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Amnesty
International
DOCUMENT PUBLIC
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AMNESTY INTERNATIONAL
Index
AI : MDE 28/007/02
ALGÉRIE
Quand
les gestes symboliques
ne sont pas suffisants :
Les
droits humains et l'accord
entre l'Union européenne et l'Algérie
Résumé
L'Algérie et l'Union européenne doivent signer
les 22 et 23 avril 2002 un accord bilatéral d'association dans
le cadre du Partenariat euro-méditerranéen. Cet accord, qui concerne
essentiellement le commerce, l'intégration économique, la sécurité
et le dialogue politique, contient également une clause contraignante
obligeant
les parties contractantes à promouvoir les droits humains et à les protéger.Si elle est prise au sérieux, cette clause relative aux droits humains
peut être un facteur d'évolution positive tant en Algérie que dans les
États membres de l'Union européenne. Le présent rapport, consacré à
l'Algérie, porte sur la nécessité impérative d'améliorer la situation
des droits humains dans ce pays.
Les préoccupations d'Amnesty International à propos des pays de l'Union
européenne sont abordées dans des documents distincts.L'organisation a recensé les obstacles suivants à la mise en ouvre de
la clause relative aux droits humains contenue dans l'accord d'association :
1) la crise persistante des droits humains en Algérie ;
2) l'incapacité de l'Algérie de faire face à la crise ;
3) le fait que l'Algérie empêche les observateurs étrangers de surveiller
la crise ; 4) le fait que l'Union européenne n'a pas véritablement appliqué la clause
relative aux droits humains contenue dans d'autres accords d'association ;
5) l'utilisation par l'Algérie de l'argument de la « lutte contre le terrorisme »
pour justifier les violations massives des droits humains.Le présent rapport analyse en détail ces obstacles
et il appelle le gouvernement algérien et l'Union européenne à prendre
des mesures de nature à garantir
que les dispositions de l'accord relatives aux droits humains ne resteront
pas symboliques. En priorité, l'Algérie et l'Union européenne doivent
mettre
en place un dispositif permettant de surveiller le respect de ces dispositions
par toutes les parties contractantes.
SOMMAIRE
Introduction 2
1.
La crise persistante des droits humains en Algérie 4
Les
homicides 4
La
torture et la détention secrète 5
Les
restrictions à la liberté d'expression 6
2.
L'incapacité de l'Algérie de faire face à la crise 7
3.
Le fait que l'Algérie empêche 8
les observateurs étrangers de surveiller la crise
4.
Le fait que l'Union européenne n'a pas véritablement 9
appliqué la clause relative aux droits humains
contenue dans d'autres accords d'association
5.
L'utilisation par l'Algérie de l'argument 11
de la « lutte
contre le terrorisme » pour justifier
les violations massives des droits humains
Recommandations 13
Recommandations
à l'Algérie et à l'Union européenne 13
Recommandations
particulières à l'Algérie 14
Introduction
L'Union
européenne et l'Algérie sont en voie de conclure un traité international
contraignant concernant le commerce, l'intégration économique, la sécurité
et le dialogue politique. Ce traité, connu sous le nom d'accord euro-méditerranéen
d'association, est un instrument bilatéral conclu entre les 15 États
membres de l'Union européenne, d'une part, et l'Algérie, l'un de ses
partenaires méditerranéens, d'autre part. L'accord doit être signé à
l'occasion de la réunion ministérielle
euro-méditerranéenne qui se tiendra les 22 et 23 avril 2002 à Valence
(Espagne).L'accord
d'association contient une clause contraignante relative aux droits
humains. À ce titre, l'Union européenne et l'Algérie s'engagent à respecter
ces droits. Cette clause réitère l'un des engagements essentiels pris
par l'Union européenne, l'Algérie et leurs partenaires dans la Déclaration
de Barcelone de novembre 1995, document fondateur du Partenariat euro-méditerranéen,
à savoir « respecter les droits de l'homme et les libertés fondamentales,
ainsi que garantir l'exercice effectif et légitime de ces droits et
libertés ».Toutefois,
la clause relative aux droits humains contenue dans les accords d'association
conclus ces dernières années entre l'Union européenne et d'autres pays
méditerranéens est largement ignorée. Aucun dispositif n'a été mis en
place dans le nouveau cadre de coopération pour surveiller la situation
des droits humains et prendre des initiatives concernant les violations
de ces droits dans les pays parties à l'accord.Le
texte de l'accord d'association entre l'Union européenne et l'Algérie
établit clairement la responsabilité des deux parties en matière de
promotion et de protection des droits humains en Algérie. Si elles sont
prises au sérieux,
les dispositions relatives aux droits humains contenues dans l'accord
peuvent influer favorablement sur la situation. Amnesty International
craint toutefois que le contexte dans lequel l'accord est signé ne menace
ce potentiel.Le
présent rapport a pour objectif d'attirer l'attention de l'Union européenne
sur ce contexte et de l'exhorter à veiller à ce que les dispositions
de l'accord d'association relatives aux droits humains ne restent pas
purement symboliques, ainsi que cela semble avoir été le cas pour des
accords similaires conclus précédemment.
Les obstacles graves énumérés ci-après doivent notamment être pris en
considération sans délai si, au lieu d'être le témoin silencieux des
atteintes flagrantes aux droits humains commises dans un pays voisin,
l'Union européenne veut ouvrer efficacement avec l'Algérie en vue de
mettre un terme au cycle de la violence auquel le pays est en proie
depuis une décennie.
1.
La crise persistante des droits humains en Algérie
Contrairement
aux déclarations des autorités algériennes, la situation des droits
humains n'a pratiquement pas évolué depuis la mi-1999. Le niveau de
violence et le nombre de cas d'atteintes aux droits humains signalés
restent extrêmement élevés.
2.
