Familles de disparus

Vers une grève de la faim

Faouzia Ababsa, l'Authentique, 25 septembre 1999

Crée en novembre 1998, leur association n'a jamais été reconnue. Les services du ministère de l'intérieur ont refusé de réceptionner le dossier d'agrément. Ouyahia en faisait apparemment un point d'honneur à ce propos. Son successeur, Hamdani, ne s'en ai jamais préoccupé. L'observatoire National des Droits de l'Homme devant lequel elles se rassemblent tous les mercredis ne fait pas plus cas d'elles. Il semble que ses membres se sont tellement habitués à les voir, qu'elles font partie du paysage.

Bouteflika, quant à lui, leur a laissé clairement entendre et publiquement que le dossier est clos. En somme tout est fait pour que la question soit banalisée avant qu'elle ne disparaisse et qu'on en entende plus parler.

Mais les familles des disparus, c'est d'elles qu'il s'agit, n'en démordent pas. Rien de ce qui leur arrive n'est apparemment arrivé à bout de la seule et unique revendication: la vérité, toute la vérité, rien que la vérité sur le sort qui a été réservé à leurs proches qui n'ont pas donné signe de vie qui depuis 4 ans, qui depuis 3 ans ou encore depuis 5 ans. "Il ne saurait y avoir de paix durable tant que l'impasse est faite sur ce problème" affirme Mme Ighil, présidente de l'association. Interrogée sur le devenir de leur organisation après les déclarations du chef de l'état à la salle Harcha, notre interlocutrice rétorque que les propos de Bouteflika sont "inacceptables". Et cela ne nous fera pas baisser les bras. La mobilisation est plus que jamais de mise. Et Mme Ighil de nous informer que l'association compte dans les tout prochains jours entamer une grève de la faim devant la bâtisse de l'ONDH. "Jusqu'à ce jour, aucun cas n'a été élucidé. Les mêmes réponses nous sont données aussi bien par l'Observatoire de Défense des Droits de l'Homme que par les comités mis en place dans chaque wilaya. Pour eux, quand nos proches ne sont pas dans les maquis, ils se sont fait tuer ou encore ont quitté le pays. Pourtant des traces doivent exister." Et la responsable de l'association de renchérir: "Tous les cas que nous avons démontrent que les personnes ont été enlevées par les éléments des services de sécurité. Les dossiers à notre disposition le prouvent clairement." Sujet plus que tabou, il y a à peine une année, le dossier des disparus a fini par être pris en charge par les services de la présidence de la République.

En décembre de l'année dernière, sur instruction de Zeroual, et sur pression des députés du PT, une délégation a été reçue à El Mouradia. Les autorités ont du se dire que si les familles se sont mobilisées c'est qu'il y a du vrai et que leurs revendications sont légitimes. D'autant que constitutionnellement l'état est responsable de la sécurité et de la protection des citoyens. Aujourd'hui, et à l'ère de la sacro-sainte concorde civile, dont l'association se revendique, les familles des disparus rejettent toute idée de clore le dossier. Tant il est vrai qu'on ne peut pas demander et sous aucun prétexte, à une maman, d'oublier qu'elle a un jour mis au monde un enfant qu'elle a vu grandir de surcroît.

 

 

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