Algérie : La machine de mort Rapport établi par Salah-Eddine Sidhoum et Algeria-Watch, octobre 2003 Annexe 3: Témoignages A B CD FG HI K L M OR S T XYZ Fekar
Saïd C’est un témoignage que j’écris pour l’histoire à toutes
les consciences sincères et à tous les coeurs sensibles. 1er jour (dimanche 24 avril 1994) Il était 23 heures 45. Je ne dormais pas encore. J’ai entendu un bruit étrange dehors, dans les escaliers de l’immeuble. J’ai décidé de sortir sur le palier de l’étage pour voir ce qui se passait. Dès que j’ai ouvert la porte de l’appartement, j’ai vu quelqu’un me menacer d’un revolver. J’ai été immédiatement maîtrisé par deux autres qui m’ont passé les menottes. Je voyais des ombres cagoulées qui m’entouraient de partout. Après la perquisition de mon appartement, ils m’ont couvert le visage et m’ont descendu dans la rue sous une pluie de coups et d’injures. On m’a jeté dans un fourgon banalisé, à plat ventre. Un civil armé a tenté d’introduire le canon de son pistolet dans mon anus… Le trajet a été long. Je me suis retrouvé au commissariat central d’Alger. On a vérifié mon identité puis on m’a jeté dans une cellule après m’avoir roué de coups. On m’a mis à genoux, les mains en l’air, les poignets menottés. Je suis resté ainsi dans cette position durant toute la nuit. 2e jour (lundi 25 avril 1994) Je suis resté dans la même position que la veille, sous la surveillance d’un gardien, jusqu’à 15 heures. À cette heure, la porte de la cellule s’est ouverte et j’ai été appelé. On m’a sorti de ce trou sous un chapelet d’insultes et d’obscénités pour m’emmener vers la salle des supplices. Les tortionnaires m’ont couvert le visage. Plusieurs personnes m’ont entouré et se sont mises à me frapper et à m’insulter. Ils avaient tous le même langage, grossier et obscène. Ils m’ont déshabillé de force et allongé sur un banc, attaché aux jambes et aux poignets. Je ne pouvais plus bouger. Ma tête tournait et bourdonnait. Une torture effroyable a commencé. Ils ont versé sur mon corps de l’eau froide, puis m’ont placé un chiffon sur le visage et ont versé de l’eau dans ma bouche. L’eau était nauséabonde. J’étouffais. Un tortionnaire me frappait avec un bâton aux pieds, un autre boxait mon ventre, tandis qu’un troisième continuait à me verser de l’eau sale dans la bouche. Une série de questions m’ont été posées : « Où est Redjem ? Où est Mokhtar Djillali ? Où sont les armes ? » Je répondais que je ne savais rien. Les coups pleuvaient de plus belle, au point que je me suis évanoui. Cette séance a duré près de deux heures. Il commençait à faire sombre. Ils m’ont détaché du banc et m’ont soulevé. Je ne pouvais plus me déplacer seul. Mes mains semblaient paralysées. Elles fourmillaient sans arrêt. Ils m’ont jeté alors dans ma cellule. Une heure plus tard, l’un des tortionnaires est venu, en civil, pour me dire : « Nous allons t’emmener vers un lieu d’où tu ne reviendras plus ». Ils m’ont sorti effectivement du commissariat central, puis m’ont jeté dans le coffre d’un véhicule. L’homme qui le conduisait était excité. Il roulait à une vitesse vertigineuse. J’étais persuadé qu’ils allaient m’exécuter, dans un lieu obscur et isolé, comme à leur habitude. L’heure de mon destin avait peut-être sonné. Je priais… C’était ma seule arme devant l’oppression et l’injustice. Je récitais des versets du Saint Coran pour me donner courage et accepter le destin. Le trajet apparaissait long et de temps à autre, ils s’arrêtaient pour discuter, ce qui augmentait mon angoisse. Le véhicule a pénétré dans la cour d’une bâtisse. C’était le centre des « forces spéciales antiterroristes » de Châteauneuf (école supérieure de police). Ils m’ont sorti sous les coups et les insultes, et j’ai été accueilli par un autre groupe avec le même langage ordurier. Je me suis rendu compte alors de l’état de déchéance morale de nos institutions. Le langage obscène était le seul langage que j’entendais