Mr Bertrand RAMCHARAN
Haut Commissaire par intérim des Nations Unies pour les Droits
de l’Homme
Mmes, Mrs les Rapporteurs spéciaux
- sur les exécutions
extrajudiciaires, arbitraires et sommaires
- sur la torture et autres peines
ou traitements cruels, inhumains ou dégradants
- sur la détention
arbitraire
Palais Wilson
8-14, avenue de la Paix
1211 Genève 10
Monsieur Le Haut Commissaire,
Mmes, Mrs les Rapporteurs Spéciaux
Le 13 mai dernier à Taghit, village de la Daira de Tkout, wilaya
de Batna dans l’est de l’Algérie, le jeune Chouaib
Argabi était abattu de plusieurs balles par la milice paramilitaire
locale. Cette milice dénommée GLD (groupes de légitime
défense) ou garde communale ou encore " patriotes ",
fut créée et armée par le gouvernement algérien
dans les années 1990 afin de suppléer, à l’origine,
les forces de sécurité de l’Etat dans la lutte contre
le terrorisme islamiste.
Le lendemain, les parents de la victime et les populations des localités
de Taghit et Tkout manifestent publiquement leur indignation contre ce
qu’ils considèrent comme un assassinat gratuit et réclament
justice.
Au lieu et place de dépêcher les autorités civiles
adéquates susceptibles de donner les garanties d’usage concernant
notamment la saisine rapide de la justice et de chercher à faire
baisser la tension par les voies du dialogue, les représentants
de l’Etat ont au contraire fait le choix inverse, celui de l’escalade
dans les provocations en appelant immédiatement en renfort toutes
sortes de forces de sécurité disponibles dans la région
: Forces spéciales anti-émeutes, CNS (Compagnies Nationales
de Sécurité), escadrons de gendarmerie et même l’armée.
Forte de plusieurs centaines d’éléments, cette armada
n’était pas équipée des instruments neutralisants
préconisés en pareilles circonstances mais lourdement armée
de moyens de guerre. Selon toute vraisemblance, elle avait " carte
blanche " pour utiliser toutes les méthodes, non seulement
pour rétablir l’ordre au plus vite mais aussi et surtout
pour le faire de telle manière à ce que plus jamais les
habitants de cette région ne puissent avoir l’idée
de contester ou de protester contre n’importe quel abus des autorités.
La volonté de sévir de façon traumatisante contre
cette population attachée à son identité amazighe
et qui dénonce depuis longtemps l’état de non droit, était
manifeste dès les premiers instants.
Pour parvenir à l’objectif de réduire au silence
les chawis (nom de la population amazighe de la région des Aurès),
toute la panoplie des violences physiques et psychologiques a été déployée
par les différents corps de sécurité à Tkout
:
- Dès leur arrivée dans cette localité le 17 mai,
les éléments des forces de sécurité, se sont
d’emblée attaqués aux jeunes gens dans la rue, les
chargeant violemment sans même leur avoir donné les avertissements
d’usage. Après les avoir matraqués, frappés
avec des coups de pieds, traînés par terre et insultés,
les jeunes ont été embarqués dans les véhicules
militaires à destination de l’ancienne prison coloniale,
lieu de cantonnement de la gendarmerie. Plusieurs dizaines de personnes
ont ainsi été arrêtées dès le premier
jour. En l’espace de trois jours, plus de 150 personnes ont ainsi été brutalement
et arbitrairement interpellées.
- Les forces de sécurité ont ensuite investi la ville,
la bouclant entièrement, sans aucune possibilité pour quiconque
d’y entrer ou d’en sortir par la route, la mettant de fait
en état de siège, en dehors de toute procédure légale.
Jusqu’à l’heure actuelle plusieurs barrages de gendarmerie
contrôlent strictement les entrées-sorties de Tkout. L’objectif
est visiblement de couper la ville du reste du monde afin de pouvoir
se permettre toutes les exactions à huis clos, sans témoins,
en toute impunité.
- Insatisfaits du nombre d’arrestations opérées dans
les lieux publics (dans la rue et les cafés), les CNS et gendarmes
ont poursuivi leur chasse à l’homme jusque dans les domiciles,
violant les domaines privés et usant de coups, d’insultes
et de grossièretés y compris à l’encontre
des femmes, des personnes âgées et des enfants.