L'incapacité de l'Algérie de faire face à la crise
Bien
que le gouvernement ait promis en 1999 de tenter de venir à bout de
l'héritage d'années de conflit dans le pays, peu de mesures, voire aucune,
ont été prises jusqu'à présent pour établir la vérité sur les atteintes
massives aux droits humains perpétrées pendant une décennie, ni pour
que justice soit faite.
3.
Le fait que l'Algérie empêche les observateurs étrangers de surveiller
la crise
L'Algérie
ne collabore pas véritablement avec les mécanismes des droits humains
des Nations unies et elle impose des restrictions strictes à l'entrée
en Algérie d'autres observateurs internationaux indépendants.
4. Le fait que l'Union européenne n'a pas véritablement appliqué la clause
relative aux droits humains contenue dans d'autres accords d'association
Le
texte de l'accord d'association entre l'Union européenne et l'Algérie
contient,
à l'instar d'autres accords similaires, des dispositions prometteuses
visant à renforcer la promotion et la protection des droits humains
dans le pays.
Le potentiel de ces dispositions n'a toutefois pas encore été exploité.
5. L'utilisation par l'Algérie de l'argument de la « lutte contre le terrorisme » pour justifier les violations massives des droits humains
L'article 90
de l'accord d'association entre l'Union européenne et l'Algérie prévoit
une coopération dans la lutte contre le « terrorisme » dans
le respect des normes internationales. Or, les mesures prises au cours
des dix dernières années par les autorités algériennes en vue de combattre
le « terrorisme » ont souvent violé de manière flagrante les
normes internationales relatives aux droits humains.Après
les attaques du 11 septembre 2001 aux États-Unis, ces mesures doivent
être encore plus contrôlées, et la priorité doit être donnée à la protection
des droits humains pour tous. La sécurité ne peut être établie durablement
qu'en garantissant le respect de ces droits et non à leurs dépens.Le
présent document est consacré exclusivement aux préoccupations d'Amnesty
International à propos de la situation des droits humains en Algérie,
et à la responsabilité qui revient au gouvernement algérien et à l'Union
européenne
de se pencher sur cette situation dans le cadre de l'accord d'association
euro-méditerranéen. L'organisation souhaite toutefois réaffirmer que
les accords d'association conclus entre l'Union européenne et ses partenaires
méditerranéens doivent être un moyen d'aborder la question des violations
des droits humains dans tous les pays contractants. À propos des pays
de l'Union européenne,
les préoccupations récentes d'Amnesty International sont exposées sur
le site web de l'organisation www.amnesty.org.
1.
La crise persistante des droits humains en Algérie
Une
crise des droits humains continue d'endeuiller l'Algérie. Dix ans après
le déclenchement des hostilités dans le pays, peu d'éléments indiquent
que
les souffrances du peuple algérien vont prendre fin.Amnesty
International a reconnu publiquement en 2000 que l'ampleur du conflit
et le nombre de cas d'atteintes aux droits humains signalés avaient
diminué de manière significative depuis 1997-1998, date à laquelle le
monde extérieur,
qui s'était peu préoccupé auparavant de la situation en Algérie, avait
été alerté par l'horreur d'une série de massacres sans précédent. Quant
aux autorités algériennes, elles ont reconnu pour la première fois en
1999 l'ampleur véritable de la tragédie et se sont engagées à se pencher
sur les sujets de préoccupation qui en découlent.La
communauté internationale, apparemment rassurée, ne s'intéresse plus
beaucoup à la situation des droits humains en Algérie. Hélas, la réalité
affligeante est que
le pays connaît actuellement, autant qu'à la mi-1999, une crise des droits humains.
Les
homicides
Bien
que le niveau de violence ait varié ces trois dernières années, le nombre
de personnes tuées chaque mois dans le cadre du conflit armé est resté
en moyenne de 200. Parmi elles figurent des civils tués par des membres
de groupes armés lors d'attaques ciblées ou à la suite d'attentats aveugles
à l'explosif ; des membres des forces de sécurité, des milices
armées par l'État et des groupes armés qui ont trouvé la mort dans des
embuscades ou des affrontements armés ; et des personnes victimes
d'exécutions extrajudiciaires et autres homicides illégaux perpétrés
par les forces de sécurité et les milices armées par l'État. Toutefois,
en raison de la tendance officielle à retenir les informations à propos
de ces événements, il est souvent difficile d'obtenir des précisions.Le
nombre de civils tués par les forces de sécurité en dehors du cadre
du conflit armé a considérablement augmenté au cours de l'année écoulée.
Le plus grand nombre d'homicides illégaux de civils imputables aux forces
de sécurité a été recensé entre avril et juin 2001. Plus de 80 manifestants
non armés ont été abattus et des centaines d'autres blessés lors de
manifestations en Kabylie, région du nord-est de l'Algérie peuplée en
majorité de Berbères. Ces personnes s'étaient rassemblées à la suite
du décès d'un lycéen, Massinissa Guermah, dans un poste de gendarmerie,
pour exprimer leur profonde colère face à l'indifférence manifeste des
autorités envers la détérioration des conditions socioéconomiques de
la majorité de la population, et dénoncer l'utilisation de mesures répressives.
Des membres des forces de sécurité auraient tiré sur des manifestants
non armés qui se trouvaient à plus d'une centaine de mètres de distance,
et ils en auraient abattu d'autres d'une balle dans le dos après les
avoir dispersés avec du gaz lacrymogène. La commission officielle chargée
d'enquêter sur ces événements a catégoriquement réfuté les déclarations
des forces de sécurité, qui affirmaient avoir agi en état de légitime
défense. Certains manifestants auraient été pourchassés jusqu'à leur
domicile et tués à l'intérieur de la maison. Dans tous les cas, les
forces de sécurité ont utilisé des balles réelles, alors qu'aucune vie
humaine n'était menacée, et elles n'ont pas pris les mesures exigées
par les normes internationales avant le recours à la force meurtrière.
