Campagne Internationale pour la Libération
de Salah-Eddine Sidhoum
Prisonnier d’opinion

 

Chronologie des faits

Lundi 29 septembre 2003 (1er jour)
Dr Salah-Eddine Sidhoum se rend à 9 heures au parquet général d'Alger pour faire opposition au jugement prononcé contre lui le 10 mars 1997 (numéro 79/97) le condamnant à 20 ans de réclusion et 500.000 DA d'amende.

Entendu vers 15h par l'adjoint du procureur général, il est transféré à la prison de Serkadji (Alger) vers 17h.

Lorsque l'administration pénitentiaire apprend qu’il a entamé une grève de la faim pour revendiquer des droits de détenu politique il est placé dans une cellule au sous-sol de la prison, cellule humide et éclairée 24h sur 24 d’une lumière crue l’empêchant de dormir. Il n’a a sa disposition que deux couvertures, les WC sont à l’extérieur.
La direction lui demande de rédiger une lettre dans laquelle il confirme qu’il est en grève de la faim.

Salah Eddine Sidhoum publie une lettre ouverte pour annoncer sa décision de se présenter à la Justice algérienne.

Le comité de soutien annonce la sortie de M. Sidhoum.

Mardi 30 septembre 2003 (2ème jour) 1er jour de grève de la faim totale
Dès que l’administration pénitentiaire prend connaissance de la lettre de Salah-Eddine Sidhoum attestant qu’il est en grève de la faim, elle donne l’ordre de lui enlever tous ses effets personnels et l’eau minérale qu’il a prise avec lui en raison de sa grève de la faim. Il ne lui reste que les vêtements qu’il portait.

Salah-Eddine Sidhoum annonce qu’il entame une grève de la faim totale, c’est à dire sans absorption d’eau.

L'observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'homme publie un communiqué dans lequel il s'inquiète pour sa sécutité.

Le comité de soutien publie un communiqué annonçant la grève totale de Salah-Eddine Sidhoum

Mercredi 1 octobre 2003 (3ème jour)
La direction pénitentiaire durcit les sanctions disciplinaires à son encontre en ordonnant qu’à chaque visite d’avocats il soit fouillé avant et après sa sortie de cellule. Les entretiens avec les avocats ne se font qu’en présence de deux gardiens.

À 17 h « visite » du médecin du bagne dans le cachot. Le docteur Sidhoum a refusé d’être examiné dans cette situation et a demandé à sa consœur de le transférer à l’infirmerie du bagne ce qu’elle a refusé car ayant reçu des instructions de la direction.

Or nous savons que son état de santé et sa grève de la faim totale, son transfert à l’infirmerie est plus que primordiale pour une surveillance de sa tension artérielle et des constantes biologiques.

Il est important de noter que le Docteur peut , en raison de sa grève totale , être l’objet d’un choc hypoglycémique , qui vu son isolement et l’absence de surveillance peut entraîner à sa mort .

La LADDH exprime son soutien au Dr. Salah-Eddine Sidhoum.

Le Collectif des familles de disparus en Algérie publie un communiqué à propos des conditions de détention de Salah-Eddine Sidhoum

Jeudi 2 octobre 2003 (4 ème jour)
Salah-Eddine Sidhoum est très affaibli.
La direction pénitentiaire lui retire les médicaments qu’il prend lorsqu’il a une crise aiguë d’ulcère. Les avocats protestent vivement et les médicaments lui sont restitués.

S.E. Sidhoum a reçu la visite du chef de détention du bagne qui a feint vouloir savoir quelles étaient ses revendications pour arrêter la grève de la faim.

Le Docteur lui a répondu que tout était écrit noir sur blanc dans la lettre adressées au directeur le lendemain de son incarcération , et il lui a à nouveau réitérés : journaux , livres , radio , .........

Le chef de détention est alors parti puis est revenu dans l'après midi pour lui dire que pour les journaux et les livres, c'était ok, mais qu'il n'était pas question de radio et de parloir rapproché et que la " loi" s'appliquait à tous. Le Docteur lui a expliqué qu'il était un détenu d'opinion et non un délinquant et lui a rappelé qu'il y a eu un antécédent de détenu d'opinion dans la même prison à qui on avait accordé le parloir rapproché et la radio et ce prisonnier était Abdelkader Hachani.

A la fin de l’entretien, Sidhoum a demandé s'il pouvait prendre une douche et se raser, car il était envahi de poux, le responsable a refusé.

Une détérioration de son état de santé est à craindre durant le week-end (jeudi après-midi et vendredi). Pendant cette période il ne peut recevoir la visite d’avocats et il est à craindre qu'il soit victime de nouvelles pressions.

Algeria-Watch envoie une lettre au Ministre de la Justice algérien.