- Particulièrement recherchés, plusieurs dizaines de membres
du mouvement citoyen de Tkout (qui est une assemblée de citoyens
de la localité), n’ont dû leur salut qu’à la
fuite à travers champs, vers d’autres villes et villages
ou se sont réfugiés dans les montagnes environnantes. Les
domiciles des personnes en fuite sont à ce jour étroitement
surveillés et leurs parents et membres de leurs familles sont
l’objet de toutes sortes de menaces et d’intimidations. Les
forces de sécurité ont même procédé à un
chantage ignoble, celui de s’en prendre aux familles des fugitifs
si ces derniers ne se rendaient pas. A leur intention, ils disaient publiquement
: " Vous êtes des terroristes, nous allons ratisser la montagne
et nous vous traiterons comme des terroristes ", ou bien " vous êtes
des lâches, nous allons nous occuper de vos femmes, de vos mères
et de vos sœurs ". C’est ainsi que plusieurs délégués
craignant pour la santé, pour l’honneur, la dignité et
la vie de leurs parents et de leurs proches, se sont résolus à se
présenter aux gendarmes qui les ont immédiatement mis en état
d’arrestation.
- Mettant leurs menaces à exécution, les forces de répression
ont arrêté en guise de représailles, M. Yezza, père
de Selim Yezza, considéré comme un des principaux animateurs
du mouvement citoyen de Tkout, ainsi que son frère cadet Mohamed
Yezza. Ils ont été sommairement jugés, condamnés
et écroués à la prison d’Arris.
- A ce jour, il reste encore plusieurs dizaines de membres du mouvement
citoyen de Tkout vivant dans la clandestinité.
- Les commerçants qui avaient fermé leurs boutiques en
signe de protestation contre l’étalage de tant de violence
et d’exactions ont été sommés d’ouvrir
sous la menace des armes ou que leurs magasins seraient saccagés.
- Le climat de terreur instauré par les violences tant physiques
que morales a eu finalement l’effet escompté, celui de contraindre
les citoyens choqués, à se terrer chez eux et d’éviter
toute communication avec l’extérieur. Du reste, tout contact
est quasi impossible ou inutile puisque même le téléphone
est étroitement contrôlé comme sont sévèrement
surveillés les kiosques multiservices qui pouvaient offrir la
possibilité de communiquer via internet.
- Les personnes arrêtées, dont des parents et des personnes
mineures, ont subit de très graves sévices : les détenus étaient
systématiquement injuriés, insultés, giflés,
déshabillés, puis roués de coups sur toutes les
parties du corps, obligés de rester immobiles dans une certaine
position pendant des heures, de dormir nus sur du gravier, à l’extérieur
au froid glacial de la montagne en ce mois de mai. Plus grave, des témoignages
incontestables font état de sodomie pratiquée par les gendarmes
sur les jeunes détenus. Ces actes odieux et particulièrement
avilissants sont considérés ici comme des crimes qui risquent
de faire exploser de nouveau la colère de la population, touchée
dans son honneur et sa dignité. Désormais, l’ancienne
prison coloniale de Tkout, lieu de ces sévices, a été rebaptisée "Abou
Ghraib", du nom de la sinistre prison irakienne.
- La peur des représailles, les intimidations, les menaces verbales
réitérées sans cesse à l’encontre des
jeunes suppliciés par les différents services de sécurité qui
patrouillent dans la ville, empêchent pour le moment l’enregistrement
de tous les témoignages. Ainsi un jeune homme dont le récit
sur la torture rapporté pourtant de manière anonyme par
un site internet, aurait été reconnu par un élément
des CNS qui l’a interpellé de nouveau, l’a giflé publiquement,
lui a interdit de parler à quiconque et l’a menacé de
le ramener au cantonnement de gendarmerie s’il recommençait.
- Contrairement aux affirmations du commandement de la gendarmerie de
Batna, aucune visite médicale n’a été effectuée
sur les personnes arrêtées, ni à leur arrivée
ni au moment de leur sorite du cantonnement de gendarmerie. Même
les personnes blessées, dont certaines gravement, n’ont
reçu aucun soin durant leur détention.