La
torture et la détention secrète
Le
nombre de cas de torture et de mauvais traitements imputés aux forces
de sécurité avait considérablement diminué en 1998-1999, les arrestations
pour des motifs politiques ayant été moins nombreuses. Toutefois, depuis
cette date, de très nombreux cas ont été signalés.Amnesty
International a reçu, au cours des trois dernières années,
des informations faisant état de dizaines d'arrestations, notamment
de femmes
et d'adolescents qui n'avaient pas plus de quinze ans et qui ont été
torturés et maltraités en détention. Bon nombre des personnes arrêtées
étaient soupçonnées de liens avec des groupes armés ou de participation
à des manifestations antigouvernementales.De
nombreux témoignages signalent des passages à tabac à coups de poing,
de bâton, de ceinture, de barre de fer ou de crosse de fusil. Des détenus
auraient été fouettés, tailladés avec des instruments tranchants ou
étranglés jusqu'à la quasi-suffocation. D'autres ont été brûlés au visage
et sur le corps avec des cigarettes, ont reçu des cendres incandescentes
de cigarette dans les yeux ou ont été brûlés avec un fer à souder. Des
prisonniers se sont plaints d'avoir reçu des décharges électriques,
le plus souvent sur les parties sensibles du corps comme les organes
génitaux, dans certains cas après avoir été aspergés d'eau, ce qui augmentait
la douleur.
La méthode du chiffon, dans laquelle la victime est attachée et à moitié
asphyxiée
à l'aide d'un morceau de tissu imbibé d'eau sale ou de produits chimiques
enfoncé dans la bouche, semble être couramment utilisée. Des hommes
se sont également plaints d'avoir été déshabillés, ligotés et menacés
de sévices sexuels.Amnesty
International est particulièrement préoccupée par le fait que les cas
de torture signalés ne représentent probablement que la partie émergée
de l'iceberg. Des avocats spécialisés dans la défense des droits humains
ont déclaré aux délégués de l'organisation que de nombreuses victimes
de torture n'évoquent jamais ce qu'elles ont subi, de peur, si elles
dénoncent les violations, d'exacerber leurs souffrances ou d'exposer
leurs proches à subir le même sort.Des
cas de détention secrète et non reconnue ont également continué d'être
dénombrés au cours des trois dernières années. La législation algérienne
dispose que quiconque est arrêté et placé en garde à vue avant d'être
présenté à un magistrat doit bénéficier de toutes les facilités lui
permettant d'entrer en contact sans délai et directement avec sa famille
et de la rencontrer. Toutefois, dans la pratique,
les personnes incarcérées dans ces conditions sont non seulement maintenues
au secret mais leur détention est tenue secrète et non reconnue. En
outre, dans certains cas, le temps de garde à vue dépasse la durée maximale
de douze jours prévue par la législation algérienne, qui elle-même est
supérieure à celle énoncée par les normes internationales. Les efforts
des familles et des avocats pour obtenir des informations et des éclaircissements
de la part du gouvernement algérien et des autorités judiciaires à propos
du lieu de détention des personnes placées en garde à vue par les forces
de sécurité n'aboutissent pas, car les autorités nient fréquemment avoir
eu connaissance de leur cas, tant qu'elles n'ont pas comparu devant
une autorité judiciaire ou ont été remises en liberté. Or, c'est pendant
la détention secrète et non reconnue que les prisonniers risquent le
plus d'être soumis à la torture ou à des mauvais traitements, ou de
« disparaître ».
Les
restrictions à la liberté d'expression
Des
militants des droits humains ont payé très cher le fait d'avoir parlé
au nom des victimes et soulevé des questions sur la participation de
l'État dans des violations graves des droits fondamentaux. C'est ainsi
que le 2 février 2002 Mohamed Smain, président de la section de
Relizane de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme
(LADH), a été condamné à un an d'emprisonnement pour diffamation envers
un ancien maire et responsable local d'une milice armée par l'État et
envers huit de ses miliciens. Ceux-ci reprochaient à Mohamed Smain de
les avoir accusés à tort d'avoir enlevé, torturé et tué ou fait « disparaître »
des dizaines de citoyens de la wilaya
(préfecture) de Relizane, et d'avoir enterré les corps des victimes
dans des fosses communes dans la région. Cet homme a argué pour sa défense
qu'il avait simplement rapporté
les déclarations des dizaines de familles de « disparus »
qui affirmaient avoir assisté à l'enlèvement de leurs proches. Mohamed
Smain a interjeté appel et,
au moment de la rédaction du présent rapport, il était en liberté en
attendant que
la Cour suprême statue sur son cas.Les
amendements au Code pénal introduits en 2001 ont restreint le droit
à la liberté d'expression. Les peines encourues pour diffamation en
paroles, par des écrits ou des illustrations, envers le président de
la République ou les autres institutions étatiques comme l'armée, le
Parlement ou l'autorité judiciaire ont été alourdies. La diffamation
envers le président de la République est désormais punie d'une peine
maximale d'un an d'emprisonnement et d'une amende pouvant atteindre
250 000 dinars. La publication ainsi que son rédacteur en
chef et l'éditeur d'un article ou d'une illustration jugés offensants
sont également passibles de poursuites.Les
amendements législatifs ont déjà servi à intimider la presse. Au cours
du premier trimestre 2002, à la suite de plaintes formulées par le ministère
de la Défense en vertu des nouveaux articles du Code pénal, plusieurs
journalistes travaillant pour des quotidiens privés ont été convoqués
par la police aux fins d'interrogatoire pour avoir diffamé l'armée par
des écrits ou des caricatures.Les
organisations de défense des droits humains, les syndicats autonomes
et les organisations non gouvernementales qui critiquent la politique
et les actions du gouvernement ou s'y opposent sont également confrontés
à de nombreuses difficultés et restrictions dans leur action. Certaines
organisations, comme l'Association des familles de disparus de la province
de Constantine, se voient toujours refuser leur enregistrement par les
autorités nationales ou locales.