Justitia Universalis envoie une lettre au Président de la République algérien.

Human Rights Watch envoie une lettre au Ministre de la Justice algérien.

L'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'Homme dénonce les conditions de détention de Salah-Eddine Sidhoum

Vendredi 3 octobre 2003 (5 ème jour)
Matinée relativement calme après 4 jours de la faim et d’insomnie. Il reste aveuglé par la lumière artifcielle 24/h sur 24, il est assailli par des rats aussi gros que des chats et envailli par des poux.

Dans l'après midi aux environ de 16 h15 il a été pris d'un malaise avec vertige, il s'est allongé et recroquevillé sur lui même récitant la chahada, au bout d'un moment, il s'est trouvé dans un état d’obnubilation, n'arrivant pas à distinguer les choses autour de lui, le gardien venu faire sa ronde et voyant Salah-Eeddine recroquevillé sur le sol a frappé sur la porte pour essayer de le réveiller mais sans résultats. Affolé, il est allé appeler ses collègues qui vinrent quelques temps après dans la cellule. Ils essayèrent de le soulever mais en vain. Ils appelèrent un infirmier qui tenta de lui prendre la tension, Salah malgré son état d'obnubilation et de fatigue intense refusera de se faire prendre la tension dans un cachot et par un infirmier. Il arriva à articuler difficilement quelques mots à l'adresse de l'infirmier : "transférez moi à l'infirmerie ou à l’hôpital, il semble qu'il s'agit de signes prémonitoires d'un coma hypoglycémique", l'infirmier lui a répondu " la loi exige que je te prenne la tension " et il est sorti.

Depuis ce moment il n'a reçu aucune visite ni de gardien ni d'autres personnes, il aurait pu plonger dans un coma hypoglycémique total et on l'aurait découvert mort le lendemain. Mais le destin en a décidé autrement.

Communiqué de la LADDH Relizane.

Comité de soutien: Lettre au ministre de la Justice algérien

Samedi 4 octobre 2003 (6 ème jour)
Toujours pas de visite de médecin.

S-E Sidhoum s'est rendu au parloir pour s'entretenir avec son avocat soutenu par un gardien qui l'aidait à marcher. Il ne tient pas debout seul. Ses mouvements sont très lents mais il est très conscient et toujours aussi déterminé.

Le collectif d'avocat s'est rencu chez le procureur général d'Alger pour faire une demande de liberté provisoire. Celle-ci va être étudiée.

Aux environ de 09 h30 du matin, un civil costumé aux cheveux et moustache fournie blanche, accompagné de deux geôliers s'est présenté devant la cellule du Dr Sidhoum et l'a interpellé avec vigueur: " Levez vous, venez discuter avec moi dans le couloir". Il avait les mains dans les poches et s'emblait sûr de lui, le docteur très fatigué, a refusé de sortir et a demandé au civil de décliner son identité, ce civil répéta la même chose à deux reprises et Salah-Eddine refusa refusa d'obéir sans même savoir qui il était.

Le civil le regarda d'un air sévère et lui dit textuellement " El Moufid , rak Gosto , Rayah win Rak " , c'est un langage de rue signifiant : " l'essentiel c'est que tu es bien, reste où tu es " et il partit.
Il semblerait qu'il s'agisse d'un individu étranger à l’établissement. La question qui se pose est de savoir pourquoi cet individu a refusé de décliner son identité.

Lettre de Hocine Ait-Ahmed à Kofi Annan, Secrétaire général des Nations Unies

Dimanche 5 octobre 2003 (7 ème jour)
M. Sidhoum est dans un état similaire à celui de la veille.

Lors de la visite d'un avocat, un gardien a joué le curieux. L'avocat a exigé qu'il se retire, la réponse a été qu'il s'agiissait des instructions pénitentiaires et qu'il s'agissait d'une question de sécurité. Il a fini par se retirer.

La fouille est devenue triple: à l’entrée du parloir des avocats, puis à la sortie et enfin dans la cellule où on lui a enlevé la veste et ouvert la chemise pour une fouille plus minutieuse.

Il s’est avéré que le civil en costume blanc était le juge d’application de peines. Pourquoi a-t-il donc refusé de décliner son identité?

Il semble qu’il voulait marchander le transfert du Dr Sidhoum à l’infirmerie contre l’arrêt de la grève de la faim. Or le Dr sidhoum n’a jamais demandé à aller à l’infirmerie qui est un lieu de villégiature des notables du régime détenus pour corruption et détournement.

Il avait demandé à être hospitalisé dans le cadre de sa grève de la faim pour la surveillance de son état de santé et ses constants biologiques.
Donc le Dr Sidhoum persiste à poursuivre sa grève de la faim pour arracher ses droits élémentaires de prisonnier d’opinion et non d’avoir le privilège d’aller loger à l’infirmerie.

