En cette période préélectorale

Les familles des disparus reviennent à la charge à Constantine

 

Par Naïma Djekhar, La Tribune, 29 janvier 2002

Les familles des disparus, bien qu’elles n’aient jamais baissé les bras, reviennent à la charge à Constantine.Dans la matinée de jeudi dernier, soixante à quatre-vingts femmes brandissant des portraits se sont regroupées, en sit-in, devant le cabinet du wali, sis à l’avenue J.F. Kennedy. Les agents de l’ordre en faction les ont obligées aussitôt à s’éloigner, selon nos interlocutrices. L’attroupement ne se dispersera pas pour autant. Il prendra forme à quelques mètres de l’immeuble officiel. Trois policiers se posteront à ce niveau afin de le tenir à l’écart du siège de la wilaya et de la circulation. Cantonnées du côté de la station urbaine Benabdelmalek, fermée pour travaux, les manifestantes scanderont des slogans pour se faire entendre, voire remarquer. Rien ne semble ébranler leur quête de «la vérité sur les leurs», soutiennent-elles. «Nous sommes déterminées à investir le même lieu chaque jeudi et tant que ce sera nécessaire», précisera l’une des femmes dont le frère est porté disparu depuis des années.La question des disparus débattue publiquement depuis trois années n’aura pas apporté de réponse à quelques dizaines de familles à Constantine sur un ensemble de quelques centaines concernées par le problème, selon les statistiques du bureau de wilaya mis sur pied à cet effet à l’époque.La résurgence de cette situation souscrit, selon certains observateurs, à une logique électorale puisque au moins trois partis -parmi les grosses cylindrées– ont déjà annoncé avoir inscrit ce «dossier» dans leur programme électoral. En lice pour les échéances de cette année, les mouvements Ennahda, MSP ou le MRN de Djaballah ont, à plusieurs reprises, affiché leur intention d’inclure la question des disparus dans leurs préoccupations avant d’aller aux urnes. Le dernier en date à épouser cette position est le Mouvement de la société pour la paix de Mahfoud Nahnah, à travers le député Dane qui, depuis Constantine, a reconnu mercredi dernier que la formation à laquelle il adhère «s’intéresse dans sa campagne, entre autres, au dossier des disparus».Dans cette course aux voix, Ennahda et le MRN l’ont déjà précédé à Constantine puisque les deux mouvements se sont alignés, séparément s’entend, sur cette même démarche.D’ailleurs, Abdallah Djaballah se fera épingler par les familles des disparus, à ce propos, lors de son meeting tenu le 25/10/2001 à la maison de la culture El Khalifa. Ces familles, qui ont déclaré «refuser que l’on profite de leur désarroi à des fins électorales», avaient demandé à l’orateur de faire preuve de plus qu’un «simple soutien de façade».Depuis la rentrée sociale 2001/2002, les familles de disparus sont invitées à l’ensemble des rencontres et meetings organisés à Constantine par les formations de la mouvance islamiste, à commencer par la Ligue de l’appel à la nation. Un faire-valoir électoral dont les concernés semblent saisir l’importance.

N. D

 

 

 

 
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