En novembre 2001, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels
des Nations unies a noté avec préoccupation qu'« une
autorisation du ministère du Travail est requise pour créer tout nouveau
syndicat indépendant à côté du syndicat reconnu, l'Union générale des
travailleurs algériens (UGTA) ».
2.
L'incapacité de l'Algérie de faire face à la crise
À
la suite de son élection, en avril 1999, le président Abdelaziz Bouteflika
s'est engagé à venir à bout de l'héritage des années de conflit. Trois
ans plus tard
et dix ans après le début des massacres, peu de progrès, voire aucun,
ont été accomplis pour établir la vérité et pour que justice soit faite,
malgré les obligations de l'Algérie découlant du droit interne et des
normes internationales relatives aux droits humains. L'incapacité de
dénoncer les faits commis pendant une décennie d'atteintes massives
aux droits humains perpétrées par les forces de sécurité, les milices
armées par l'État et les groupes armés signifie qu'aucune leçon n'a
été tirée du passé et que rien n'empêche que de telles atteintes aux
droits fondamentaux se renouvellent.Des
dizaines de milliers de personnes ont été tuées et des centaines de
milliers d'autres blessées à la suite d'actes de violence, ont été torturées
ou ont souffert de la perte d'un proche depuis le déclenchement du conflit
en 1992. Cependant, dans la grande majorité des cas, les autorités n'ont
pris aucune mesure concrète pour établir la vérité sur ces atteintes
aux droits humains et traduire en justice les responsables présumés.
Lorsque les autorités affirment avoir mené des enquêtes, l'absence de
transparence sur les procédures suivies et la réticence à fournir aux
familles des victimes les détails des investigations et à rendre les
conclusions publiques suscitent des inquiétudes profondes quant au fonctionnement
de l'appareil judiciaire.À
la connaissance d'Amnesty International, les autorités n'ont pris aucune
véritable mesure pour savoir ce qu'étaient devenus quelque 4 000 hommes
et femmes « disparus » après leur arrestation par les forces
de sécurité ou les milices armées par l'État, alors que les premières
« disparitions » ont été signalées dès 1993.
Les autorités affirment avoir éclairci plusieurs centaines de plaintes
pour « disparition » déposées par des familles. Elles n'ont
toutefois pas précisé si ces « éclaircissements »
se fondaient sur d'autres éléments que les observations des membres
des forces de sécurité mis en cause, en dépit de la richesse des éléments
disponibles qui pourraient servir de base à une enquête exhaustive.
En outre, bien qu'elles se soient engagées à le faire, les autorités
n'ont jamais indiqué aux familles des « disparus » ni à Amnesty
International quels cas avaient été « éclaircis ».Aucune
mesure ne semble avoir été prise pour effectuer des enquêtes sur
les informations fournies par les familles à propos du lieu d'inhumation
présumé de leurs proches enlevés et tués par des groupes armés, et dont
les corps
n'ont jamais été retrouvés.Lorsque
des enquêtes ont été ordonnées, elles n'ont pas été menées à leur terme
ou le suivi n'a pas été assuré. Amnesty International a accueilli favorablement
la désignation d'une commission officielle chargée d'enquêter sur les
homicides de civils par les forces de sécurité dans le cadre des manifestations
qui ont lieu avril
et en juin 2001. Le rapport préliminaire rendu public en juillet 2001 concluait
que les gendarmes et les autres membres des forces de sécurité avaient
fait à plusieurs reprises un usage excessif de la force meurtrière.
L'annonce, en octobre, par les autorités que les individus responsables
des homicides seraient déférés à la justice est toutefois restée lettre
morte. La commission a été contrainte de reconnaître, dans son rapport
final déposé en décembre 2001, qu'elle était dans l'incapacité de mener
à bien sa mission car de nombreux témoins avaient trop peur pour s'exprimer.
Selon les autorités, 25 gendarmes environ sont actuellement détenus
en attendant d'être jugés pour meurtre et utilisation abusive d'armes
à feu dans le cadre des manifestations de Kabylie. Toutefois, un an
après le début de la vague d'homicides dans la région, aucun membre
des forces de sécurité ne semble avoir été poursuivi pour homicide illégal
ou autres violations des droits fondamentaux.Bien
que la violence du conflit se soit sensiblement atténuée depuis 1998-1999,
le problème de l'impunité s'est aggravé pendant cette période. L'immunité
des poursuites, privilège dont les membres des forces de sécurité et
des milices armées par l'État continuent à bénéficier dans pratiquement
tous les cas,
a été conférée aux membres des groupes armés, dont certains ont commis
des homicides, des actes de torture et d'autres exactions graves. C'est
ainsi
qu'une amnistie présidentielle promulguée le 10 janvier 2000 a
permis à
quelque 1 000 membres de certains groupes armés d'échapper
aux poursuites,
à la suite d'un accord secret passé entre l'armée et les groupes armés
concernés.
3.
Le fait que l'Algérie empêche
les observateurs étrangers de surveiller la crise
Les
difficultés considérables rencontrées par les victimes algériennes qui
tentaient d'obtenir réparation au niveau local ou national ont amené
beaucoup d'entre elles à s'efforcer de faire connaître leurs demandes
de vérité et de justice en dehors du pays. En avril 2001, l'ancien ministre
de la Défense Khaled Nezzar, en visite à Paris pour la promotion de
ses mémoires, a écourté son séjour quand il a appris qu'il faisait l'objet
en France de trois procédures pénales pour des actes de torture.Les
gouvernements qui se sont succédé n'ont malheureusement pas pris les
mesures nécessaires pour faire en sorte que des enquêtes approfondies,
indépendantes et impartiales soient menées sur les atteintes graves
aux droits humains. Ils ont, en outre, régulièrement entravé les tentatives
des organisations internationales gouvernementales et non gouvernementales
d'enquêter sur
la situation des droits humains dans le pays.Les
autorités algériennes se sont notamment abstenues de coopérer avec
les mécanismes des droits humains mis en place par les Nations unies.
