Me Farouk Ksentini l’a déclaré hier à la Tribune

«L’Etat est responsable des disparus»

Par Samia Mellal, La Tribune, 11 juillet 2002

Le président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’Homme (CNCPPDH), Me Farouk Ksentini, a déclaré hier à la Tribune que «l’Etat est responsable des disparus, mais n’en est pas coupable». Cette responsabilité de l’Etat découle, estime Me Ksentini, du devoir de celui-ci de protéger les citoyens et d’assurer leur sécurité conformément aux dispositions de la Constitution. Tout comme il dira que le principe de l’indemnisation des familles de disparus dérive de ce
tte responsabilité de l’Etat envers ses citoyens, arguant que «les familles de disparus ont été dans un état d’indisponibilité pendant des années». Sur cette question de l’indemnisation, Ksentini fait remarquer que les familles de disparus sont libres «d’accepter ou de refuser les indemnités, l’essentiel réside dans l’indemnisation des familles qui se trouvent démunies et dans le besoin». Réagissant par ailleurs aux propos de la présidente de SOS Disparus qui a déclaré récemment dans un communiqué que «la
proposition du président de la CNCPPDH, Me Farouk Ksentini, d’indemniser les familles de disparus n’est en fait que le reflet du refus des pouvoir publics de faire face à leurs responsabilités et d’établir la vérité et la justice», Me Farouk Ksentini regrette que l’association «SOS Disparus confonde la CNCPPDH avec le pouvoir». «Nous sommes, poursuit-il, une commission indépendante du pouvoir.» Rappelant par ailleurs la volonté de sa commission de faire «toute la lumière» sur les disparitions, notre inte
rlocuteur souligne que l’indemnisation n’est qu’une première étape dans le règlement du dossier des disparus : «Nous dirons la vérité et toute la vérité et quelle que soit cette vérité sur ce dossier [des disparus, NDLR].» En outre, la commission Ksentini s’emploie, parallèlement à l’étude du dossier des disparus, à l’élaboration du plan national sur les droits de l’Homme requis par le président de la République. Ce rapport, qui sera fin prêt en octobre prochain, selon Me Ksentini, comporte une analyse ex
haustive de la situation des droits de l’Homme en Algérie. Aussi, la commission Ksentini, qui a eu du mal à démarrer ses travaux après son installation par le président de la République en 2001, multiplie présentement les sorties sur le terrain et les contacts avec les pouvoirs publics. C’est ainsi qu’une délégation de la CNCPPDH conduite par son président a été reçue lundi dernier par le chef du gouvernement et le président de l’Assemblée nationale. Lors de sa rencontre avec Me Farouk Ksentini, le chef d
u gouvernement, Ali Benflis, a réaffirmé que la problématique des droits de l’Homme se trouve au centre des réformes engagées par le gouvernement. Tout comme Benflis a souligné que «le bon fonctionnement de la justice, du système éducatif et des structures et missions de l’Etat représente la pierre angulaire de la construction démocratique et de l’édification de l’Etat de droit dans notre pays». Aussi, et à l’occasion de sa rencontre avec Karim Younes, la délégation de la CNCPPDH a évoqué «la question des
droits de l’Homme et sa relation avec l’action parlementaire».Dans les tout prochains jours, Me Ksentini rencontrera le nouveau président du Sénat, le ministre de l’Intérieur et le ministre des Affaires étrangères.

S. M.

 
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