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Manifestants
de T'kout, Oued Rechach, militants du MDS, journalistes
Des
procès en cascade
De notre bureau de Constantine, Le Matin, 19 juin 2004
Le mois de
juin aura été celui de l'iniquité des
procès et de dangereux dérapages portés à leur
paroxysme avec l'incarcération de Mohamed Benchicou et Hafnaoui
Ghoul et qui se poursuivent avec le jugement des manifestants de T'kout,
d'Ouled Rechach et de nombreux militants du Mouvement démocratique
et social (MDS). En effet, quatre procès auront lieu simultanément
demain à Alger, Batna, Boufarik et Oum El Bouaghi pour décider
du sort de dizaines de personnes accusées de troubles à l'ordre
public et autres griefs consacrés désormais à tous
ceux qui osent défier le Pouvoir et s'exprimer dans la rue.
Après le report d'une semaine, décidé par le juge « afin
d'éplucher le dossier dans le détail », le tribunal
correctionnel près la cour d'appel de Batna devra juger demain
les 22 détenus de T'kout condamnés auparavant par le tribunal
d'Arris à des peines allant de trois à douze mois de prison
ferme. C'était le 24 mai dernier, soit une douzaine de jours après
les manifestations qui ont secoué cette commune située à 90
km au sud du chef-lieu de la wilaya de Batna. Des événements
déclenchés suite à l'assassinat d'un jeune de Taghit
par un élément de la garde communale et qui allaient offrir
l'occasion au pouvoir local pour intervenir violemment et réprimer
ce bastion du mouvement citoyen des Aurès. Après une première
tentative qui s'est heurtée au niet catégorique et inexpliqué du
président d'audience à Arris, le collectif d'avocats de
la défense tentera cette fois aussi de démontrer le caractère éminemment
politique du procès et de toute l'affaire qui repose, selon Me
Hanoune, sur le même socle que celui des évènements
de Kabylie. Replacé dans ce contexte, le procès est qualifié à prendre
une autre direction et connaître une autre issue et a fortiori
si la question de la torture est évoquée. De nombreux cas
de torture qui incriminent la gendarmerie ont été révélés
dans nos colonnes et confirmés par les avocats ainsi que plusieurs
personnes qui ont été victimes ou témoins directs
des faits. Une histoire qui a forcé le gouvernement à réagir
par la bouche d'Ouyahia et à nier les informations rapportées
par la presse en s'appuyant sur le rapport de la commission d'enquête
dépêchée par le commandement de la gendarmerie et
qui a interrogé tout le monde sauf les intéressés.
Ce dimanche, T'kout sera décrétée une nouvelle fois
ville morte comme lors des procès précédents et
ce, en réponse à l'appel de la coordination du mouvement
citoyen.
A Ouled Rechach, le scénario est presque identique. La population
chaouie de cette petite commune distante de 25 km de la ville de Khenchela
a subi, elle aussi, la répression après s'être soulevée
contre les abus des autorités locales, une semaine avant les évènements
de T'kout. 19 personnes ont été arrêtées et
10 ont été condamnées à des peines allant
jusqu'à 18 mois de prison ferme. Le ministère public a
fait appel pour remettre en question la libération des autres,
et c'est dans ces conditions qu'aura lieu le procès en appel prévu
demain à la cour d'Oum El Bouaghi. Signalons qu'un ancien député du
RND vient de sortir de prison après avoir purgé une peine
d'un mois qu'il a écopé dans la même affaire. Son
départ des rangs du parti d'Ouyahia et son opposition farouche
aux dirigeants locaux lui ont valu des représailles sans concession
et « une correction » par la privation de liberté.
Dans cette politique de pacification et de musellement des voix « dissonantes »,
la justice est chargée donc de prendre le relais du bâton
et de neutraliser les « récalcitrants ». Deux autres
procès sont programmés le même jour à Alger
et à Boufarik contre des journalistes et des militants du MDS.
Yacine Teguia, membre du bureau politique et chargé de la communication
au sein du parti de Hachemi Chérif, comparaîtra aux côtés
de Youcef Rezzoug, rédacteur en chef au Matin, et son épouse
ainsi que Fatma Zohra Benlazreg, journaliste à l'APS et membre
du Conseil supérieur de l'éthique et de la déontologie.
Tous les quatre ont été arrêtés pour trouble à l'ordre
public lors d'un rassemblement tenu devant le commissariat en signe de
solidarité avec Mohamed Benchicou et Dilem suite à leur
interpellation en septembre dernier. Un autre militant du MDS, qui sera
jugé demain, est poursuivi, lui, pour avoir été « surpris », à la
veille du 8 avril, en train d'afficher sur les murs de Boufarik des tracts
appelant au rejet des élections. Benyabou a été retenu
pendant trois nuits au commissariat avant d'être présenté au
procureur de la République.
La famille du journaliste et militant des droits de l'Homme, Hafnaoui
Ghoul, présente lors du rassemblement tenu mercredi à la
Maison de la presse, a déclaré que son état de santé est
critique. A Djelfa, la cour d'appel est appelée à revoir,
mercredi prochain, le verdict prononcé contre notre confrère,
condamné le 9 juin à deux mois de prison ferme et à une
amende de 300 000 DA à verser au wali et à son directeur
de la santé. Le tort de Hafnaoui est d'avoir osé faire
des déclarations qui accablent l'exécutif de la wilaya
notamment concernant la mort suspecte de 13 bébés à l'hôpital
de la ville. Une vingtaine de plaintes ont été déposées
contre le journaliste, accusé de diffamation alors qu'aucune enquête
n'a été décidée par le pouvoir central pour
donner suite aux graves révélations sur les pratiques mafieuses
qui gangrènent Djelfa et qui impliqueraient les autorités
locales. Ainsi en a décidé le Pouvoir qui a choisi de tourner
le dos à l'aspiration à la justice et à la dignité manifestée
dans tous les coins du pays et protège ses intérêts
et ceux de sa clientèle en recourant aux moyens les plus sordides.
Cette semaine sera donc celle de tous les procès. De Khenchela à Djelfa
et de Batna à Boufarik en passant par Alger, le Pouvoir à l'occasion
de confirmer sa logique liberticide ou bien de faire marche arrière.
Pour les forces vives du pays ce sera peut-être un test pour la
mobilisation avant qu'il ne soit trop tard.
Nouri Nesrouche
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