algeria-watch communique le 15 janvier 1999:

Exp: Réseau Euro-Med droits de l'Homme, Alger: Me Khelili

Kidnapping et exécution sommaire

Victime: ZENATI Youcef, 18 ans (figurant dans les listes de disparus), orphelin de sa mère

Mis en cause: IDROUDJ Lahcen, ex-chef de brigade de gendarmerie des Eucalyptus (serait actuellement à Ziama-Mansouria)

Les Faits relatés par la famille de la victime:

Le 14.12.94 le jeune Zenati Youcef était assis devant la porte de son domicile en compagnie de son cousin Zenati Abdelkader lorsque surgit une 405 banalisée de couleur blanche, conduite par un homme habillé d'un tricot demi-manche blanc, ainsi que deux autres hommes habillés de vêtements civils dans la partie supérieure apparente. Lorsqu'ils descendirent du véhicule, ils étaient vêtus de pantalons parachutistes, armés de mitraillettes légères pliantes. Le véhicule était immatriculé à Jijel (18) et avait plusieurs fois été signalé lors des attentats commis dans les quartiers de El-Djemhouria - Chateaurouge - lotissement Beylot.

Pendant que le jeune cousin de la victime, pris de panique, a pris la fuite, Zenati Youcef resta sur place, sachant qu'il n'avait rien à se reprocher. Le conducteur du véhicule tira des coups de feu en direction de Abdelkader qu'il blessa à la jambe et embarqua avec violence Youcef dans la malle qu'il ferma sur lui.

Depuis cette date (le 14.12.94 à 19h45) Youcef disparut. Quant à son cousin blessé par balle, il a été conduit par sa famille à la brigade de gendarmerie, la famille ignorant qui étaient les auteurs de l'agression armée et dans le but évident de déclarer cet "attentat" et déposer une plainte.

S'étant trouvé nez à nez avec le chef de brigade, le jeune blessé reconnut celui qui conduisait la 405, auteur des coups de feu qui l'ont blessé. L'ayant déclaré aux gendarmes présents, il fut pris violemment à part ainsi que les membres de sa famille qui l'ont accompagné par le chef de brigade qui les menaça et les injuria vulgairement par des grossièretés et des blasphèmes.

Joignant le geste à la parole, il ordonna à ses subordonnés de conduire le blessé à l'hôpital pour y être soigné et de lui dresser un procès-verbal en vue de le faire inculper de faits qualifiés terroristes. Quant à l'enlèvement de Youcef, le chef de brigade nia complètement y avoir participé, c'est seulement après avoir entrepris des recherches que que la famille apprendra que Youcef qui fut kidnappé à 19h45 par le commando du chef de brigade, a été exécuté sommairement par celui-ci vers 20h à environ 3 000 m de son domicile, au lieu dit "Radar", face à l'ENESA, où des membres de la famille ont pu constater des flaques de sang de la victime. Des témoins riverains de ce lieu leur avait indiqué qu'ils avaient entendu avec surprise une rafale de mitraillette à l'heure sus-dite.

Alors que le cousin de la victime a été présenté au procureur d'El Harrach et placé sous mandat de dépôt après avoir été inculpé de faits qualifiés terroristes, inculpation qui fut démentie lors du procès qui s'en suivit, la famille a réussi à lever le mystère entourant la disparition de Youcef:

Après avoir été abattu froidement par son ravisseur, Youcef a été transporté à la brigade aux fins de formalisation d'une procédure judiciaire tendant à "justifier" sa mort violente qui fut attribuée à un accrochage armé (???). Ce maquillage de l'exécution sommaire apparaîtra au niveau des recherches opérées par la famille.

Dès ce semblant de procédure terminé, la brigade fit appel à la protection civile de .... la caserne du port d'Alger à 10 kms, alors qu'il en existent d'autres plus proches dans les communes des Eucalyptus et d'El-Harrach. La dépouille fut ainsi transportée à la morgue (Décès n°: 301, salle 3, casier n°: 10) avant d'être enterré au cimetière d'El Alia sous l'indication: "X-Algérien, âgé de 24 ans." (tombe n°: 309, carré n°: 218). En même temps furent transportés deux autres dépouilles d'hommes de Garidi et de la Montagne portant également l'indication: "X-Algérien".

Le permis d'inhumer a été délivré par le parquet d'El-Harrach en date du 19.12.94, suivi de l'enterrement en date du 20.12.94.

Après avoir pris connaissance du dossier détenu à la morgue, dans lequel il est aisé de constater des indications mettant en évidence l'implication du chef de brigade: il y est mentionné que l'admission à la morgue a eu lieu à la demande du chef de brigade de la gendarmerie des Eucalyptus, suivie de sa signature et du cachet humide de cette unité, la famille s'est déplacée au cimetière d'El-Alia où il fut confirmé le rapport: Brigade des Eucalyptus / formalités d'enterrement de la victime du chef de brigade.

Là, la famille n'hésita pas à ouvrir la tombe ainsi que la bière pour y découvrir:

- qu'il s'agissait bien de la dépouille de Youcef portant des impacts de balles dans le dos (Rafale) et sur la tempe. Il aurait été enterré à la sauvette et non tourné vers la Mecque comme cela doit être fait.

- il était vêtu d'une chemise imprimée dans la couleur marron, un tricot col roulé vert. A ses pieds il y avait un survêtement de couleur blanche imprimé du drapeau italien. Il était maculé de sang et portait un indice important: La trace de deux coups de ... Rangers (chaussures militaires) dans le dos, ce qui suppose que la victime avait reçu deux coups de pied dans le dos quelques secondes avant d'être abattue par une rafale dans le dos et achève d'un coup de grâce à la tête, sous réserve d'expertise.

- La victime a été dépouillée de tous ses papiers personnels avant son transfert à la morgue.

Au niveau du parquet, le permis d'inhumer est basé sur la mention suivante: "victime d'un accrochage armé" (???)

A noter que la famille ayant rapporté à la brigade les investigations qu'elle a menées pour tenter d'obtenir la transcription du décès de la victime, les gendarmes de la brigade ont aussitôt fait une descente à la morgue ou tout le personnel a été violemment bastonné.

Du coup la 405 a complètement disparu et le chef de brigade muté ailleurs.

Mais la famille continue à être inquiétée: le père de la victime vient d'être convoqué pour signer... un PV (???), 5 ans après. Il refusa. Il fut pris á parti pour avoir osé accuser des gendarmes.

Affaire à suivre...

 

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