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Disparus, la situation piétine
Quand l'Algérie surclasse le Chili
En quinze ans, le Chili de Pinochet, modèle universel de dictature, n'a pas
connu autant de disparus que l'Algérie en huit ans. Les 4 000 cas de
Chiliens enlevés traînent loin derrière les 7 200 cas documentes par l'ANFD
et, encore plus loin, derrière les estimations de Me Ali Yahia Abdenour qui
parle de pas moins de 20 000 disparitions.
Yassin Temlali, Le Jeune Indépendant, 21 août 2000
Ces chiffres ne sont pourtant pas définitifs. Les collectifs des familles de
disparus, ANFD et Comite SOS affirment enregistrer ces derniers temps sept
dossiers par semaine. Les langues se délient, explique-t-on, et évoquent avec
force témoignages ces kidnappings nocturnes qui remontent, pour la plupart, à
cette époque où la terreur a officiellement changé de camp, c'est-à-dire
1994-96. Des informations récentes font état de la mort de disparus sous la
torture, tandis que d'autres, moins précises et plus récurrentes, évoquent
l'existence de camps de concentration a Reggane où plusieurs personnes
enlevées dans l'Algerois seraient détenues.
Chaque jour précise donc un peu plus l'ampleur du phénomène des disparitions
que certains journaux et partis politiques ont feint de découvrir en 1998,
dans une étrange coïncidence avec ce sordide feuilleton de l'été conclu par
l'annonce de la démission de M. Zeroual. Paradoxalement, plus ce drame
découvre de nouvelles facettes, plus les autorités se murent dans ce silence
qu'elles ne rompent que pour classer les disparus dans la rubrique
terroriste, avec l'inestimable aide de l'ONDH.
Leur intransigeance se fait forte de l'embellie diplomatique actuelle qui
les préserve de l'ombre inquisitrice de l'ONU. Dans ces conditions, la
possibilité d'un règlement à la sud-africaine, dans la vérité et la justice,
semble ainsi s'amenuiser.
La polémique actuelle entre l'ANFD et le Comite SOS est une démonstration du
cul-de-sac dans lequel se trouve la revendication des familles de disparus.
Un "cul-de-sac" parce que cette polémique est le prolongement de ces
mésalliances bruyantes entre le FFS et le PT provoquées par une divergence
plus doctrinale que tactique sur l'"internationalisation" de la question des
disparitions et, plus généralement, de la crise algérienne. Car si pour le
FFS, la mondialisation est aussi une mondialisation de la justice, pour le
PT, l'interventionnisme version droits de l'homme ne tarde pas généralement
à découvrir ses dessous de politique stratégique, l'ONU n'étant pas une
organisation transcendantale, mais l'instrument de la pression sélective des
grandes puissances de la planète. Les familles de disparus ont été traitées
de "marionnettes" des partis ? Mais sont-elles, au fond, les marionnettes
d'autre chose que leur malheur, qu on ne veut même pas, ultime humiliation,
reconnaître ? Leurs collectifs sont accuses d'être inféodés au PT et au FFS.
Mais l'Etat leur a-t-il offert cette légalité qui leur permettrait de ne
plus tenir leurs réunions dans des siéges de partis ? La ligne de démarcation
entre l'ANFD et SOS disparus est celle-la même qui sépare aujourd'hui le PT
du FFS.
Mais peut-on honnêtement le leur reprocher quand la majorité des partis
demeurent indifférents à leurs doléances, lorsqu'ils ne se font pas
carrément les porte-voix du cynisme officiel ?
Les autorités sont encore une fois interpellées, c'est devenu banal de le
dire. Faute de pouvoir allier vérité et justice dans le règlement de la
question des disparitions, elles pourraient au moins dire la vérité à ces
"marionnettes" et ces "pleureuses" qui ne sont pas prés de désarmer
Les étranges dossiers de Louisa Hanoune
Le Matin, 23 août 2000
Selon les responsables de SOS disparus, Louisa Hanoune, présidente du Parti
des travailleurs (PT), détient 7 200 dossiers de personnes disparues dont
elle ne veut donner copie a personne. La responsable du PT a refusé de livrer
ces dossiers a l organisation SOS disparus de crainte de voir ces documents
atterrir chez des organisations internationales. D où la colère d une
partie des familles de disparus.
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