- Après un silence de plus d’une semaine sur ces tragiques événements
et sur les graves agissements des corps de sécurité de
l’Etat, le chef du gouvernement s’est enfin exprimé mais
pour nier les faits avant de se résoudre – devant l’ampleur
du scandale de la torture rapporté par la presse indépendante – à ordonner
une enquête qui a conclu à "l’absence de torture",
malgré des témoignages accablants. Cette enquête
réalisée en un temps record (24h) par des fonctionnaires
du ministère de la justice, ne peut bénéficier d’aucune
crédibilité dès lors qu’elle n’est ni
indépendante ni impartiale. Comme pour illustrer cette réalité d’une
justice algérienne aux ordres, dans une lettre ouverte adressée
au chef de l’Etat algérien, le procureur adjoint de la cour
de Batna (cour dont dépend Tkout), dénonce les "pressions,
intimidations, menaces et trafic d’influence" qu'il subit
dans l'exercice de ses fonctions et que subissent tous les magistrats " intègres ".
L'auteur de la lettre met directement en cause un officier supérieur
de l’armée.
- Les sévères condamnations des détenus d’Arris
(3 mois à 1 an de prison ferme et des amendes pécuniaires)
ne reposent aux yeux de la défense et de l’opinion publique
sur aucun motif sérieux et sur aucune preuve crédible.
Certains condamnés étaient même absents de Tkout
au moment où se déroulaient ces événements.
Le but évident de ce procès expéditif était
de frapper vite et fort, pour l’exemple, afin de dissuader toute
personne de dénoncer les injustices et les abus de pouvoir dans
ce pays (PJ 1).
- Pendant ce temps, l’auteur du meurtre de Chouaib Argabi est toujours
en liberté comme le sont les gendarmes tortionnaires qui continuent
de narguer et de mépriser la population.
En définitive, nous assistons à Tkout au remake de la tragédie
du printemps noir 2001 en Kabylie. A l’époque, malgré les
mises en cause de la commission d’enquête du Pr Issad, accablantes
pour les forces de répression et leur hiérarchie, ses conclusions
sont restées lettre morte à ce jour. Le rapport 2004 d’Amnesty
International signale à ce sujet que " des agents de l'Etat
avaient eu recours à la force meurtrière de manière
excessive lors des manifestations " et que " les autorités
n'ont donné aucune suite à l'enquête menée
en 2001 sur la mort de plusieurs dizaines de personnes ". Le rapport
met en doute l'affirmation des autorités algériennes selon
lesquelles "une vingtaine de gendarmes avaient été jugés" et
note qu'"aucune information n'a permis de confirmer que des gendarmes
avaient été traduits en justice pour les violations de
droits humains ". Une preuve de plus que les crimes commis au nom
de l’Etat algérien sont automatiquement protégés
contre le châtiment.
La répression féroce qui s’est abattue sur la ville
de Tkout est certainement à lier au fait que cette localité constitue
le bastion d’un mouvement citoyen démocratique et pacifique
des Aurès qui lutte pour un Etat de droit et pour le respect de
son identité amazighe plurimillénaire et que c’est
le comité citoyen de cette ville qui fait la jonction avec le
mouvement citoyen des Aarchs de Kabylie depuis trois ans.
Tkout est une sous-région ignorée d’une région
des Aurès elle-même marginalisée. Elle a su pourtant
préserver son identité socioculturelle amazighe qu’elle
revendique haut et fort. Soucieux de prendre part au développement économique,
politique, social et culturel qui les concerne, les habitants de Tkout
se sont organisés en " mouvement citoyen " indépendant
qui active pour la défense des droits et de l’intérêt
général de la localité. Depuis quelques mois, ce
mouvement s’est donné une plate-forme de revendications
socioéconomiques, culturelles et linguistiques (PJ 2).
Il ressort de tous ces faits relatés de manière succincte
que les autorités algériennes portent gravement et massivement
atteinte aux droits fondamentaux de l’Homme, violent et méprisent
systématiquement tous les principes et règles internationaux
en la matière. En l’espèce, les autorités
algériennes n’ont pas respecté :
La Convention internationale contre la torture et autres peines ou traitements
cruels, inhumains ou dégradants, les Principes des Nations Unies
relatifs aux moyens d’enquêter efficacement sur la torture
et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants
pour établir la réalité des faits, les Règles
pour la protection des mineurs privés de liberté, les
Principes pour la protection de toutes les personnes soumises à une
forme quelconque de détention ou d’emprisonnement, les
Principes relatifs à la prévention efficace des exécutions
extrajudiciaires, arbitraires et sommaires et aux moyens d’enquêter
efficacement contre ces exécutions, les Principes fondamentaux
relatifs à l’indépendance de la magistrature, etc.
