles de disparus en Algérie et au Liban,
réunis en présence de la FIDH (Fédération
Internationale des ligues des Droits de l'Homme), d'Amnesty International,
de l'Association Catalane de défense des droits humains, et de
SODEPAU, au Collegi d'Advocats de Barcelone, à l'invitation de
la commission des droits de l'Homme du Barreau de Barcelone, ont adopté
la déclaration suivante à destination de l'Union européenne.
L'Union européenne et l'Algérie doivent signer lundi 22
avril leur accord d'association. La signature d'un accord de la même
nature avec le Liban doit également intervenir à très
bref délai.
Les deux accords sont placés sous les auspices des droits de l'Homme.
Pourtant tout laisse craindre que, loin de faire progresser les droits
de la personne humaine, ils constituent pour l'Union européenne
une véritable renonciation à les faire respecter.
Qu'on en juge:
Accord avec l'Algérie : malgré les déclarations des
dirigeants algériens aucun progrès n'a été
accompli sur la question des disparus. Non seulement leurs familles ne
reçoivent aucune information mais leurs associations font l'objet
d'intimidations, de harcèlement et de persécutions pour
qu'elles cessent d'exiger vérité et justice.
Le sort de Mohammed Smaïn, représentant à Relizane
de la Ligue Algérienne de Défense des Droits de l'Homme
(LADDH), en témoigne tristement. Parce qu'il a osé dénoncer
l'implication d'un responsable politique local (le maire de Relizane)
dans une centaine de cas de disparitions, il a été condamné
en appel début 2002 à un an d'emprisonnement pour "diffamation".
La Commission Nationale pour la Promotion et la Protection des droits
de l'Homme, récemment mise en place par le Président algérien,
apporte aux familles des disparus des réponses insatisfaisantes
et strictement identiques à celles apportées par l'ONDH,
qu'elle a remplacé.
Plus généralement, la conclusion de l'accord n'a pas été
subordonnée à une quelconque amélioration de la situation
des droits humains, au moins pour les violations clairement imputables
aux autorités publiques ou para-publiques (Groupes de légitime
défense, patriotes
). L'impunité continue de régner.
A celle des forces publiques s'est ajoutée, avec l'application
laxiste de la loi de concorde civile, celle des membres de groupes armés
ayant commis des crimes de sang.
Le texte même de l'accord peut être interprété
comme légitimant l'action du pouvoir algérien. Dans une
disposition sans précédent dans les accords d'association,
les parties se voient en effet reconnaître le droit de prendre les
mesures qu'elles jugent nécessaires en cas de "troubles internes".
Dans la situation actuelle de l'Algérie, cela peut pour le moins
s'analyser comme un blanc seing à une répression qui se
caractérise par son mépris des droits humains.
Accord avec le Liban : la négociation de l'accord n'a pas davantage
été mise à profit pour obtenir un progrès
sur l'information relative au sort des 17 000 disparus de la guerre (1975
- 1990). L'implication d'Israël et la présence de la Syrie
ne peuvent expliquer et encore moins justifier que les familles soient
laissées sans nouvelles de leurs proches disparus. Si une nouvelle
commission d'enquête a été constituée en janvier
2001, sa composition ne garantit pas son indépendance. Son fonctionnement
n'a aucune transparence. Depuis bientôt dix-huit mois elle n'a rendu
aucune conclusion même provisoire. La justice reste paralysée.
Pire, des familles se voient contraintes de déclarer le décès
de personnes disparues sous la menace de représailles de la part
des pouvoirs publics (par exemple, la suppression de leur couverture sociale
). Par ailleurs, les familles qui réclament de connaître
le sort des leurs enfants détenus dans les prisons syriennes, sont
soumises à diverses pressions de la part des services de renseignements
libanais et syriens.
Nous appelons l'Union européenne et ses Etats membres à
subordonner la ratification des accords d'association avec l'Algérie
et le Liban à la réalisation de progrès significatifs
en matière de droits humains et d'une démarche effective
d'établissement de la vérité sur les disparus.
S'agissant de l'Algérie, nous demandons prioritairement à
l'Union européenne d'obtenir :
· Que les ONG internationales de défense des droits de l'Homme
soient autorisées par le gouvernement algérien à
se rendre sur place. Depuis 2000, aucune des demandes formulées
par les ONG n'a reçu de réponse positive.
· Que le Groupe de travail sur les disparitions forcées
des Nations-Unies soit invité à se rendre en Algérie
conformément à sa demande d'août 2000.
S'agissant du Liban, nous demandons prioritairement que l'Union européenne
obtienne du gouvernement libanais :
· Que la commission d'enquête sur les disparus rende immédiatement
publiques toutes les informations dont elle dispose, et le résultat
d'éventuelles actions qu'elle aurait engagées depuis sa
création il y a près de dix-huit mois.
· Que le Liban exige enfin le rapatriement de tous ses ressortissants
détenus arbitrairement et au secret en Syrie.
· Que le Liban entreprenne toutes les démarches nécessaires
auprès du Comité International de la Croix Rouge, afin d'apporter
une réponse acceptable aux familles de personnes disparues en Israël.
S'agissant des deux
pays, nous demandons à l'Union européenne d'exiger le respect
de la Déclaration des Nations-Unies sur la protection de toutes
les personnes contre les disparitions forcées adoptée par
l'Assemblée générale dans sa résolution 47/133
du 18 décembre 1992, et en particulier de son article 13 qui fait
obligation aux Etats de procéder à des enquêtes impartiales
et approfondies sur tout cas de disparition et de garantir que tout mauvais
traitement, tout acte d'intimidation ou de représailles ainsi que
toute autre forme d'ingérence lors du dépôt d'une
plainte ou pendant la procédure d'enquête soient dûment
sanctionnées.
Signataires :
Collectif des Familles de disparu(e)s en Algerie (CFDA)
SOS-Disparus (Algerie)
Comité des parents de personnes enlevees et disparues au Liban
Comité des familles de detenus libanais en Syrie
Mouvement SOLIDA (Soutien aux Libanais Detenus Arbitrairement), membre
du Reseau Euro-Mediterraneen des Droits de l'Homme (REMDH)
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