depuis mon arrestation. Ils excellaient dans cet art littéraire d’un genre nouveau. Ils m’ont introduit immédiatement dans le bureau de celui qui semblait être le chef. La première question posée par ce dernier a été : « Où est Redjem ? » J’ai répondu, comme au commissariat central, que je ne le savais pas. Le supposé chef a ordonné à ses sbires de m’emmener à la salle de torture. Ils m’ont déshabillé à nouveau et m’ont allongé brutalement sur un banc auquel ils m’ont ligoté fermement. Le supplice a recommencé, comme au commissariat central, avec les mêmes techniques et les mêmes questions. La torture, remarquais-je, était une véritable institution nationale. Ainsi ont défilé la technique du chiffon, les bastonnades, les coups de poing sur le ventre… L’un des tortionnaires a découpé la peau de ma poitrine avec une lame de rasoir. Ces supplices ont duré jusqu’à environ 1 heure du matin. Ensuite ils m’ont détaché du banc et jeté dans un couloir, les mains derrière le dos, menottes aux poignets, les yeux bandés. Je souffrais en silence et j’entendais les cris et gémissements des autres torturés. Certains suppliciés demandaient de l’eau. L’un des gardiens, à qui il restait un peu de cœur et de miséricorde, leur donnait de l’eau en cachette pour ne pas être surpris par ses collègues. 3e jour (mardi 26 avril 1994) J’étais toujours dans un couloir, les poignets ligotés derrière le dos et les yeux bandés. J’avais droit à chaque passage d’un tortionnaire à une insulte, à un coup de pied ou à un crachat. Cette situation a duré jusqu’à 16 heures environ. On est alors venu m’emmener une nouvelle fois à la salle de torture. Ils ont tenté de m’étrangler tandis qu’un des tortionnaires « s’amusait » à me découper la peau du ventre avec une lame de rasoir. Un autre tortionnaire était intéressé par mes organes génitaux qu’il frappait avec de violents coups de pied. C’était atroce. Je transpirais et je criais de toutes mes forces pour qu’ils arrêtent ces supplices inhumains. C’était surréaliste. Ma tête bourdonnait, mes oreilles sifflaient et malgré le bandage sur les yeux, de véritables étincelles défilaient. Je me suis mis à vomir du sang, puis j’ai perdu connaissance. Les tortionnaires voulaient savoir où habitait R. Ahmed. Je ne le savais pas. Ils m’ont jeté à nouveau dans le couloir. Cette nuit-là, j’ai reçu un gobelet d’eau. 4e jour (mercredi 27 avril 1994) Il était 9 heures. On m’a emmené dans l’un des bureaux, menottes aux poings, les yeux bandés. Ils m’ont posé beaucoup de questions centrées essentiellement sur Redjem, Mokhtar Djillali, Youcef et les groupes armés. Ils m’ont demandé de leur indiquer où se trouvaient leurs caches et les réseaux d’armements. Ces questions étaient posées sous une pluie de coups de poing et d’insultes. L’un des tortionnaires me flagellait le dos avec un câble électrique. Cet interrogatoire a duré environ deux heures. Ils m’ont ramené ensuite dans le même couloir où je recevais à chaque passage un coup de pied et des insultes. Mon état de santé se détériorait à vue d’œil. Les blessures provoquées par la lame de rasoir commençaient à s’infecter. En quatre jours j’avais perdu beaucoup de poids. Le soir, on m’a emmené à nouveau dans le même bureau et on m’a répété les mêmes questions. « Que voulez-vous que je vous dise ? » lançais-je à mes tortionnaires. Devant l’entêtement de ces sinistres individus, plus proches des animaux que des êtres humains, j’étais prêt à inventer n’importe quel scénario, pour me soustraire aux affres de la torture. 