Procès du MDN contre Le Matin, le 6 juillet

Les avocats confirment la torture des jeunes de T'kout


De notre correspondant, Le Matin, 29 juin 2004

Au moment où le directeur du journal Le Matin, Mohamed Benchicou, emprisonné depuis le 14 juin dernier à la maison d'arrêt d'El Harrach, a reçu une citation directe à comparaître devant le tribunal de Sidi M'hamed le 6 juillet prochain, suite à la plainte du MDN relative aux cas de torture durant les événements de T'kout, les avocats de la défense des détenus ont réaffirmé ces atteintes soutenues par les détenus eux-mêmes lors du procès en appel. C'est ainsi que Me Karmoud, membre du collectif des avocats ayant plaidé la cause des détenus de T'kout condamnés à de lourdes peines de prison, a confirmé que durant l'audience, qui était publique, ces derniers ont « exhibé des traces, visibles notamment au niveau du tibia et autres séquelles de brûlures de cigarettes au niveau des bras ». « J'affirme qu'on a posé des questions à ce propos et ils ont confirmé (les détenus, ndlr), avoir été torturés. Il y a aussi au moins un cas d'atteinte à l'intégrité morale », a-t-il ajouté avant de poursuivre : « Le procureur près la cour de Batna a essayé de justifier qu'il n'y a pas eu de cas de torture. »
Au sujet de la commission d'enquête, l'avocat ajoutera : « D'après les gens de cette région que nous avons eu à questionner, cette commission a été désignée pour dire qu'aucun cas de torture n'a été enregistré. Ce qui veut dire qu'elle a été désignée pour disculper la gendarmerie. Il faut ajouter aussi que les détenus ont affirmé en pleine audience n'avoir jamais été examinés par un médecin. »
La thèse des cas de torture a été également confortée par un autre avocat des détenus de T'kout, en l'occurrence Me Salah Hanoun. Il dira à cet effet : « Les détenus ont témoigné devant la cour et exhibé des traces. Le président de la chambre correctionnelle près la cour de Batna a constaté de visu et à plusieurs reprises les cicatrices sur les corps des jeunes détenus suite à la répression féroce qu'ils avaient subie par les gendarmes à la brigade de T'kout. Il se trouve que 40 jours après, les traces sont toujours visibles. Et parmi ces détenus, il y a ceux qui sont prêts à déposer une plainte contre les gendarmes responsables de ces agressions. »
Questionné à propos de la commission d'enquête, Me Hanoun précisera d'emblée qu'il y a eu deux commissions, une civile et l'autre militaire, diligentées afin d'enquêter sur ce qui s'est passé : « Il se trouve, a-t-il dit, que d'après les citoyens de T'kout, parents de détenus ou autres, et à plusieurs reprises nous ont confirmé que les membres desdites commissions d'enquête n'avaient pas rencontré les témoins directs de la répression puisqu'ils n'avaient rencontré que la clientèle du Pouvoir à T'kout. Il va de soi que cette clientèle ne pouvait qu'aller dans le sens de la version officielle. Et si réellement l'objectif de ces commissions était de faire la lumière sur la terrible répression qui s'est abattue sur les citoyens, ses membres auraient pris attache avec et les témoins et les parents des détenus et les autres jeunes remis en liberté.
Pour cet avocat, les choses sont claires : « Il est évident pour nous que par leur fonctionnement, les commissions d'enquête avaient un seul objectif qui consiste à contredire les témoignages publiés par Le Matin et qui sont vérifiables sur le terrain à T'kout et de dédouaner les gendarmes. »
Au sujet de la plainte du MDN, l'avocat dira : « En général, le MDN est en droit de déposer des plaintes s'il considère qu'il a été diffamé. Cependant, il reste que dans cette histoire, Le Matin n'a fait que son devoir d'informer puisqu'il n'a servi que de relais à la détresse de simples citoyens ayant subi l'arbitraire de l'Etat et qui n'ont que la presse indépendante pour faire entendre leur douleur. Et si les commissions avaient réellement fait leur travail dans une indépendance totale, ce serait les gendarmes qui auraient été traduits devant la justice. » « Malheureusement, dans cette Algérie de 2004, Le Matin continue de payer son irrévérence et son attachement à soutenir toutes les luttes démocratiques. » Devant cette situation délétère, l'avocat enchaînera : « Nous aurons tout le loisir de prouver devant le tribunal de Sidi M'hamed le 6 juillet prochain qu'il n'y a pas de diffamation puisque ce qu'a rapporté Le Matin ne relève aucunement d'allégations, mais des faits graves » qui sont aux antipodes de cette Algérie "digne de M. Bouteflika". »
Brahim Boubchir

 

   
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