À la connaissance d'Amnesty International, le Groupe de travail sur
les disparitions forcées ou involontaires, qui avait demandé en 2000
l'autorisation de se rendre en Algérie, n'a toujours pas été invité
à le faire. Les demandes déposées de longue date par le rapporteur spécial
sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires et par
le rapporteur spécial sur la torture n'ont pas non plus été honorées.En
août 1998, après avoir examiné le rapport du gouvernement exposant les
mesures qu'il avait prises pour remplir ses obligations découlant du
Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), le Comité des droits de l'homme des Nations unies a adressé une série
de recommandations aux autorités algériennes. Près de quatre ans plus
tard, aucune initiative n'a été prise pour commencer à mettre en ouvre
les recommandations principales. Le Comité a donné des conseils à titre
d'expert sur la manière dont l'Algérie pouvait aborder les homicides,
les actes de torture et les mauvais traitements, les arrestations arbitraires
et la détention secrète, et les « disparitions » qui continuent
à détruire le pays. Il a notamment invité l'Algérie à créer « des mécanismes indépendants [...] pour examiner toutes les violations du droit à la vie et à la sécurité
des personnes », à mettre en place « un
système crédible qui permette de suivre le traitement de tous les détenus
afin de s'assurer qu'ils ne sont soumis ni à la torture ni à un traitement
cruel, inhumain ou dégradant » et à mettre en service « un registre central pour enregistrer tous les cas de disparition
signalés et toutes les démarches effectuées au jour le jour pour retrouver
les disparus [...et] aider
les familles concernées à retrouver les disparus ». Le comité
a exhorté l'Algérie à faire en sorte que « dans
tous les cas de massacres, une enquête indépendante soit menée sur le
comportement des forces de sécurité à tous les échelons, du plus bas
jusqu'au plus élevé, et que des sanctions pénales et disciplinaires
soient prises à leur encontre, selon qu'il convient ». Les
victimes de la crise persistante des droits humains que connaît l'Algérie
paient le prix de l'incapacité des autorités à prendre des mesures efficaces
pour mettre en ouvre ces recommandations.Le fait que le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ait été autorisé
à poursuivre les visites des centres de détention civils, qui avaient
repris depuis 1999, constitue une étape importante dans la bonne direction.
Toutefois, les organisations internationales de défense des droits humains
sont soumises à d'importantes restrictions lorsqu'elles souhaitent envoyer
des délégations dans le pays. Bien qu'elle l'ait tenté à plusieurs reprises
en 2001, Amnesty International n'a pas été autorisée depuis novembre 2000 à
envoyer une délégation en Algérie en vue d'effectuer des enquêtes ou
de rencontrer des responsables gouvernementaux ou des associations non
gouvernementales. L'organisation, à qui l'accès au pays était refusé
depuis la mi-1996, a été autorisée à y effectuer deux visites en 2000.
D'autres organisations internationales de défense des droits humains
n'ont pas eu le droit d'entrer dans le pays depuis un an au moins.
Quant aux journalistes étrangers considérés comme ayant une attitude
critique envers les autorités algériennes, ils ne peuvent toujours pas
obtenir de visas.
4. Le fait que l'Union européenne n'a pas véritablement appliqué la clause
relative aux droits humains
contenue dans d'autres accords d'association
L'accord d'association entre l'Union européenne et l'Algérie comporte
une clause relative aux droits humains, celle-là même qui figure dans
tous les accords d'association conclus entre l'Union européenne et les
pays participant au Partenariat euro-méditerranéen. Des accords d'association
avec l'Autorité palestinienne, Israël, le Maroc et la Tunisie sont entrés
en vigueur. D'autres ont été signés avec l'Égypte et la Jordanie, et
celui avec le Liban est en instance
de signature. Des négociations sont en cours avec la Syrie.La clause qui figure à l'article 2 de l'accord d'association entre
l'Union européenne et l'Algérie, comme pour tous les autres accords
d'association, dispose :« Le
respect des principes démocratiques et des droits fondamentaux
de l'homme, tels qu'énoncés dans la déclaration universelle des droits
de l'homme, inspire les politiques internes et internationales des parties
et constitue un élément essentiel du présent accord. »Les violations systématiques et de grande
ampleur des normes internationales relatives aux droits humains par
l'une ou l'autre des parties sont une infraction grave aux termes de
l'accord. En qualité de traité contraignant entre l'Union européenne
et l'État partenaire, la clause relative aux droits humains constitue
un engagement juridique international des parties contractantes à respecter
les droits humains.En 2001, la Commission européenne, rappelant l'importance des clauses
relatives aux droits humains en tant qu'élément essentiel de coopération,
a donné son interprétation de ce que devrait être leur application dans
la pratique.