En l’absence d’un Etat de droit et d’une justice indépendante,
la population de Tkout particulièrement est livrée à de
graves dangers.. Il n’y a pas de doute que d’autres drames
sont attendus si aucune pression extérieure ne vient fermement
mettre un terme aux violences et à l’arbitraire institutionnels.
En perpétuelle quête de respectabilité auprès
de la Société des Nations, la promptitude du gouvernement
algérien à signer les déclarations, les conventions
et autres chartes internationales concernant les droits de l’homme
n’a d’égal que son mépris pour ces mêmes
instruments et pour le droit international d’une manière
générale. Ainsi, malgré les nombreuses demandes
dont certaines exprimées depuis une dizaine d’années,
l’Algérie reste interdite aux ONG et aux organes des Nations
Unies de surveillance des Traités, hormis l’autorisation
accordée en 2003 au rapporteur spécial pour la liberté religieuse.
En Algérie, la stratégie de l’isolement, la loi du
silence imposé et le règne de l’impunité autorisent
et suscitent indirectement les drames à répétition.
Seule une intervention internationale forte et déterminée
est susceptible d’amener le pouvoir algérien à plus
de considération pour ses engagements en matière de droits
humains et d’atténuer les souffrances des innocents. C’est
pourquoi nous demandons instamment la visite urgente en Algérie
du Rapporteur Spécial sur les exécutions extrajudiciaires,
sommaires ou arbitraires et du Rapporteur Spécial sur la torture
et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.
Parallèlement, nous prions avec instance les organes pertinents
du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l’Homme
d’exiger du gouvernement algérien :
- la libération immédiate des détenus politiques
de la prison d’Arris
- la levée de toutes les charges indûment retenues contre
eux
- l’arrestation, le jugement et la condamnation du meurtrier de
Chouaib Argabi
- l’arrestation, le jugement et la condamnation des auteurs des
actes de torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants
- la fermeture du lieu de cantonnement des gendarmes et le départ
de Tkout de tous les renforts des forces de répression
- la réparation par l’Etat des préjudices matériels
et moraux subis par toutes les victimes de la répression
- la levée des poursuites engagées contre les membres
du mouvement des citoyens de Tkout.
Dans l’attente de toute initiative que vous voudrez bien prendre
dans le sens de la protection des populations amazighes de Tkout et des
autres régions d’Algérie, contre les agressions récurrentes
qu’elles subissent, le Congrès Mondial Amazigh, ONG de défense
des droits du peuple amazigh (berbère), se tient à votre
disposition pour vous fournir toute information complémentaire
que vous jugerez utile.
Veuillez agréer, Monsieur le Haut Commissaire, Mesdames, Messieurs
les Rapporteurs Spéciaux, l’expression de notre haute considération.
Paris, le 1 juin 2004
Le Président
B. Lounes
Congrès Mondial Amazigh
BP 60
75861 Paris cedex 18
France
Web : www.congres-mondial-amazigh.org
Email : congres.mondial.amazigh@wanadoo.fr
PJ 1 : Liste des prisonniers incarcérés à la prison
d’Arris, wilaya de Batna
(jugements du 24 et du 31 mai 2004 au Tribunal d’Arris)
1 Meziani Fouzi, né le 27/01/1983, commerçant, célibataire,
8 mois
2 Beziane Abdelouahab, né le 01/03/1982, ouvrier, célibataire,
6 mois
3 Abassi Rachid, né le 03/03/1974, maçon, marié,
2 enfants, 6 mois
4 Daoudi Essaid, né le 20/06/1979, ouvrier, célibataire,
6 mois
5 Aichi Hessane, né le 15/04/1975, commerçant, célibataire,
8 mois
6 Yeza Abdeslam, né le 4/02/1986, lycéen, célibataire,
8 mois
7 Titaouine Salim, né le 8/03/1976, ouvrier, célibataire,
8 mois
8 Lounissi Abdelkrim, né le 27/01/1979, chômeur, célibataire,
6 mois
9 Yakoub Abderrezak, né le 04/05/1980, transport des voyageurs,
célibataire, 8 mois
