Campagne Internationale pour la Libération
de Salah-Eddine Sidhoum

Prisonnier d’opinion

Annexe 2

Témoignage de Belhamri Messaoud

Source : Comité Algérien des militants libres de la dignité humaine et des droits de l’Homme, Livre blanc sur la répression en Algérie (1991-1995), Tome 1, Editions Hoggar, Plan les Ouates, Suisse, 1995.

Des violations des droits de l'homme ont été commises contre ma personne lors de mon kidnapping et lors de l'interrogatoire de police qui a suivi, et ce durant trente jours de garde à vue.

J'ai été kidnappé le 18 juin 1994 alors que j'étais près de mon domicile sis au 37, rue Boumaza, à El-Harrach. Plusieurs véhicules ont surgi, d'où sont sortis des hommes armés, en civil. Ils se sont jetés sur moi et m’ont poussé brutalement dans l'un des véhicules, sans que je puisse savoir ce qu'ils voulaient, ni leur identité. J'ai été emmené au centre de police de Châteauneuf où j'ai passé deux jours, puis j'ai été transféré au commissariat central d'Alger où j'ai passé vingt-huit jours. La torture a été morale et physique.

J'ai été insulté par les policiers. Ils ont aussi insulté les membres de ma famille. C'étaient des obscénités indignes. On m'a menacé à plusieurs reprises d'amener mon épouse et ma fille pour les violer devant moi. J'ai été menacé de mort. On m'a jeté dans une cellule froide et sombre, sans aération. J'ai perdu la notion du temps. J'avais les yeux bandés en permanence par un plastique qui serrait fortement ma tête.

Quant à la torture physique, dès le premier jour après mon kidnapping on m'a descendu dans une cellule du sous-sol où ils pratiquaient la torture (à Châteauneuf). J'ai reçu des coups de pied et de poing sur tout le corps, de la tête aux pieds. Puis on s’est mis à me bastonner avec un bâton et un tuyau en caoutchouc. Un câble électrique a même été utilisé.
Puis j'ai été suspendu par les pieds au plafond, la tête en bas. Je suis resté dans cette position durant toute la journée.

Le deuxième jour on m'a appliqué l'épreuve du chiffon avec de l'eau sale. J'ai été transféré au commissariat central d'Alger où j'ai passé vingt-huit jours. J'ai été torturé durant toute cette période, sans arrêt.

Je souhaitais mourir pour échapper aux affres de ces supplices.

On a utilisé, là aussi, l'épreuve du chiffon, les bastonnades avec un bâton et un tuyau en caoutchouc. Les tortionnaires m'ont attaché ensuite les poignets aux chevilles, et je suis resté ainsi recroquevillé durant toute une nuit, les yeux bandés.

J'ai été accusé gratuitement de faits avec lesquels je n'avais rien à voir. Ils m'ont fait avouer sous la torture des choses que les policiers voulaient que je dise. J'ai signé le procès-verbal, sous la menace de reprise des supplices, les yeux bandés.

J'ai été présenté le 17 juillet 1994 devant le juge d'instruction de la Cour spéciale, qui m'a incarcéré, sans autre explication, à la prison d'El-Harrach.

Belhamri Messaoud. Né en 1951.
Responsable des travaux mécaniques, société EVSM
Sidi-Moussa (wilaya de Blida)


 
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