Lettre du comité de soutien à Kofi Annan, Secrétaire général de l'ONU

Lettre de Justitia Universalis au Ministre de la Justice

Lundi 6 octobre 2003 (8ème jour)
La date de l'audience devant la chambre d'accusation de la cour d'Alger pour décider de la liberté provisoire a été fixée pour le 14 octobre.

Une médecin de l'infirmerie de Serkadji vient le voir dans sa cellule pour lui dire q'elle oudrait dégager sa responsabilité dans toute cette affaire en lui faisant un dossier médical pour le
transmettre au directeur. D'emblée, elle lui dira que son état nécessite une hospitalisation mais que le directeur refuse.
Devant cet aveu et cette franchise de sa consour, et dans le cadre du respect de la confraternité, il a accepté de l'accompagner.

L'examen clinique sommaire réalisé à l'infirmerie a montré outre la dyspnée d'effort, une tachycardieà 110 par minute. Or dans un temps normal est de 80 par minute

Le matin même, lorsque le Dr Sidhoum faisait ses ablutions, une arythmie cardiaque se déclencha. Il fut obligé de s'allonger plus d'une heure avant que le rythme cardiaque redevienne normal.

Son poids a chuté de 9Kg en 8 jours 62Kg à l'entrée et 53 au cours de l'examen de ce jour.

L'examen biologique sommaire par les bandelettes DEXTRO et LABSTIX ont montré une glycémie limiteà 0,90 et des traces de sang dans les urines.

Après avoir rédigé son dossier et son rapport médical à l'administration ou elle a clairement précisé que son état de santé nécessitait une hospitalisation et une surveillance médicale stricte.

Quelques minutes après son retour à sa cellule d'isolement, un responsable des gardiens vinrent le voir pour lui dire qu'éventuellement il serait transféré dans une cellule d'isolement de l'infirmerie réservée aux TUBERCULEUX !!!!!!!????

Il refuse catégoriquement d'être isolé avec les tuberculeux car vu sa grève de la faim et la
faiblesse de ces défenses immunitaires, il risque de contracter très rapidement cette maladie contagieuse.

Donc insister sur les pratiques inhumains qui sont mises en application contre lui pour le faire céder- Or ils se trompent encore une fois d'adresse.

Mardi 7 octobre 2003 (9ème jour)
Salah-Eddine Sidhoum a du passé la majeure partie de la journée au parloir tandis que le blindage de la porte de sa cellule a été renouvelé.

Son état physique continue de se détériorer. Venue dans l'après-midi d'un infirmier pour lui prendre la tension artérielle, le Dr sidhoum refuse de la prendre dans le cachot et il exige à nouveau son admission à l'infirmerie normale selon la prescription des médecins.

Des détenus informent leurs avocats que des journaux sont censurés au sein de la prison depuis quelques jours, il s'agit en fait des quotidiens relatant la grève de la faim du Dr Sidhoum. En effet tous les articles le concernant sont découpés avant de les remettre aux détenus.

Appel urgent du comité de soutien d'envoyer des courriers au Président Bouteflika

Mercredi 8 octobre 2003 (10ème jour)
La fondation Cordoue de Genève envoie une lettre au Président Bouteflika

Des dizaine de mails ont été envoyés au Président Bouteflika suite à l'appel du comité

Jeudi 9 octobre (11 ème jour)
Aprés la visite des avocats dans la matinée): L'état de santé s'est encore détérioré. Dr. Sidhoum souffre de troubles respiratoires.

Aucune réaction officielle des autorités malgré les interventions publiques et non publiques de très nombreuses organisations et institutions.

Le comité écrit une lettre au directeur de la prison de Serkadji

A son retour du parloir où il avait vu ses avocats, aux environs de 11h30, le Dr Sidhoum a eu un malaise à son entrée dans sa cellule d'isolement, il a perdu connaissance durant quelques minutes. Il a été transporté à l'infirmerie.

Après avoir bu quelques gouttes d'eau, il reprit ses esprits. Il avait une très forte douleur thoracique irradiant au cou et aux mâchoires, il réclama en urgence un comprimé de TRINITRINE ou de CORVAZEL.

Le « médecin » qui prit uniquement sa tension 12 / 8 et son pouls (120 / mN) décida qu'il ne s'agissait pas d'une angine de poitrine. Il ordonna à un douanier détenu faisant fonction d'infirmier de lui placer une perfusion de sérum glucosé et de l'hydrocortisone.

Le Dr Sidhoum protesta violemment contre les agissements de ce médecin qui n'écoutait même pas ses doléances et sa description nette de la douleur thoracique.

