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Victimes
de la terreur de l’OJAL*
Docteur Mohamed
El Habib Haddam
Observatoire
des droits humains en Algérie (ODHA), Algeria-Watch, mars
2004
Docteur Mohamed
El Habib Haddam, chirurgien cardio-vasculaire à l’hôpital
universitaire Mustapha d’Alger. Maître-assistant à la
faculté de médecine d’Alger.
Au soir du 11 novembre 1993, vers 20h, deux personnes sonnèrent à la
porte de notre appartement. Moi, je venais de rentrer et me reposais
sur le lit suite aux efforts que je venais de fournir car j'étais
en convalescence suite à un polytraumatisme avec lésions
multiples de trois membres provoqué par une chute. C’est
ma femme qui est allée voir. Elle savait qu'elle ne devait en
aucune manière ouvrir à des inconnus mais perturbée
quand on lui a dit que c'était la police, elle ouvrit la porte
et les laissa entrer (geste auquel je ne m'attendais nullement mais le
destin a voulu ainsi). Elle pensait qu’effectivement il s’agissait
de la police. En réalité, il s’agissait de deux jeunes
hommes cagoulés qui pénétrèrent avec des
pistolets à la main et utilisant ma femme comme bouclier humain
en la poussant devant eux, ils vinrent jusqu'à ma chambre et après
m'avoir demandé de confirmer mon identité, l'un d'eux,
qui pointait son arme sur ma tête, commença à appuyer
lentement sur la détente alors que l'autre était allé fouiller
les pièces de l’appartement toujours derrière ma
femme. Il revint avec ma fille qui était dans une pièce
en train de réviser ses cours.
Allah me donna un sang froid dont je ne me croyais pas capable moi
même
et je commençais à discuter calmement avec les agresseurs,
introduisant le doute sur une erreur de cible, peut-être qu’ils
devaient être à la recherche de quelqu’un d’autre,
qu’ils me confondaient avec une autre personne ? Je discutais calmement
et affirmais ne rien comprendre.... Ils se disaient de l'OJAL et m’informèrent
qu'ils m'avaient adressé une lettre pour me prévenir de
ma liquidation (ce que j'ai vite fait de nier bien sûr) alors qu’en
fait j'avais effectivement reçu une lettre de menace signée
OJAL tout comme mon père, que Dieu ait son âme, en avait
reçu une à Tlemcen.
Bref, nous avons eu de longues palabres et du résister fortement
aux provocations, ma femme, ma fille et moi (elles ont aussi supporté cela
avec un grand courage et énormément de sang froid, ce qui
m'a facilité ma tâche de "négociation" avec
celui qui paraissait diriger les opérations). Mon calme venait
aussi du fait que je n'étais pas tout à fait surpris de
cette tentative criminelle car j'étais au courant que trois jours
auparavant, mon ami Mohamed BOUDJELKHA, éminent professeur de
mathématiques à l’université de Bab Ezzouar,
avait été enlevé par le même groupe et on
en était encore sans nouvelles.
Je leur ai dit que j'étais prêt à les accompagner chez
leur chef pour éviter une bavure, estimant être plus libre de
réagir une fois loin des autres membres de ma famille et après
les avoir laissés en sécurité à la maison comme
cela s'était passé avec l'enlèvement de Boudjelkha. Mais
voyant que je me déplaçais avec difficulté, utilisant
deux béquilles, les deux hommes armés et cagoulés nous
ligotèrent tous les trois et partirent demander l'avis de leur chef...
non sans emporter les clés de la maison et plusieurs effets dont je
n'ai pas encore pu établir la liste mais ce que je sais par contre c'est
qu'ils ont emporté plus de 50.000 DA que je devais remettre au président
de notre coopérative de construction... Al Hamdu lillah, Amina ma fille
arriva à se libérer et grâce à l'aide de nos voisins
nous avons pu nous réfugier chez eux...
Les jours qui suivirent, certains quotidiens de la presse privée relatèrent
ce fait en déformant la réalité. Dans leurs articles télécommandés,
ils parlaient de «GIA » qui en voulait tantôt à la
djaz'ara, tantôt au FIS ou bien qu’il s’agissait juste d’un
règlement de comptes entre factions armées rivales (!!!). Sans
parler du fait que j'ai été présenté comme étant
un chirurgien-dentiste (?). Un tissu de mensonges pour tromper l’opinion
publique et imputer cette tentative d’assassinat aux «islamistes » alors
qu’il s’agissait de tueurs du sinistre escadron de la mort dénommé OJAL.
C’était l’époque où la désinformation à outrance
battait son plein.
La semaine suivante et puis la semaine d'après, cette même presse
de désinformation rapportera que mon appartement avait été réattaqué et
dévasté par des membres des GIA ce qui était archi-faux...
Cette tentative d’assassinat, à laquelle je venais d’échapper
grâce à Dieu, me poussera à passer dans la clandestinité,
me réfugiant chez des amis et des membres de la famille, avant de m’exiler.
D’autres compatriotes n’auront pas cette chance et périront
sous les balles assassines de ces tueurs de l’OJAL qu’une certaine
presse aux ordres présentera comme des victimes des….GIA.
Que Dieu préserve notre Nation meurtrie !
* OJAL:
L'ex-colonnel Mohamed Samraoui écrit au sujet de cette formation: "En
Algérie,
ce sera notamment l’OJAL (Organisation des jeunes Algériens
libres), qui signera ses premières actions de prétendue
organisation civile clandestine anti-islamiste en novembre 1993. L’OJAL
a surtout été active en mars et avril 1994, mais elle a
revendiqué des dizaines d’assassinats, laissant une empreinte
sanglante et durable dans l’Algérois, à Blida, Médéa,
Chlef, Boufarik… (...) C’est en 1995 que j’apprendrai
la vérité sur l’origine de l’OJAL, par un officier
ayant fait partie des forces spéciales du CC/ALAS, le colonel Mohamed
Benabdallah (...) L’OJAL en tant qu’organisation n’a évidemment
jamais existé : c’est une création du DRS, que la presse
algérienne a amplifiée en instrument censé faire peur
aux isla-mistes. On peut dire que le vrai chef de l’OJAL était
le général Mohamed Lamari, puisqu’il était le
patron du CC/ALAS, dont dépendaient les commandos-parachutistes
et les éléments du DRS responsables de ces exactions. Le
colonel Benabdallah m’a d’ailleurs indiqué que si les
islamistes ont commis de nombreux assassinats de person-nalités
politiques, l’armée en a commis aussi : elle a, m’a-t-il
expliqué, « riposté contre tous les journalistes, scientifiques
ou responsables qui apportaient un soutien à la cause intégriste ».
Mohamed Samraoui, Chronique des années de sang, Denoel, Paris, 2003, p.
202-205. |
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