10 Zerdoumi Abdelmadjid, né le 24/03/1978, étudiant, célibataire,
6 mois
11 Chatri Khaled, né le 01/01/1970, agent de sécurité,
marié, 3 mois
12 Saidi Rachid, né le 03/10/1977, ouvrier, célibataire,
6 mois
13 Berbachi Ali, né le 23/11/1981, enseignant, célibataire,
3 mois
14 Kerbai Samir, né le 1/02/1980, ouvrier, célibataire,
3 mois
15 Kerbai Mohamed Tayeb, né le 03/03/1981, chômeur, célibataire,
3 mois
16 Meziani Karim, né le 3/04/1982, chômeur, célibataire,
3 mois
17 Gharik Ahcene, né le 20/02/1985, ouvrier, célibataire,
3 mois
18 Bezala Essaid, né le 06/09/1978, chauffeur, célibataire,
3 mois
19 Yeza Salim, 8 mois
20 Megharmi djamel, né le 18/07/1974, sans profession, célibataire,
1 an
21 Boussetta Abdenacer, né le 8/10/1974, ouvrier, célibataire,
8mois
22 Djouara Djamel, né le 6/11/1977, commerçant, marié,
2 enfants, 8 mois
23 Yeza Mohamed, né le 23/01/1947, sans profession, marié,
7 enfants, 3 mois
24 Khellafi Toufik, né le 7/09/1973, chômeur, célibataire,
3 mois
25 Agali Abderrezak, né le 25/10/1978, fellah (agriculteur),
célibataire, 3 mois
26 Titaouine Ali, né le 09/01/1979, chômeur, célibataire,
6 mois
27 Bezala Ali, né le 30/01/1970, chômeur, 6 mois
28 Lounissi Tahar, né en 1970, ouvrier, marié, 3 mois
29 Zerdoumi Amar, né le 15/06/1974, ouvrier, 6 mois.
*Les prisonniers ont tous été condamnés sous les
chefs d’inculpation suivants: "attroupements, incitation à attroupement,
diffusion de tracts, atteintes aux biens d’autrui".
**La moyenne d’âge des détenus est de 23 ans et la
majorité est au chômage ou vit une situation socioéconomique
précaire.
PJ 2 : Plate-forme de revendications des citoyens de Tkout, soumise
aux autorités locales et régionales (Wilaya de Batna) en
mars 2004 :
1- Equiper convenablement la polyclinique de T’kout et engager
du personnel en nombre suffisant
2- Connecter nos villages et quartiers au réseau de gaz de ville
3- Construire une route entre T’kout et Inoughissen
4- Entretenir nos villages et nos quartiers
5- Indiquer les signalisations routières et les structures publiques
en Tamazight (langue berbère)
6- Construire un stade et une salle de sport polyvalente
7- Promouvoir la recette des impôts en une inspection
8- Construire des logements sociaux en nombre suffisant
9- Connecter nos villages au réseau téléphonique
(fixe et GSM), les lignes existantes n’étant pas suffisantes
10- Annuler les taxes foncières
11- Permettre à nos jeunes d’accéder aux aides (Emplois-jeunes)
et renoncer aux méthodes bureaucratiques au niveau des banques
12- Faire bénéficier les agents de la fonction publique
des primes de la zone 2
13- Accorder des aides à nos agriculteurs
14- Faire bénéficier notre commune de la " caisse
du sud "
15- Annulation des taxes sur l’habitation accompagnant les factures
de Sonelgaz (entreprise publique de distribution d’électricité et
du gaz)
16- Pas d’impôt forfaitaire pour nos commerçants
et nos artisans
17- Satisfaire les revendications des lycéens et collégiens
18- Remettre les fusils de chasse (confisqués par l’Etat) à leurs
propriétaires (81 demandes en attente)
19- Construire des ponts pour relier nos quartiers et nos villages
20- Construire un centre de formation professionnelle et l’équiper
21- Construire une caserne pour les pompiers
22- Construire un local pour notre agence locale Sonelgaz
23- Construire une annexe bancaire
24- Dédommager les citoyens victimes de Sonelgaz (pour les dégâts
causés au matériel électrique domestique par les
dysfonctionnements dans la distribution du courant électrique)
25- Lever l’interdiction sur l’usage des prénoms
amazighs
26- Redonner à nos villages et à nos villes leurs noms
amazighs (les désarabiser)
27- Renoncer aux poursuites judiciaires contre les animateurs de notre
mouvement citoyen
28- Enseigner Tamazight dans nos écoles.
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