5e jour (jeudi 28 avril 1994) Ce jour-là m’est arrivé un fait surprenant. C’était très tôt, le matin. Je dormais. C’était la seule période où on pouvait s’assoupir car les tortionnaires allaient récupérer leurs forces. Je me suis mis à rêver que j’étais en train d’enlever mes menottes, quand soudain j’ai été réveillé par des coups de pieds au visage et sur le dos. Je me suis mis à crier : « Je rêvais, je rêvais ! » Un tortionnaire à la carrure de lutteur m’a donné un violent coup de pied au visage et j’ai perdu connaissance. Je n’ai repris mes esprits qu’à une heure avancée de la nuit et je me suis retrouvé trempé d’eau. On m’a alors transféré dans une cellule qui portait le numéro 9. On m’a apporté pour la première fois à manger, et quel manger ! On m’a mis les menottes et on m’a bandé les yeux pour le restant de la nuit. 6e jour (vendredi 29 avril 1994) Il était 9 heures. La lourde porte grinçante de la cellule s’est ouverte. Ils m’ont sorti et traîné vers l’un des bureaux. Je pensais que j’allais une nouvelle fois subir la question. Les menottes et le bandeau que j’avais sur les yeux m’ont été ôtés. Mes mains étaient le siège d’intenses fourmillements, elles avaient un aspect cartonné. Je ne les sentais plus. Ils m’ont collé une plaque d’immatriculation autour du cou et m’ont photographié de face et de profil. Ils ont pris aussi mes empreintes digitales. Je me demandais comment était mon visage sur les photos après tous les coups reçus. J’ai été ensuite jeté ensuite dans ma cellule. 7e jour (samedi 30 avril 1994) Je suis resté durant toute la journée dans ma cellule, suspendu entre la vie et mort. Mon corps était endolori par les coups, mes plaies suppuraient, mes mains et mon visage étaient bouffis. Des céphalées intenses m’empêchaient de bouger. Je luttais, résigné, contre la douleur, le froid et la faim, priant le Tout-Puissant pour alléger mes peines. Je n’ai pas été torturé physiquement ce jour-là, mais la torture morale me ravageait en entendant les cris de mes frères suppliciés. 8e jour (dimanche 1er mai 1994) Il était midi environ. On m’a sorti de la cellule, après m’avoir couvert la tête avec un sac en plastique. On m’a descendu dans la cour sous une pluie de coups et d’insultes. J’ai reconnu dans la cour la voix du frère Thamert Hocine que je connaissais. Ils nous ont placé les menottes et nous ont jetés à l’arrière d’une camionnette, à plat ventre sous la surveillance de quatre civils armés. Je pensais qu’on allait nous exécuter en cours de route. Le trajet a duré près d’une heure. Le véhicule a pénétré dans un lieu qui s’est avéré par la suite être un centre de la Sécurité militaire, dans les environs de Blida. Honnêtement, je ne croyais pas y arriver vivant. Ces hommes n’étaient sous aucun contrôle, ils avaient droit de vie ou de mort sur les citoyens. Je me rendais encore une fois compte du désastre dans lequel nous vivions. J’ai été reçu d’emblée par un officier qui s’exprimait en français : « M. Gharbi, ici tu es dans un autre monde. Si tu collabores avec nous, ta vie sera sauve, sinon tu seras égorgé et ton cadavre sera jeté devant ton domicile pour l’exemple ». Un frisson glacial a parcouru mon corps. Un officier supérieur qui s’exprimait ainsi, ce n’était pas de bon augure. La gangrène était à tous les niveaux. On m’a enfermé dans une cellule portant le numéro 1. Une heure plus tard, on est venu m’emmener dans l’un des bureaux, le visage couvert par un sac. On m’a fait asseoir sur une chaise et on m’a ôté le sac. J’avais en face de moi une brochette d’hommes en civil, bien épinglés. J’ai reconnu parmi eux deux officiers supérieurs qui étaient venus en 1991 en inspection lorsque j’étais incarcéré à la prison militaire de Blida. Nous sommes entrés dans une longue discussion sur la situation politique du pays. J’ai donné mon humble avis sur la situation et sur les origines du drame que nous vivions. Puis la discussion s’est cristallisée sur la nouvelle organisation du Front islamique du salut et son degré de maîtrise des groupes armés, ainsi que sur les relations extérieures de ce parti. Cette discussion a duré quatre heures. J’avais le pressentiment qu’ils préparaient un scénario au vu de la discussion, de son orientation et de sa tournure. On m’a ramené dans ma cellule. Cette nuit a été pour moi la plus longue et la plus terrible sur le plan psychologique. Je priais Dieu pour qu’Il m’épargne les griffes de ces monstres sans scrupule. 