La communication de la commission intitulée « Le
rôle de l'Union européenne dans la promotion des droits de l'homme et
de la démocratisation dans les pays tiers », publiée le 8 mai
2001, faisait observer en particulier que :« Les
clauses "éléments essentiels" (tel l'article 2) [...] ont
pour but de favoriser le dialogue et les mesures positives, comme un
soutien commun à la démocratie et aux droits de l'homme, l'adhésion,
la ratification et la mise en ouvre d'instruments internationaux consacrés
aux droits de l'homme, lorsque ceux-ci font défaut [...] Les
discussions entre la Commission et le pays partenaire devraient, notamment,
être liées à l'établissement du programme d'aide communautaire. Le dialogue
devrait encourager les gouvernements partenaires à faire de la recherche
de la paix et de la stabilité une partie intégrante de leurs plans de
développement et recenser les possibilités pour l'aide communautaire
de contribuer à ces objectifs. Les discussions devraient porter sur
la manière dont la ratification des instruments relatifs aux droits
fondamentaux de l'homme et d'autres accords internationaux fondés sur
le respect du droit [...] ainsi que leur mise en ouvre effective pourraient être menées ; elles
devraient être accompagnées d'une réflexion sur le suivi à donner aux
recommandations des Nations unies. »Le Conseil de l'Union européenne, qui regroupe les ministres des Affaires
étrangères des 15 États membres, a approuvé cette communication
dans ses conclusions du 25 juin 2001.L'accord d'association entre l'Union européenne et l'Algérie renferme
d'autres éléments susceptibles de favoriser la promotion et la protection
des droits humains en Algérie. C'est ainsi que l'article 82 dispose :« Dans leur coopération
dans le domaine de la justice et des affaires intérieures, les parties
attacheront une importance particulière au renforcement des institutions
dans les domaines de l'application du droit et le fonctionnement de
la justice. Ceci inclut la consolidation de l'État de droit. »Étant donné le mépris persistant et grave des autorités algériennes envers
leurs obligations internationales en matière de droits humains, il est
urgent que les dispositions relatives à ces droits contenues dans l'accord
d'association soient appliquées, ce qui n'a pas été le cas pour les
accords similaires conclus avec d'autres partenaires méditerranéens.L'exemple de la Tunisie, premier pays dans lequel un accord d'association
euro-méditerranéen avec l'Union européenne est entré en vigueur depuis
le lancement du Partenariat euro-méditerranéen, constitue un dangereux
précédent. Il illustre les problèmes liés à l'incapacité de l'Union
européenne de créer des mécanismes de surveillance de la situation des
droits humains dans les pays méditerranéens partenaires ou de mettre
en place des mécanismes chargés d'assurer le respect
de la clause relative aux droits humains.La
situation des droits humains s'est dégradée en Tunisie depuis le 1er mars
1998, date d'entrée en vigueur de l'accord d'association. Le Parlement européen, se joignant aux organisations locales et internationales
de défense des droits humains, a adopté deux résolutions en 2000 et
une troisième en mars 2002, dans lesquelles il exprimait sa préoccupation
face à la détérioration de la situation des droits humains en Tunisie.
Malgré ces résolutions et les déclarations de principe prometteuses
contenues dans le texte de l'accord, ainsi que l'interprétation qui
en a été faite par les organes de l'Union européenne, celle-ci n'a toujours
pas évoqué avec la Tunisie les initiatives concrètes qui pourraient
être prises pour améliorer la situation des droits humains dans le pays.
5.
L'utilisation par l'Algérie de l'argument
de la « lutte
contre le terrorisme » pour justifier
les violations massives des droits humains.
L'article 90
de l'accord d'association entre l'Union européenne et l'Algérie prévoit
une coopération en vue de réprimer le « terrorisme ». C'est
la première fois qu'une telle disposition figure dans un accord d'association
entre l'Union européenne et un pays méditerranéen.Amnesty
International reconnaît que les États sont tenus aux termes du droit
international relatif aux droits humains de protéger leur population
contre les actes de violence. Il est toutefois impératif que les mesures
allant dans ce sens soient mises en ouvre dans un cadre de protection
de l'ensemble des droits fondamentaux. L'article 90 semble reconnaître
l'importance de ce principe en ce qu'il dispose que, lorsqu'elles prennent
des mesures dans le cadre de la coopération dans la lutte contre le
« terrorisme », les pays contractantes agissent « dans
le respect des conventions internationales dont elles sont parties ».Toutefois,
dans la pratique, les mesures prises par les autorités algériennes depuis
une dizaine d'années dans le but déclaré de lutter contre le « terrorisme »
ont souvent violé de manière flagrante les normes internationales relatives
aux droits humains. L'organisation est particulièrement préoccupée par
le fait que le gouvernement algérien a néanmoins affirmé de manière
répétée que sa démarche « antiterroriste »
était justifiée depuis les attaques du 11 septembre 2001 aux États-Unis.
Il a été clairement encouragé dans cette voie par un climat international
dans lequel certains gouvernements ont préconisé le renforcement de
la sécurité au détriment des droits humains. L'Union européenne doit veiller à ce que
toute coopération avec l'Algérie dans le domaine de la lutte contre
le « terrorisme » respecte
les normes minimales reconnues en matière de droits humains.
Dans
son rapport au Comité contre le terrorisme du Conseil de sécurité des
Nations unies, créé à la suite des événements du 11 septembre 2001,
le gouvernement algérien affirme que les mesures qu'il a prises en vue
de réprimer le « terrorisme » se sont révélées justifiées.
Dans ce document daté
du 24 décembre 2001, les autorités algériennes déclarent :« L'Algérie
attache une grande importance à la résolution 1373 (2001) [...]
