Algérie : Le cauchemar du docteur Sidhoum


Arezki Aït-Larbi, Le Figaro, 10 octobre 2003

Salah-Eddine Sidhoum, un chirurgien orthopédiste de 55 ans, est en grève de la faim depuis le 30 septembre à Serkadji, le sinistre pénitencier d'Alger. Condamné par contumace à vingt ans de réclusion en mars 1997, pour «soutien à activités subversives et atteinte à la sûreté de l'Etat», il avait plongé dans la clandestinité. La rumeur l'annonçait dans les maquis de l'Armée islamique du salut, où il aurait monté un hôpital de campagne. Ce que les autorités algériennes ne lui pardonnent pas, c'est son engagement en faveur des droits de l'homme depuis les événements sanglants d'octobre 1988, lorsqu'il militait dans le Comité médical contre la torture, aux côtés du professeur Boucebsi, un éminent psychiatre assassiné en juin 1993.


Durant la décennie 90, le docteur Sidhoum, qui avait dressé une liste bien documentée des personnes «disparues», alertait régulièrement les ONG internationales sur les violations des droits de l'homme. Avec la politique de «concorde civile» prônée en 1999 par le président Bouteflika, il refuse de bénéficier de l'amnistie accordée aux islamistes armés et exige un «procès publique et régulier».


C'est pour s'expliquer devant la justice qu'il se rend, le 29 septembre 2003, aux autorités. Sitôt en prison, le docteur Sidhoum est la cible de brimades et de menaces. Par sa grève de la faim, il veut obtenir le statut de prisonnier politique. Après une semaine de détention dans un cachot humide, sans matelas ni couverture, son état de santé s'est gravement dégradé, au point de pousser l'opposant Hocine Aït-Ahmed, président du Front des forces socialistes, à demander l'intervention du secrétaire général de l'ONU. De son côté, Me Abdennour Ali-Yahia, président de la Ligue algérienne de défense des droits de l'homme, a exigé «un procès rapide, équitable, public et conforme aux normes internationales».


Ce drame à huis clos rappelle celui d'Ali Bensaad qui avait défrayé la chronique au cours de l'été 1998. Laïc et anti-islamiste convaincu, cet universitaire de 40 ans avait été condamné à mort pour «appartenance à un groupe terroriste et assassinat», alors qu'il se trouvait en Allemagne au moment des faits qui lui étaient imputés. Son véritable crime : il avait critiqué lors d'une réunion publique les frasques du général Betchine, à l'époque puissant conseiller du président Zéroual.

 

   
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