Droits de l’homme

Ksentini évoque le dossier des disparus

El Watan, 2 octobre 2002

Farouk Ksentini, président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme (CNCPPDH), a été l’invité du Forum organisé par le quotidien El Youm, hier à la maison de la presse Tahar Djaout, à Alger.

Présentant cette commission comme «une sentinelle» qui veille à l’état «fragile» des droits de l’homme, l’avocat Ksentini a longuement abordé la question des disparus. «Nous ne sommes pas une commission d’enquête. Les disparus sont notre priorité. Dans le rapport que nous présenterons au président Bouteflika, nous proposerons des solutions à ce dossier», a t-il précisé. «C’est une question algéro-algérienne qui nécessite une solution algérienne», a déclaré Me Ksentini. Il a évoqué trois paliers de solutions : morales, juridiques et sociales. «L’actuel ministre de la Justice a beaucoup travaillé pour les droits de l’homme. Son ministère est essentiellement concerné», a t-il poursuivi. «Il est nécessaire de réhabiliter la mémoire des personnes disparues. Ce ne sont pas des personnes responsables de crimes ou victimes de leurs fréquentations. Elles sont victimes de violences physiques et morales, comme les victimes du terrorisme», a soutenu le président de la commission. Le travail de la commission sur ce dossier a connu quelques «blocages». «Les familles nous disent que leurs proches ont été enlevés par les services de sécurité. Ces derniers nous
répondent qu’ils les ont relâchés. Réponses vagues, donc pas de réponse réellement. Ce procédé ne peut plus durer. Il faut être sérieux», a expliqué Ksentini. Les dossiers au niveau de la CNCPPDH atteignent les 4743 cas de disparition. «Cela ne veut pas dire qu’il n’en existe pas plus», a indiqué l’avocat. «Le ministère de l’Intérieur a parlé de 7000 cas, alors que des ONG nationales avancent le chiffre de 10 000 disparus. Nous devons procéder à des recoupements», a-t-il ajouté. La commission s’est donné jusqu’à la fin de l’année pour présenter ses propositions à Bouteflika, «seul à décider des solutions concernant ce dossier», a dit Ksentini. L’invité du Forum a réitéré son «inquiétude» quant au «blocage du dossier de la réforme de la justice». Une justice «mal rendue et mal distribuée», a-t-il martelé par deux fois. Le rapport qu’il remettra à Bouteflika soulignera la nécessaire modification des dispositions de la juridiction militaire. «La non-présence de la partie civile devant un tribunal militaire ne peut que vider le procès de sa substance. Je n’ai jamais compris cette disposition», a déclaré l’avocat qui a, dit-il, longtemps plaidé à Blida devant le tribunal militaire. Ce fut l’occasion pour évoquer le procès du gendarme, meurtrier présumé de Guermah Massinissa dont les parents ne peuvent se constituer partie civile devant le tribunal militaire. Ksentini a annoncé que sa commission a demandé au ministre délégué chargé de la Réforme pénitentiaire, Abdelkader Sallat, de visiter les prisons, dépendantes de la juridiction civile ou militaire, «à n'importe quel moment» pour s'enquérir de la situation des détenus. «Les conditions de détention dans les prisons sont plus tolérables que dans les pénitenciers civils», a-t-il attesté. Ksentini a déclaré que l’état d’urgence «ne se justifie plus et son maintien s’accorde mal avec les droits de l’homme», rejoignant ainsi les avis de Larbi Belkheir, chef de cabinet de Bouteflika, Ali Benflis, chef du gouvernement, et Mohamed Lamari, patron de l’ANP. L’orateur a tiré à boulets rouges sur le Maroc, «producteur et exportateur de drogue». «L’Algérie doit réagir immédiatement et brutalement à l’empoisonnement de notre jeunesse. Il faut penser au droit de la jeunesse et sa santé», a-t-il conclu.

Par Adlène Meddi

 
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