Les familles des disparus saisissent l'opinion internationale

Djamel B., Le Matin, 31 März 2001

Le Parlement européen et les familles des disparus reviennent à la charge pour exiger une enquête en Algérie. L'institution européenne veut s'impliquer dans la question des disparus en Algérie. Elle a demandé, dans une résolution votée en janvier dernier, « l'envoi en Algérie d'un rapporteur de la Commission des droits de l'Homme de l'ONU ». Objectif ? « Faire la vérité sur les disparitions » dont le nombre est estimé par Bouteflika à 10 000. Les familles des disparus en Algérie reviennent, elles aussi, à la charge après avoir, disent-elles, « épuisé tous les recours ». Elles saisissent l'occasion de la réunion de la Commission des droits de l'Homme à Genève
(19 mars-27 avril 2001) pour monter au créneau. Elles ont remis un mémorandum, daté du 17 de ce mois, à Mary Robinson, le haut-commissaire aux droits de l'Homme, aux représentants de tous les Etats qui ont une représentation diplomatique à Alger, et aux dirigeants des principales ONG internationales comme Amnesty International, Human Rights Watch, Fédération internationale des droits de l'Homme et Reporters sans frontières (RSF). Ces familles se plaignent de la gestion de ce dossier par les autorités. Les investigations menées par le ministère de l'Intérieur n'auraient jamais été portées à leur connaissance. Les familles dénoncent aussi l'« adoption par le pouvoir d'une démarche de culpabilisation en les traitant de "familles de terroristes" ». Selon ce mémorandum, qui rappelle que les autorités refusent toujours de délivrer l'agrément qui permettrait à leur association créée en août 1998 d'activer légalement, « quelques milliers d'Algériens, hommes et femmes de diverses catégories de la population ont "disparu" après avoir été emmenés par les forces de sécurité ». Ces familles font état de 7 200 « enlevés ». 4 325 dossiers auraient été déposés au ministère de l'Intérieur. En juillet 1998, une délégation de familles des disparus a transmis au panel des Nations unies, conduit par Mario Soares, une lettre accompagnée d'une liste de 239 personnes disparues et a organisé une tournée européenne pour « informer, sensibiliser et interpeller » des personnalités politiques européennes. Quelques mois plus tard, une délégation de ces familles a été reçue à Washington au département d'Etat et à la Maison-Blanche par Mme Clinton.
Entre octobre 1998 et février 2000, 2 000 dossiers de disparus ont été déposés à Genève auprès du groupe de travail sur les disparitions forcées des Nations unies. Les familles des disparus demandent dans ce mémorandum aux responsables des 53 pays membres de la Commission des droits de l'Homme des Nations unies de faire « pression sur le gouvernement algérien afin qu'il respecte ses engagements internationaux ». « Nous avons épuisé tous les recours en Algérie et nous n'avons rencontré que refus », disent-elles.

 

 

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