9e jour (lundi 2 mai 1994) Il était environ 10 heures. La porte de la cellule s’est ouverte et un homme des « forces spéciales » m’a emmené dans le bureau des officiers de la veille. On m’a fait asseoir et l’un des officiers a commencé à poser des questions et à y répondre sur les frères Redjem, Djillali Mokhtar, Khider Omar et Ali Chami. J’écoutais sans confirmer ni infirmer ses dires. Je me disais intérieurement qu’ils n’avaient qu’à écrire ce qu’ils racontaient. J’avais résolument décidé de leur expliquer auparavant que nous n’étions pas contre eux en tant qu’individus mais contre un système qui a empêché le peuple de choisir ses représentants et son destin. J’ai été reconduit à ma cellule qui était mitoyenne de la salle de torture. J’entendais des cris horribles durant la nuit. J’ai failli devenir fou en entendant ces hommes subir les supplices. J’entendais tout ce qui se disait. Je reste persuadé que cela a été fait d’une manière délibérée pour me faire souffrir psychologiquement. C’était une forme de torture morale. Du 10e au 16e jour (du mardi 3 au lundi 9 mai 1994) Les jours se suivaient et se ressemblaient. La torture était d’une autre nature. On me sortait trois fois par jour pour aller aux W-C. Ces sorties se faisaient sous les insultes et les coups. Dès que j’entrais dans les toilettes, on me demandait de sortir immédiatement, en m’empêchant de terminer mes besoins. Si je m’amusais à tarder, c’était une pluie de coups de pied, de poing et de bâton qui s’abattait sur moi. On m’empêchait même de faire mes besoins naturels ! Quelle cruauté ! Le soir, c’étaient les séances de torture dans la salle qui était mitoyenne de ma cellule. Après la prière du Maghreb, commençait le supplice avec les cris et les bruits que j’entendais de ma cellule. C’était affreux. Je subissais une torture morale atroce. J’étais angoissé, je frôlais la folie. Je dépérissais et perdais la mémoire. Je priais Dieu pour qu’Il me rappelle à Lui, et en finir avec la tragédie que je vivais. 17e jour (mardi 10 mai 1994) Il était environ 9 heures. Ils sont venus une nouvelle fois pour m’emmener au bureau des officiers. J’avais en face de moi un officier supérieur de la Sécurité militaire. Il m’a demandé encore une fois mon avis sur la situation actuelle sur le plan politique et sur le « dialogue ». Il voulait que j’aille chez le frère Hachani Abdelkader, arbitrairement incarcéré à la prison de Serkadji. J’avais compris que la Sécurité militaire voulait me transférer à Serkadji auprès de Hachani pour pouvoir le côtoyer et savoir ce qu’il pensait de la situation. En un mot, « l’étudier » pour le compte de la SM. Ils voulaient faire de moi une taupe. J’ai refusé catégoriquement cet odieux marchandage. On m’a conduit alors à ma cellule, avant de me ressortir une heure plus tard pour me conduire dans la cour où nous attendait un fourgon. J’avais les yeux bandés et les menottes aux poignets. J’ai reconnu là aussi la voix du frère Hocine Thamert et celle de Omar Khider. Je croyais auparavant que ce dernier était mort. Dès que le fourgon a démarré, nous en avons profité pour discuter et échanger furtivement quelques mots. Où allions-nous ? Le frère Omar Khider nous a demandé de faire nos prières et de réciter des versets du Coran car il pensait que nous allions être exécutés. Il avait vécu cela et avait assisté à l’exécution en cours de route de Rabah Amiri, Malik Benkrati, Rabah Benchiha et Ali Berrached [Ndr : Voir le témoignage de Khider Omar]. Finalement, le fourgon est entré dans la bâtisse du centre de torture de Châteauneuf. Nous y retournions donc. Nous avons été accueillis par les sbires du régime par des insultes, des obscénités et des coups, comme à l’accoutumée. On nous mit dans un long couloir, à genoux, face au mur, durant une bonne dizaine d’heures, avant de nous jeter dans des cellules. J’occupais la cellule n° 2. 