par ce qu'elle voit dans l'actuelle
mobilisation internationale la reconnaissance du bien-fondé des positions
qu'elle a défendues avec constance sur la nature
du terrorisme et ses implications globales. »Le
rapport expose ensuite les mesures de « prévention
et de lutte contre
le terrorisme » prises au niveau national. L'Algérie n'a toutefois
pas été invitée
à exposer en détail les conséquences effroyables de ces mesures sur
les droits humains dans le pays au cours de la décennie écoulée.Certaines
des mesures prises dans ce contexte constituaient en soi des violations
des droits humains ou favorisaient de tels agissements. Ainsi, les amendements
législatifs introduits à partir de 1992 et qui définissent de manière
extrêmement vague les « actes
terroristes ou subversifs » ont-ils entraîné l'emprisonnement
de centaines de personnes, membres ou sympathisants présumés du Front
islamique du salut (FIS), parti politique interdit. De même, la définition
en des termes très vagues de l'« encouragement
d'actes terroristes » figurant dans le Code pénal a permis
l'emprisonnement, entre autres, d'avocats spécialisés dans la défense
des droits humains qui avaient assisté des personnes soupçonnées
de liens avec des groupes armés.Les
amendements législatifs introduits depuis 1992 ont porté à douze jours
la durée maximale pendant laquelle les personnes soupçonnées de crimes
considérés comme des « actes terroristes ou subversifs » peuvent être maintenues
en garde à vue par les forces de sécurité avant d'être présentées à
un juge. Bien que ces dispositions constituent en soi une violation
des normes internationales,
elles pourraient représenter une certaine forme de garantie si elles
n'étaient pas presque systématiquement transgressées. La conséquence
est un nombre extrêmement élevé de cas de torture et de « disparitions »
de personnes arrêtées en raison de leurs liens présumés avec des groupes
armés. Plusieurs milliers ont été torturées et environ 4 000 ont
« disparu » depuis 1992.La
Convention arabe sur la répression du terrorisme, à laquelle l'Algérie
est partie, est entrée en vigueur en mai 1999. Amnesty International
estime que ce traité constitue une grave menace pour les droits humains
dans tous les pays arabes. Il est toutefois révélateur que les autorités algériennes n'aient pas
rendu compte de la manière dont elle est appliquée dans leur pays ni
de son impact
sur les droits humains.Non
seulement les mesures de « lutte
contre le terrorisme » ont favorisé
les violations des droits humains, mais les autorités les ont utilisées
pour tenter de dissimuler de tels agissements. L'exemple probablement
le plus flagrant est l'explication donnée aux dizaines de familles qui
se sont plaintes de la « disparition » d'un proche après son
arrestation par les forces de sécurité. Plutôt que d'ouvrir une information
judiciaire au vu de la plainte, les autorités ont, dans plusieurs dizaines
de cas, dit aux familles que leur parent avait « rejoint
un groupe terroriste et [qu'il] était
recherché par les forces de sécurité ». Pourtant, dans bien
des cas, l'arrestation s'était déroulée à lors propre domicile et en
leur présence.L'article 85-4
de l'accord d'association entre l'Union européenne et l'Algérie prévoit
le renforcement des « dispositifs
existants en matière [...] d'extradition ».
Les autorités algériennes ont réclamé à maintes reprises le rapatriement
d'individus ayant obtenu l'asile à l'étranger et recherchés, selon elles,
pour des « crimes terroristes ».
Dans leur rapport au Comité contre le terrorisme du Conseil de sécurité
des Nations unies, elles ont déploré que « les
différentes demandes d'extradition en matière de terrorisme que l'Algérie
a transmises n'[aient] pas
connu jusqu'ici de suites favorables ». Amnesty International
estime qu'il est essentiel, dans le cadre de la coopération en matière
d'extradition, de veiller à ce qu'aucun individu qui risque d'être victime
de violations graves des droits humains ne soit renvoyé en Algérie.
Recommandations
À
l'Algérie et à l'Union européenne
Une
fois l'accord d'association signé, l'Algérie et l'Union européenne devraient
mettre en place un mécanisme de surveillance régulière de l'application
de l'article 2 par toutes les parties contractantes. Cette évaluation
devrait figurer en première place de l'ordre du jour des réunions du
conseil d'association et des autres organismes qui seront créés pour
contrôler l'application de l'accord.À
propos de la situation des droits humains en Algérie, ce mécanisme devrait :
· surveiller régulièrement et impartialement l'évolution
de la situation des droits humains en Algérie, en se penchant plus particulièrement
sur les mesures de « lutte contre le terrorisme » et sur leur conformité avec
les normes internationales relatives aux droits humains ;
· entreprendre des démarches
idoines auprès des autorités algériennes, notamment les exhorter à autoriser
les experts des Nations unies en matière de droits humains - en particulier
le Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires,
le rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires
ou arbitraires et le rapporteur spécial sur la torture dont les demandes
sont en instance - à se rendre dans le pays, de même que les organisations
internationales de défense des droits humains, entre autres observateurs ;
· émettre des recommandations spécifiques, dont l'application
peut être régulièrement évaluée par rapport à des points de référence
concrets et à des objectifs mesurables, en vue d'améliorer la situation
des droits humains en Algérie et d'empêcher que des violations de ces
droits se renouvellent.
Ces recommandations devraient prendre en compte celles émises par les
organismes des Nations unies chargés des droits humains, et plus particulièrement
les recommandations émises depuis 1998 par le Comité des droits de l'homme
ainsi que celles émises en 2002 par le Comité sur les droits économiques,
sociaux et culturels, qui n'ont pas été mises en ouvre.L'Union
européenne et l'Algérie doivent publier un rapport annuel indiquant
les initiatives conjointes en vue de garantir le respect de leurs engagements
découlant de l'article 2.
À
l'Algérie en particulier :
Dès
l'entrée en vigueur de l'accord d'association entre l'Union européenne
et l'Algérie, l'article 82 obligera celle-ci à ouvrer en vue
de la « consolidation de
l'État de droit ». Actuellement, l'absence systématique d'enquêtes
approfondies, indépendantes et impartiales ainsi que la culture établie
de l'impunité portent gravement atteinte à la primauté du droit.