Le « médecin » devant le refus du Dr Sidhoum de recevoir du Sérum glucosé et de l'hydrocortisone (qui n'a rien à voir avec l'angine de poitrine), ordonna aux gardiens de l'enfermer dans sa cellule d'isolement en leur disant qu'il était un simulateur.

Il fut à nouveau enfermé avec des douleurs thoraciques atroces.
Cela dura jusqu'à 15h ou le chef de détention, de passage, entendant ses gémissements, décidaà nouveau de le transférer à l'infirmerie malgré le refus du « médecin » de garde.

Le Dr Sidhoum réclama à nouveau de la TRINITRINE ou du CORVAZEL pour soulager son angine de poitrine. Le médecin refusa à nouveau et ordonna la mise en place
de sérum glucosé et d'hydrocortisone.

Le Dr Sidhoum refusa à nouveau et fut jeté dans sa cellule jusqu'à 16h30. Lorsque le chef de
détention passa devant sa cellule il entendit les gémissements du Dr Sidhoum. Il fut scandalisé par la situation dramatique du Dr sidhoum qui se tordait de douleurs parterre. Il a eu le courage de prendre la décision de l'évacuer sur l'infirmerie malgré l'avis défavorable du « médecin » de garde.

Enfermé dans l'infirmerie, il sera pris en charge par 5 malades chroniques qui sont restés à son chevet jusqu'à une heure avancée de la nuit.
Aucun médicament contre son angine de poitrine ne lui fut administré.

Le Dr Sidhoum tient à remercier le chef de détention Bouali Slimane qui l'a pratiquement sauvé de la mort.
Le Dr Sidhoum réclame un examen cardiologique d'urgence. Il tient à dénoncer l'attitude ignoble du prétendu « médecin » qui a violé les règles élémentaires d'éthique et de déontologique foulantà ses pieds le serment d'hypocrate

Vendredi 10 octobre 2003 (12ème jour)
Dr. Sidhoum a passé sa 2eme journée dans l'infirmerie, pris en charge par les malades sans
aucune visite médicale ni traitement. Pas de crise d'angine de poitrine. Il a donc arrêté sa grève de la faim totale mais continue une grève "classique" en absorbant de l'eau et du sucre.

Samedi 11 octobre 2003 (13eme jour)
Même situation que la veille. Dr. Sidhoum est trés affaibli et ne peut se rendre au parloir que soutenu par deux détenus. Desserrement de l'étau contre le Dr Sidhoum ses affaires personnelles lui sont restituées et il est autorisé à prendre son bain.

Bonne nouvelle: fixation de la date du procès pour le 16/10/2003 devant la cour criminelle d'Alger.

Résolution du Comité Méditerranée de l'Internationale Socialiste (11.10.03)

Dimanche 12 octobre (14 éme jour)
Le président du tribunal d'exception d'Alger se déplace à la prison pour notifier au Dr Sidhoum la date du procès et l'arrêt de renvoi.

Lundi 13 octobre (15 éme jour)
Branle-bas de combat à l'administration de la prison suite aux informations relatives à la visite d'une délégation du CICR. Nettoyage de l'infirmerie par les employés.

Mardi 14 octobre 2003 (16ème jour)
Dr. Sidhoum est toujours à l'infirmerie.

A 19h la chambre d'accusation n'avait pas encore rendu public son verdict.

Lettre de Mme Chirin Ebadi, prix Nobel de la paix, au Dr. Sidhoum (14.10.03, pdf, 20kb)

Mercredi 15 octobre 2003 (17ème jour)
Dr. Sidhoum n'obtient pas la liberté provisoire.

Il est toujours à l'infirmerie en grève de la faim

Jeudi 16 octobre 2003 (18 ème jour)
Dr. Salah Eddine Sidhoumest acquitté et libre.

Le procès était public, trois observateurs étrangers y ont assisté, Me Mohammed Abbou pour le Comité de soutien et la Commission arabe des droits de l’homme, Me. Samir Ben Amor pour Human Rights Watch et Amnesty International et M. Tabib Chawki par l’Observatoire des défenseurs des droits de l’homme. De nombreux journalistes et défenseurs des droits de l’Homme étaient également présents. A l’audience, le procureur a requis sept ans de prison. Onze avocats ont plaidé notamment pour prouver que les accusations portées contre Dr. Sidhoum étaient totalement infondées.

Un grand merci à tous ceux qui ont écrit aux autorités algériennes; ont transmis leur soutien à Salah-Eddine Sidhoum sous forme de lettres et d'interviews; ont rédigé des appels, organisé des rassemblements en Algérie et à l'extérieur. Merci aussi à toutes les ONG pour leur engagement, aux députés européens et à toute personne connue ou non. Grâce à cette formidable mobilisation, Salah-Eddine Sidhoum et libre.

C'est une bataille de gagnée sur le chemin de la Vérité et de la Justice.

 

 

 


   
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