HADJ SMAÏN AU FORUM D'EL YOUM

Le pouvoir otage des patriotes

Ahmed Mesbah, Le Quotidien d'Oran, 17 juin 2002

Hadj Smaïn, représentant de la Ligue algérienne de défense des droits de l'homme (LADDH) en Oranie, est revenu à la charge à l'occasion du forum d'El Youm en maintenant ses déclarations sur la responsabilité de Fergane, ex-DEC de Relizane, dans des exécutions sommaires et des disparitions connues par cette région principalement lors de l'année 1995.

Le conférencier va jusqu'à dire que les patriotes constituent une véritable menace contre l'ordre républicain puisqu'ils sont même en mesure d'empêcher le cours normal de la justice. Hadj Smaïn révèle en effet que les chefs de groupe d'autodéfense, dont El Mekhfi et Nouredine Aït Hamouda, ont fait pression sur le président Zeroual pour l'élargissement de Fergane. Pourtant, dit-il, c'est Zeroual lui-même qui a ordonné son arrestation pour le poursuivre en justice "mais il ne pouvait pas tomber sans entraîner derrière lui d'autres personnalités militaires qui s'adonnaient à l'affairisme dans cette région, ni sans le risque de voir les patriotes se retourner contre le pouvoir".

Ainsi, pour Hadj Smaïn, il n'y a pas que l'Etat qui menace les droits de l'homme, "puisque d'autres groupes qui ne font pas partie des corps constitués sont responsables des exécutions et des disparitions". Pour la seule région de Relizane, a-t-il dit, il y a eu 198 dossiers de disparitions qui ont été déposés à l'ONU et la plupart des plaintes sont dirigées contre des patriotes conduits par Fergane ou ses adjoints, selon ses dires.

Outre le dossier des violations des droits de l'home, Hadj Smaïn est revenu sur les condamnations dont ont été victimes les étudiants lors du dernier procès de Bir Mourad Raïs après les incidents qui ont émaillé la visite du Président à l'université de Bouzaréah. Le conférencier trouve anormal que "des terroristes aient été amnistiés alors que des étudiants sont condamnés même si l'Etat les pousse chaque jour davantage à la violence". Or l'impunité, dit-il, "est érigée en système" et il en veut pour preuve "le pourrissement de la situation en Kabylie après la mort de Guermah Massinissa". Les autorités auraient dû, selon lui, "prendre des mesures conservatoires contre le gendarme et ses supérieurs afin de circonscrire l'incident". Hadj Smaïn considère que la violence n'est pas la meilleure solution de sortie de crise, mais il n'a pas condamné pour autant les réactions des populations lors des événements de Kabylie.

A une question sur les comportements de certains individus visant l'intimidation des futurs électeurs, le conférencier dit qu'il s'oppose néanmoins à l'empêchement des élections par la force.

 
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