Affaire T'kout : procès contre Le Matin le 6 juillet


Le matin, 23 juin 2004

Le Matin a été destinataire d'une nouvelle convocation de la justice hier. La plainte émane cette fois-ci du ministère de la Défense qui a engagé des poursuites contre Mohamed Benchicou et la journaliste Abla Chérif pour la publication de témoignages de jeunes citoyens de T'kout affirmant avoir été torturés après leur arrestation par la gendarmerie dans le cadre des derniers évènements qui ont secoué cette région. Les deux mis en cause sont accusés de diffamation et d'outrage à une institution officielle. La convocation informe, par ailleurs, que le plaignant a engagé une procédure pour citation directe. Le procès a été fixé au 6 juillet prochain au tribunal de Sidi M'hamed. Une copie des faits reprochés, jointe à la convocation, accuse la journaliste d'avoir inventé des propos relatant des actes de torture « croyant pouvoir diffamer et porter atteinte à l'honneur d'une institution de la République sans preuve ». Le directeur du Matin est, pour sa part, accusé d'avoir porté atteinte à l'honneur des moudjahidine dans une de ses chroniques consacrée aux évènements de T'kout. Il faut remarquer que cette affaire intervient au moment où le procès en appel des détenus de T'kout a été l'occasion de prouver que la torture avait effectivement eu lieu. Les détenus ont, en plus de leur témoignage, montré à la cour les traces encore visibles des sévices endurés. Les comptes-rendus des correspondants de presse nous apprennent, par ailleurs, que certaines de ces personnes n'ont pas hésité à raconter en public la manière dont il a été porté atteinte à leur dignité et les pratiques déshonorantes qu'ils ont eu à subir dans les locaux de la gendarmerie. Les mêmes faits, doit-on le rappeler, ont été dénoncés au cours des évènements de T'kout par des avocats chargés de la défense des détenus, lesquels ont organisé une conférence de presse pour alerter l'opinion publique et internationale sur la situation. Cette nouvelle plainte est à ajouter aux onze affaires en justice que compte Le Matin pour la période allant de juin à la mi-juillet. Elle intervient également au moment où la machine judiciaire s'est mise en place contre la presse. Cette semaine a enregistré la condamnation à deux mois de prison ferme par défaut du directeur d'El Khabar, Ali Djerri. Avant lui, le procureur de la République de la cour d'Alger avait requis six mois de prison ferme pour l'un des responsables du Soir d'Algérie, Fouad Boughanem, et le journaliste Abder Bettache. Le verdict sera connu le 29 juin. El Watan comparaîtra, quant à lui, le 6 juillet prochain pour une plainte déposée par le ministère de la Justice.
L. B.

 

   
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