Amnesty
International prie les autorités algériennes de faire face à ce problème
en mettant en ouvre les recommandations qu'elle a régulièrement émises
depuis une dizaine d'années. L'organisation exhorte en particulier
le gouvernement algérien à :
· veiller à ce que des enquêtes approfondies et indépendantes
soient effectuées sans délai sur toutes les violations du droit à
la vie, et à ce que les responsables présumés soient traduits en justice
selon des procédures conformes aux normes internationales d'équité ;
· instaurer une commission indépendante et impartiale
chargée d'enquêter sur les milliers de cas d'homicide, de « disparition »,
de torture et d'autres atteintes aux droits humains signalés depuis
1992 et imputables aux forces de sécurité, aux milices armées par
l'État et aux groupes armés ;
· rendre publiques les méthodes
et les conclusions de toutes les investigations que les autorités
affirment avoir menées, ainsi que les mesures de suivi
qui ont été prises ;
· traduire en justice selon une procédure conforme aux
normes internationales d'équité tout individu contre lequel il existe
des motifs raisonnables de penser qu'il a commis des atteintes aux
droits humains
· respecter le droit à la
liberté d'expression, notamment le droit de solliciter,
de recevoir et de diffuser des informations et des idées relatives
aux
droits humains ;
· indiquer clairement la mesure dans laquelle sont mis
en ouvre la Convention arabe sur la répression du terrorisme et les
autres traités relatifs à la
« lutte contre le terrorisme »
auxquels l'Algérie est partie et l'impact qu'ils ont sur le respect
des droits humains.
La
version originale en langue anglaise de ce document a été publiée
par Amnesty International, Secrétariat international, 1 Easton
Street, Londres WC1X 0DW, Royaume-Uni, sous le titre Algeria.
When token gestures are not enough : human rights and the Algeria-EU
accord. La
version française a été traduite et diffusée aux sections francophones
et au Secrétariat international par LES ÉDITIONS FRANCOPHONES D'AMNESTY
INTERNATIONAL - ÉFAI - avril 2002.Vous trouverez les documents
en français sur LotusNotes, rubrique ÉFAI - IS documents.Vous pouvez
également consulter le site Internet des ÉFAI : www.efai.org
La version originale en langue
anglaise du document résumé ici a été publiée par Amnesty International,
Secrétariat international, 1 Easton Street, Londres WC1X 0DW, Royaume-Uni,
sous le titre
Algeria.
When token gestures are not enough : human rights and the Algeria-EU
accord. La version française a été traduite et
diffusée aux sections francophones et au Secrétariat international
par
LES ÉDITIONS
FRANCOPHONES D'AMNESTY INTERNATIONAL - ÉFAI - avril 2002.
Vous
trouverez les documents en français sur LotusNotes, rubrique ÉFAI
- IS documents.Vous
pouvez également consulter le site Internet des ÉFAI : www.efai.org
. Pour de plus amples détails sur les
préoccupations d'Amnesty International à propos du Partenariat
euro-méditerranéen, consulter le mémorandum sur la réunion ministérielle
euro-méditerranéenne de Valence (Espagne) les 22 et 23 avril 2002
intitulé Towards sustainable peace and security : the human
rights imperative for the Barcelona process [Vers une
paix et une sécurité durable : l'impératif des droits humains
pour le processus de Barcelone] (disponible sur le site web du
bureau d'Amnesty International auprès de l'Union européenne www.amnesty-eu.org).
. Citons parmi les rapports récents : Préoccupations
d'Amnesty International en Europe. Juillet-décembre 2001 (index AI :
EUR 01/002/2002) ; Préoccupations d'Amnesty International
en Europe. Janvier-juin 2001 (index AI : EUR 01/003/2001) ; Spain :
Crisis of identity. Race-related torture and ill-treatment
by state agents [Espagne. Crise d'identité, actes de torture
liés à la race et mauvais traitements infligés par des agents
de l'État] (index AI : EUR 41/001/2002) ; Royaume-Uni.
Un système de justice pénale parallèle se met en place
au nom de la « lutte contre le terrorisme international » (index AI :
EUR 45/019/2001) ; Italy : G8 Genoa policing operation of
July 2001 [Italie. L'opération policière lors du sommet du G8 à Gênes en
juillet 2001]
(index AI : EUR 30/012/2001) ; Portugal : « Small
problems... » ? A Summary of concerns [Portugal.
« Des petits problèmes... » ? Résumé des préoccupations d'Amnesty
International] (index AI : EUR 38/002/2001).
. Observations finales du Comité des
droits économiques, sociaux et culturels :
Algérie. 30/11/2001. E/C.12/1/Add. 71.
. Pour de plus amples détails sur la
question d'impunité, voir le document publié par Amnesty International
en novembre 2000 et intitulé Algérie. La vérité et la justice
occultées par l'impunité (index AI : MDE 28/11/00).
. Observations finales du Comité des
droits de l'homme : Algérie. Août 1998. CCPR/C/79/Add.95.
. Voir le document commun publié le
18 octobre 2001 par Amnesty International et huit autres organisations
internationales de défense des droits humains et intitulé Dégradation
de la situation
des droits humains en Tunisie (index AI : MDE 30/031/01).
. Pour de plus amples détails à ce propos,
voir le rapport publié par Amnesty International
le 18 janvier 2002 et intitulé Les droits humains en danger. Préoccupations
d'Amnesty International
concernant les lois et les mesures relatives à la sécurité (index AI :
ACT 30/001/2002).
. Désigné officiellement sous le nom
de Comité du Conseil de sécurité créé par la résolution 1373
(2001) concernant la lutte antiterroriste. La résolution 1373
a été adoptée le 28 septembre 2001
par le Conseil de sécurité des Nations unies.
. Voir, par exemple, l'article 9
du PIDCP, le principe 7 des Principes de base sur le rôle
du barreau
et le principe 17 de l'Ensemble de principes pour la protection de toutes
les personnes soumises
à une forme quelconque de détention ou d'emprisonnement.
. Voir le document publié par Amnesty
International et intitulé La Convention arabe sur la répression
du terrorisme : une grave menace pour les droits humains (index AI :
IOR 51/002/2002). |
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