Pendant que RSF tente une campagne à Alger

Troubles révélations sur le sort de Djamil Fahassi

Daïkha Dridi, Le Quotidien d'Oran, 16 janvier 2001

Safia Fahassi arrive à la maison de la presse, tel un robot articulé par la douleur, un journal à la main.

Elle attend de rencontrer le journaliste qui révèle (dans l’édition du Matin d’hier, le 15 janvier 2001) que le corps de son époux, Djamil Fahassi, journaliste à la Chaîne 3, enlevé dans son quartier à El- Harrach en mai 1995, serait enterré «dans un charnier sur les hauteurs d’Alger». Safia est une femme digne au regard droit, plus droit et clair que celui de tous les journalistes, pas nombreux, qui l’entourent. Gênés, compatissants.

Safia n’est pas des femmes qui s’effondrent en public. Mais cette fois, c’est trop. Tout son corps est traversé par des décharges. «Qu’est-ce qu’ils veulent me dire ? Qu’ils l’ont tué ? Qu’il est mort ? Qui le sait ? Qui l’a révélé ? C’est où ces charniers sur les hauteurs d’Alger ? Les hauteurs d’Alger ? Bouzaréah ? Ben Aknoun ? Ils l’ont tué ? Ils ont jamais dit qu’il était mort, ils m’ont toujours dit, ils ont toujours écrit, qu’il coule des jours heureux à l’étranger...».

Le journaliste auteur de l’article arrive, le visage décomposé. Il ne semblait pas penser créer un tel séisme. Il est tétanisé, il ne se souvient presque plus d’où il a recueilli cette information, capitale pour cette femme-là. «Sur internet», dit-il enfin, un peu confus, «sur le site de Algeria-Interface». Dans son article à lui, intitulé «Les investigations continuent», est écrit : «Des avocats de l’association nationale des familles de disparus (ANFD) ont avancé, il y a quelques semaines, l’existence d’un charnier sur les hauteurs d’Alger où aurait été enterré Djamil Fahassi.»

L’article du site Algeria-Interface, dirigé par un journaliste algérien habitant en France, Djamel Benramadane, intitulé «Une presse silencieuse face à ses disparus» daté du 12 janvier révèle en effet : «(...) à l’automne 2000, des avocats algérois proches du dossier ont avancé l’existence d’un charnier sur les hauteurs d’Alger où aurait été enterré Djamil Fahassi, mais l’affaire n’a pas connu de suites.» Les avocats de l’Association des familles de disparus, ne sont pas si nombreux, ils sont un avocat, dit Safia Fahassi qui les connaît pour être en permanence en contact avec les «proches du dossier». Cet avocat s’appelle Me Mahmoud Khellili. En ce moment même hospitalisé après avoir été victime d’une attaque cardiaque. Mme Fahassi se rend au chevet de l’avocat hier en début de soirée.

Et Me Khellili lui a déclaré ainsi qu’au Quotidien d’Oran et à la représentante de RSF actuellement en Algérie, n’avoir jamais émis une telle information : «jamais je n’ai dit ça à personne, je ne suis même pas au courant de cette histoire de charnier, ni d’un quelconque document en faisant état. Si j’avais eu vent d’une telle information, la première personne à qui j’en aurais parlé aurait été Safia Fahassi».

Qui sont donc les bien mystérieux avocats à avoir délivré cette information ? «Pourquoi font-ils courir cette information ? Pourquoi maintenant ? Est-ce qu’il est mort ?».

Les questions que l’épouse de notre collègue se pose tous les jours en elle-même, se bousculent à voix haute en ce sinistre crépuscule.

 

Retour

algeria-watch en francais 

 

 

   
www.algeria-watch.org