18e jour (mercredi 11 mai 1994) Il était environ 10 heures. La porte de la cellule s’est ouverte. On m’a couvert le visage et fait pénétrer dans un bureau. Je me suis retrouvé devant un responsable qui disait n’importe quoi. Il était impulsif et colérique. De sa bouche ne sortaient qu’obscénités, insultes et blasphèmes. Même les responsables n’étaient pas épargnés par ce vice ! Il m’a traité de traître, de fils de harki (collaborateur de la France coloniale), et m’a menacé de mort. Il bavait en gesticulant. C’était un véritable cas pathologique. Il m’a questionné sur ma personne, mes études, mon appartenance politique etc. Il avait devant lui un volumineux dossier. Il m’interrogeait tout en écrivant. J’ignore, à ce jour, ce que contenait ce gros dossier. On m’a reconduit dans ma cellule et, le soir, un tortionnaire est venu, le dossier sous le bras. Il m’a ordonné de signer certaines feuilles en me menaçant : en cas de refus, la torture allait reprendre. Devant les affres que j’ai subies, je n’ai pas réfléchi une seule seconde. J’ai signé : pourvu que le supplice ne recommence pas. 19e au 24e jour (du jeudi 12 au mardi 17 mai 1994) Ces journées se ressemblaient dans la tristesse et la monotonie. Elles étaient longues, interminables. J’étais dans une cellule étroite qui ne dépassait pas 1,5 m2 et que je partageais avec deux autres frères. Mes plaies continuaient à suppurer, mon état de santé à se détériorer de plus en plus. J’avais perdu mes réflexes. J’étais amorphe et très amaigri. Nous ne mangions que les restes de l’alimentation des tortionnaires. J’avais continuellement des insomnies. Comment voulez-vous dormir quand vous êtes hanté tous les jours par la torture ? Les portes des cellules s’ouvraient à tout moment. Je croyais à chaque fois qu’on venait me chercher pour la torture. C’était affreux. Je craignais cette salle de torture que les tortionnaires appelaient, toute honte bue, la « salle d’exploitation ». Sobhane Allah ! Beaucoup n’en revenaient pas. Ils mouraient attachés au sinistre banc du supplice. C’était l’enfer. 25e jour (mercredi 18 mai 1994) On m’a sorti très tôt de la cellule, menottes aux poignets. Il y avait avec moi les frères Khider Omar et Thamert Hocine. On nous a sortis dans la petite cour où nous attendait un fourgon cellulaire. Plusieurs jeunes nous ont rejoints. Beaucoup d’entre eux étaient défigurés, les yeux hagards. Le fourgon a démarré vers une destination qui s’est avéré être le palais de justice d’Alger. Nous avons été parqués dans un coin de l’un des étages du palais. Les policiers nous insultaient constamment et nous brutalisaient. Tout ceci, dans un lieu qui prétend être un palais de justice. De justice ! On passait, un par un, devant le juge d’instruction, après qu’on nous avait enlevé les menottes. Je priais pour ne plus retourner au centre de torture. Quand mon tour est arrivé, je suis entré dans le bureau du juge. Il m’a posé quelques questions auxquelles j’ai répondu. L’essentiel pour moi était d’aller en prison pour échapper aux tortionnaires de Châteauneuf. On nous a descendus, après notre comparution, dans une cellule du sous-sol du tribunal, puis reconduit au fourgon cellulaire qui a pris cette fois-ci le chemin de la délivrance : la prison d’El-Harrach. Telle est la situation dramatique que j’ai vécue en tant que citoyen algérien, sur cette terre d’Algérie arrosée par le sang de plus d’un million de martyrs assassinés par la France coloniale. Remarques : 1 — Je n’ai pas tout dit car je suis en prison, je ne peux
tout développer. Je prie Dieu d’armer nos familles de patience et de courage, et que la paix et la sécurité reviennent sur cette terre d’Algérie chérie, sous la bannière de l’islam. Gharbi Brahim, ex-cadre
de la société INFRAFER. Ghedhab Mohamed, 1996
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