TKOUT
LE COMBAT CONTINUE


La population de Tkout, une cité des Aurès dans la wilaya de Batna, est soumise depuis un mois à une violente répression des forces de gendarmerie algériennes.

Les autorités ont mis le feu aux poudres en décidant d’empêcher une manifestation pacifique de protestation contre l’assassinat d’un jeune citoyen par un élément de la Garde communale.

Les manifestants réclamaient le jugement du coupable et dénonçaient la réaction méprisante du Ministre de l’Intérieur tendant à le disculper du crime commis.

La gendarmerie a immédiatement encerclé la ville pour l’isoler des communes avoisinantes et, appuyée par des renforts, elle s’est employée avec un incroyable acharnement à réprimer et semer la terreur dans la cité devenue le théâtre d’une véritable guerre menée à huis clos contre la population.

Matraquages causant de nombreux blessés, saccages de biens, insultes et humiliations, chasse aux manifestants, descentes nocturnes avec violations de domiciles, arrestations massives et emprisonnement de citoyens et de délégués du mouvement, pratique de la torture et de sévices sexuels sur les détenus, tout a été mis en œuvre pour terroriser la population, faire taire la contestation et briser dans l’œuf le mouvement.

En dépit du black out des médias ( hormis quelques journaux à l’exemple du Matin qui ont courageusement fait leur travail d’information), et du silence assourdissant des personnalités, hommes politiques et autres démocrates bien en vue qui ont tourné le dos à ces événements, les autorités, interpellées sur les scandaleuses exactions et actes de tortures perpétrés, sont cyniquement intervenues pour blanchir les tortionnaires et légitimer leurs pratiques.

La protestation de Tkout a résonné très fort en Kabylie suscitant la mobilisation générale des structures et des délégués du Mouvement citoyen venus dans les Aurès braver les barrages de la gendarmerie pour apporter leur soutien moral et matériel aux insurgés.

Ce recours systématique à la violence contre les populations est un aveu d’impuissance du régime algérien à répondre aux besoins de la société.

La manipulation électorale du 8 avril dernier, plébiscitant à 85% le régime ne saurait masquer la rupture totale qui existe entre le pouvoir et le peuple. En témoignent le développement prodigieux des luttes sociales et la généralisation de la contestation populaire à toutes les régions du pays.

Les mouvements de grève très durs se multiplient dans les entreprises, dans les secteurs de la santé, de l’éducation et dans l’administration, donnant naissance à des formes de revendications autonomes échappant complètement aux structures d’encadrement officielles.

Dans le même temps, le combat citoyen pour imposer la démocratie mené depuis trois ans en Kabylie pour l’application de la Plate forme d’El kseur, s’étend à de nombreuse villes du pays : Khenchla, Thaghout, Ouargla, El Bayadh, Tarmoun, Sidi Slimane, Aghbal, Bou Ismail, Chlef et d’autres encore, où la jeunesse révoltée se mobilise et s’organise pour faire aboutir ses revendications.

Brisant l’immobilisme et la torpeur entretenus des années durant par la terreur imposée aux populations, une lame de fond contestataire traverse la société algérienne, portée par la nouvelle génération de citoyens qui se révolte et crie son refus de la situation qui lui est faite.

· Refus de la marginalisation et de l’appauvrissement de couches de plus en plus larges de la société en proie à la baisse du pouvoir d’achat des travailleurs érodé par l’inflation et la hausse des prix, l’accroissement vertigineux du chômage ( 50 % des jeunes de 20 ans sont touchés) aggravé par les fermetures des entreprises publiques (400 000 licenciés dans ce secteur ) et la dégradation générale des conditions de vie (malnutrition, épidémies, manque de logements, insécurité, mal vie, désespoir)

· Refus d’une politique économique et sociale au service de la minorité qui domine le pays. Les choix des dirigeants pour une économie algérienne assugétie aux besoins du marché mondial ont conduit à la ruine de tous les secteurs de production nationale à l’exception des hydrocarbures dont la gestion échappe peu à peu aux algériens.

Ces choix ont favorisé le développement d’une économie informelle et de « non droit » tournée vers l’affairisme, le détournement et la prévarication du patrimoine public, la main-mise de monopoles privés sur les secteurs vitaux ( médicaments, sucre, blé, télécoms), les pratiques mafieuses à grande échelle, les trafics en tous genres et la corruption, donnant lieu à des scandales retentissants. ( affaire Khalifa)

Ils profitent à la minorité dominante qui continue de s’enrichir et de prospérer creusant chaque jour un peu plus l’abîme qui la sépare de la masse grossissante des plus démunis.

· Refus de la répression et des dérives totalitaires du pouvoir confirmées tous les jours par les atteintes répétées aux droits et libertés : harcèlement judiciaire et emprisonnement de délégués du mouvement citoyen, de militants des droits de l’homme et de journalistes ( Hafnaoui Ghoul à Djelfa et Benchicou notamment ), interdiction et répression des manifestations, maintien de l’état d’urgence, exercice de pressions sur la justice, impunité accordée aux terroristes armés etc….

A cet égard, l’ambition du régime actuel est de remettre en cause les acquis pour retourner au monopole politique du Fnl des années de plomb du Boumediénisme

· Refus de la politique de déni identitaire à l’encontre de la langue et de la culture berbères et du chantage pervers exercé sur la Kabylie de recourir à un référendum sur cette question.

Ce cri de protestation légitime qui émane de la jeunesse algérienne éprouvée ne rencontre malheureusement pas l’écho attendu des médias, journalistes, élus et hommes politiques habituellement plus prompts à s’exprimer contre les atteintes aux libertés sous d’autres cieux.

L’Association des Blessés de Kabylie est née de la répression sanglante du combat mené depuis 2001 dans notre région pour les droits et libertés.

Elle se reconnaît complètement dans la lutte des citoyens de Tkout et des autres régions du pays auxquelles elle exprime son soutien total.

Elle appelle les citoyens, les hommes politiques, les journalistes, les institutions algériennes, françaises et internationales à rompre le silence sur ces évènements et à intervenir de façon urgente pour obtenir l’arrêt de la répression est des exactions commises par le pouvoir algérien contre les populations.

Paris 14 Juin 2004

ULAC SMAH ULAC LE COMBAT CONTINUE

ASSOCIATION DES BLESSES DE KABYLIE
www.abkabylie.net

 

   
www.algeria-watch.org