T'kout : la répression continue

Alors qu'ils collaient des affiches appelant à la libération des détenus du mouvement citoyen et des journalistes, trois jeunes ont été arrêtés, samedi, par la gendarmerie.


Le Matin, 19 juillet 2004

Un mois après la confirmation du jugement des détenus de T'kout par la cour d'appel près le tribunal de Batna, le pouvoir local continue à répondre par la répression au moindre souffle contestataire de la population. En effet, dans la nuit de samedi à dimanche, trois jeunes ont été arrêtés par les gendarmes et emmenés à la brigade au moment où ils placardaient des affiches de la Coordination du mouvement citoyen de T'kout. Les affiches en question montraient les photos des jeunes incarcérés depuis le 12 mai dernier soulignées par le mot d'ordre « Ulac smah ! » Quelques-unes appelaient, en plus de la libération des détenus de T'kout à celle aussi des journalistes Hafnaoui et Benchicou. A l'heure où nous mettons sous presse, le sort des trois jeunes arrêtés, Mounir B., Y. Aït Semer et H. Athmani n'est pas encore connu. Pour rappel, la cour d'appel près le tribunal de Batna avait prononcé, lors du procès du 20 juin dernier, la libération de cinq parmi les vingt-huit personnes condamnées auparavant par le tribunal d'Arris à des peines allant de trois à douze mois de prison ferme. Le collectif d'avocats de la défense n'a pu obtenir l'élargissement de l'ensemble des détenus malgré le traitement de l'affaire sur fond politique et les nombreux témoignages sur la torture subie dans les locaux de la gendarmerie. Des évènements survenus suite à une vague d'arrestations au lendemain des émeutes qui ont secoué cette commune située à 90 km au sud de Batna, après l'assassinat par un garde communal du jeune Argabi Chaïb. Contrairement aux espoirs du pouvoir local qui a tout essayé pour mater le mouvement, ce dernier surprend par ses capacités de résistance et maintient la mobilisation intacte. Il est vrai qu'il y a moins d'agitation à T'kout, mais n'empêche que les rangs du mouvement ne cessent de grossir en prenant l'allure d'une véritable organisation.
Rappelons que la cour d'appel de Batna avait confirmé, un mois après leur condamnation, la peine de prison ferme prononcée à l'encontre des vingt-huit détenus de T'kout. Après délibérations, la cour avait prononcé cinq relaxes et condamné à des peines allant de trois à douze mois de prison vingt-trois autres détenus. Pourtant, le juge avait accepté d'entendre les témoignages des jeunes incarcérés sur la torture qu'ils ont subie. Me Hanoune avait relevé les similitudes entre les évènements de T'kout et ceux de Béni Douala. « Mais puisque la loi ne permet pas de qualifier ces jeunes de détenus d'opinion, alors je vais vous démontrer que le dossier est vide », avait-il dit. Les jeunes détenus avaient suivi les débats avec calme, en distribuant les sourires à leurs parents venus en force. Un mois plus tard, ce sont les militants du MDS et membres du mouvement citoyen qui ont été sommés de quitter la ville. Avec l'arrestation de trois autres jeunes dans la nuit de samedi, la tension risque de reprendre de plus belle dans cette région où les familles des détenus ne comptent pas se laisser faire.
Nouri Nesrouche

 

   
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