Volonté de clôre le dossier des disparus à Constantine

N. Benaziza, Le Jeune Independant, 1 avril 2001

L'association des familles des disparus de Constantine conteste les
dernières décisions prises par les autorités locales consistant à
délivrer des notifications à certains de leurs membres. Ces
notifications dénotent, selon eux, la volonté de clore ce dossier
définitivement.

A ce jour, et depuis le début de l'année 2001, quatre de ces familles
ont été convoquées par les services de la police judiciaire pour se
voir remettre des documents officiels portant résultats des enquêtes
menées autour de la disparition forcée et involontaire de leurs
proches et qui se résument à la mention «recherché» ou «décédé».

Les familles concernées par ces enquêtes font part de leur désarroi
et de leur profonde inquiétude, estimant que cette procédure ne fait
nullement avancer les choses et se situe très loin de leurs attentes.
De plus, elles relèvent de nombreuses «contradictions et
incohérences» qui attestent du «peu de sérieux » et du «peu
d'intérêt» accordé à leurs doléances et requêtes.

Le président de cette association, M. Beltrache, qui s'est rendu à
notre bureau pour exprimer la position de l'association face aux
derniers développements que connaît le dossier des disparus ainsi que
les actions engagées par ce mouvement, nous dira : «Nous avons saisi
le président de la République avec un rapport détaillé sur les
nombreux cas de disparition enregistrés à Constantine et appuyés par
des documents et des informations précises et concrètes [.] Je ne
sais pas si c'est à la suite de notre initiative et de notre rapport,
ou de nos regroupements hebdomadaires sur la place publique, ou
encore de la pression exercée par les ONG de défense des droits de
l'homme que des familles ont commencé à recevoir ces notifications.
Je tiens, néanmoins, à indiquer que ces notifications ont été
établies bien avant 2001 et qu'il y a quelques familles qui les ont
reçues auparavant [.] ».

Le président de l'association a évoqué deux cas parmi les quatre
familles qui ont reçu ces documents officiels en 2001. Le cas des
deux cousins Sathi qui ont été enlevés le 10 mai 1996 dans les mêmes
conditions et dont les mères ont été convoquées par les services de
la sûreté de la police pour se faire remettre des notifications où il
est clairement indiqué que leurs enfants sont recherchés. Le deuxième
cas concerne Mme Sassane qui a aussi été convoquée le 11 mars 2001
par la police judiciaire et à qui l'on a remis une notification sur
le décès de son mari, Sassane Rachid. Les familles qui ont été
rendues destinataires de ces notifications ont commencé à réagir et à
entreprendre des démarches en direction des autorités pour leur
signifier leur rejet d'une telle procédure. Rappelons qu'une
tentative similaire a eu lieu à Alger et que les familles des
disparus l'ont également rejetée.

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Un drame occulté, pour quelle raison ?

A. Lemili, Le Jeune Indépendant, 1 avril 2001

L'Association des familles de disparus, qui a pignon sur rue à
Constantine, bataille chaque jour pour essayer d'obtenir son agrément.

La demande d'agrément accompagnée du dossier idoine a bel et bien été
déposée auprès des services de la wilaya. Cette démarche obéit à la
lettre aux dispositions de la loi 90-31, notamment dans la procédure
engagée par les familles et leurs représentants. En retour,
l'administration, contrairement à ce qui est prévu dans ce cas
d'espèce, n'a pas délivré l'attestation de dépôt, au mépris des
textes réglementaires qui n'engagent en fait en rien
l'administration, dans la mesure où la sollicitation ou la remise
d'un dossier d'agrément pour création d'une association ne suppose
pas ipso facto sa délivrance.

Cela dit, l'association qui s'est contentée d'une signature et d'un
cachet apposés sur un bordereau de remise au service concerné n'en
continue pas moins de fédérer ses adhérents qui se retrouvent tous
les jeudis en matinée, place de la Brêche, s'exposant pourtant à un
grave délit d'attroupement que, paradoxalement, les pouvoirs publics
ne répriment pas, ignorant leurs propres lois, les lois de la
République qu'ils brandissent énergiquement pour interdire pourtant
toute marche pacifique ou réunion de partis politiques officiels.

En faisant parvenir depuis quelque temps des notifications -
impliquant les services de sécurité dans ces «disparitions» - à des
familles, même à doses homéopathiques, le pouvoir autoriserait-il
cette lecture selon laquelle le pouvoir subirait une pression
extérieure des organisations non gouvernementales, mais également des
Etats européens bailleurs de fonds, le cas échéant depuis que le
président de la République a entamé ses tournées mondiales de
reconquête d'une aura internationale perdue. Or, ces notifications,
même si elles ont «valeur» de document plus ou moins
officiel «informatif» sur la situation d'un disparu, n'entourent pas
moins d'un certain flou la triste réalité, à savoir que les parents
ne pourront jamais entrer en «possession» du corps du disparu,
connaître les conditions dans lesquelles il aurait décédé ; sa
situation vis-à-vis de l'état civil ne sera jamais résolue, conférant
ainsi un aspect encore plus tragique à leur douleur. Selon ces
familles, il resterait l'espoir que le chassé-croisé des
organisations non gouvernementales internationales depuis deux ans en
Algérie pourrait aboutir à la clôture définitive du dossier dans les
mois à avenir. Avant la fin de l'été, est-il même susurré.

 

 
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