Rassemblées, hier, devant le palais du gouvernement

Les familles de disparus rejettent l’indemnisation

M. Aziza, Quotidien d'Oran, 24 juin 2002

Les parents de disparus se sont rassemblés, hier matin, devant le palais du gouvernement pour exprimer leur refus concernant l’indemnisation qui leur aété proposée par M. Ksentini, président de la commission nationale consultative de la défense et la promotion des droits de l’homme (CNCDPH). Devant un léger dispositif sécuritaire, les manifestants, des femmes pour la plupart, ont brandi des portraits de leurs proches disparus. Collés sur leurs poitrines, elles n’ont cessé de scander : «M. Bouteflika, pourquoi avez-vous peur de la vérité ?» ou répétant : «nous, familles de disparus, refusons les indemnisations». Une sexagénaire s’est rapprochée des journalistes et a déclaré : «nous n’avons pas besoin d’indemnité, nous voulons nos enfants. J’ai deux fils : l’un a été tué et l’autre enlevé. Je n’ai pas eu d’indemnisation pour celui qui a été tué et voilà qu’ on me propose une indemnisation pour mon fils enlevé. Ce n’est pas logique, d’autant que je n’ai pas la preuve de sa mort», a-t-elle ajouté en criant de colère.

Toutes les familles présentes à la manifestation ont profité de l’occasion pour faire rappeler au nouveau gouvernement de Benflis ses engagements quantà la prise en charge des dossiers des disparus. Le porte-parole de l’association SOS-disparus, qui était présent parmi les manifestants, a expliqué le refus du principe d’indemnisation par le fait que les pouvoirs publics ne sont pas allés au bout de la procédure de recherche des personnes disparues. Il a estimé que la mesure d’ indemnisation, si elle ne complique pas davantage les recherches des personnes enlevées, risque d’enterrer définitivement le dossier. Le porte-parole précisera que les familles des disparus sont favorables à l’ aide au profit des familles sans ressources, mais pas pour une indemnisation«qui mettrait fin à leurs revendications légitimes». Notre interlocuteur a saisi l’occasion pour démentir une information selon laquelle il y a eu, à ce sujet, des négociations entre M. Ksentini et les membres du bureau de l’ association d’Alger. En revanche, nous a-t-il informé, certaines familles à Fouka, à l’ouest d’Alger, ont déjà déposé des dossiers pour bénéficier de l’ indemnisation proposée par les autorités. «Elles sont libres de le faire», a-t-il poursuivi, avant de dire que «le nombre de disparus dans cette localité dépasse l’imagination».

La fin de la manifestation a été marquée par une intervention quelque peu musclée du service d’ordre mobilisé devant le palais du gouvernement. Elle aété dénoncée dans un communiqué de l’association SOS-disparus. Dans ce communiqué, l’association signale qu’un manifestant a été interpellé par la police avant d’être relâché.

 
Version imprimable
 
www.algeria-watch.org