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LA
JUSTICE A TRANCHE
Sidhoum
acquitté L'Expression, 18
octobre 2003 Le verdict tranche
nettement avec le communiqué du parquet et
le traitement avilissant qu'il avait subi durant sa détention.
Coup de théâtre dans ce qu'il convient d'appeler «l'affaire
Sidhoum», depuis que le monde entier s'est saisi de cette question
relative au respect des droits de l'homme en Algérie. Le militant
algérien des droits de l'Homme, Salah-Eddine Sidhoum, qui s'était
rendu aux autorités fin septembre après 9 années
passées dans la clandestinité et une condamnation à 20
ans de prison par contumace, a en effet été acquitté ce
jeudi par le tribunal criminel d'Alger. C'est ce que nous ont déclaré ses
avocats, venus nombreux plaider sa cause. «M.Sidhoum a été totalement
acquitté et aucune charge n'a été retenue contre
lui». Telle a été la seule réaction de l'un
des avocats à sa sortie de la salle d'audience où ni la
presse, ni le public, n'étaient les bienvenus.
M.Sidhoum, qui s'était rendu le 29 septembre, avait été incarcéré à la
prison Serkadji d'Alger, en attente de son procès. Il avait observé une
grève de la faim interrompue dimanche après que la date
de ce dernier eut été fixé. La grève de la
faim qu'il a observée avait été déclenchée à la
suite du traitement avilissant qui lui avait été consacré par
la direction pénitentiaire. M.Sidhoum, 55 ans, avait été privé de
matelas, de ses vêtements, de ses objets de toilette, et avait été jeté dans
une cellule humide, en sous-sol, avec une lampe nue allumée H24.
Un fantastique élan de solidarité avait été enclenché à l'annonce
des conditions de cette détention, et de l'état de santé du
gréviste qui se dégradait de jour en jour.
La relaxe, toutefois, en étonne plus d'un, et prête à penser
que le procès autant que l'ancienne condamnation, pourraient être
politiques. Dans un communiqué rendu public la veille, mercredi,
le parquet d'Alger avait indiqué que M.Sidhoum serait jugé pour «appartenance à un
groupe terroriste et apologie d'actes terroristes». De très
graves accusations qui laissaient supposer que l'ancienne condamnation
allait au moins être reconduite, sans y ajouter le délit
de fuite qui a, quand même duré 9 longues années.
Sidhoum, indiquent ses proches, était en fuite parce qu'il a fait «l'objet
de tentatives d'assassinat de la part des escadrons de la mort et qu'il
craignait de disparaître à son tour s'il s'était
livré durant les années 90». S'il a décidé de
se rendre, expliquent encore nos sources, «c'est que des pressions
ont commencé à être exercées sur sa famille.
Il a craint pour elle».
Ce médecin avait recueilli des informations et des témoignages
sur de s et des bavures des forces de sécurité qu'il avait
livrés à la presse et à des ONG internationales.
Il a grandement dérangé certains tenants du pouvoir durant
les années 90, lorsque le sujet des disparus était tabou.
Il avait été condamné en 1997 par contumace, à vingt
ans de prison, pour «soutien à des groupes terroristes».
Mais il avait continué à diffuser ses rapports sur internet,
dénonçant les «dépassements» des forces
de sécurité. Tout porte à croire que c'est le fantastique élan
de solidarité en sa faveur qui lui a permis d'être relaxé.
Notre journal avait été l'un des premiers à se faire
l'écho de cette sombre affaire.
Mardi à Paris, deux ONG avaient exprimé leur inquiétude
sur le sort de M. Sidhoum. L'Observatoire pour la protection des défenseurs
des droits de l'Homme, programme conjoint de la Fédération
internationale des Ligues des droits de l'homme (Fidh), basée à Paris,
et l'Organisation mondiale contre la torture (Omct), basée à Genève,
dans un communiqué «s'inquiètent particulièrement
de la situation de M.Salah-Eddine Sidhoum, chirurgien et défenseur
des droits de l'Homme en Algérie». Même la lauréate
du prix Nobel de la paix, Shirin Ibadhi, a rendu public un émouvant
communiqué dans lequel elle a demandé la libération
de Sidhoum et le respect du droit et de la dignité humaine en
Algérie. Le 16 septembre dernier, Amnesty International (AI) avait
indiqué, dans un rapport, que la situation des droits de l'Homme
en Algérie «reste très préoccupante» même
si elle s'est «améliorée».
Mohamed ABDOUN
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Procès
du Dr Sidhoum
Le
Médecin Acquitté
Par Rédaction de Liberté, 18 octobre 2003
La plus grande partie
de l'audience a été consacrée
aux plaidoiries.
Les débats relatifs aux faits reprochés à l'accusé n'ont
pas duré longtemps; ce qui a poussé les avocats à déclarer
que le dossier est vide. Le Dr Sidhoum est arrivé dans la salle,
soutenu par deux policiers, puis son fils un des avocats de la défense
est intervenu pour lui venir en aide. De taille moyenne, le corps chétif,
car rongé par plusieurs maladies, l'accusé se déplace
difficilement. Comme il ne peut se tenir debout, le président
du tribunal ordonne qu'on mette une chaise à sa disposition. C'est
assis qu'il répondra aux quelques questions qui lui sont adressées.
Il niera en bloc les charges retenues contre lui et réclame d'être
confronté à toute personne pouvant prouver le contraire.
Il reconnaît être un défenseur des droits de l'Homme.
Il affirme, par ailleurs, que tout au long de son absence, à savoir
depuis 1997, il était chez lui au Golf. Il niera toute autre activité et
notamment ce qu'il réprouve le plus, le terrorisme, d'autant que
plusieurs de ses amis dont le professeur Belkhenchir ont été assassinés
par des groupes armés. Il estimera, par ailleurs, que durant toute
cette période il était en contact par internet avec des
organismes défendant les droits de l'Homme tant en Algérie
qu'à l'étranger.
Le procureur général estime pour sa part qu'il est impossible
que l'accusé fût chez lui durant 7 ans sans que les services
de police qui étaient à sa recherche n'aient pu le localiser. "Après
sa condamnation, il aurait pu se constituer prisonnier et cette affaire
aurait été réglée depuis longtemps",
plaide l'avocat général. Il requiert enfin 7 ans de réclusion
criminelle.
La défense de l'accusé est assurée par une pléiade
d'avocats dont un nombre important de ceux qui se sont constitués
bénévolement. Miloud Brahimi, Khaled Bourayou, Mustapha
Bouchachi, le bâtonnier Sellini, Maître Boumerdassi et bien
d'autres sont venus pour plaider en faveur du Dr Sidhoum. Tous les avocats
ont axé leurs interventions sur l'inexistence de preuves dans
ce dossier. "Un des accusés dans le dossier jugé en
1997 a cité une fois mon client. Il a dit seulement le connaître.
L'autre accusé a bénéficié de l'acquittement
et je m'attendais à l'application de l'autorité de la chose
jugée. Par ailleurs, s'il était vraiment un terroriste
il se serait rendu pour bénéficier de la loi de la concorde
civile. Non, mon client n'est pas impliqué dans le terrorisme.
Il est innocent et il attend que la justice de son pays lui rende sa
liberté", plaide maître Brahimi. Tous les avocats qui
lui succéderont, une vingtaine, réclameront à l'unanimité l'acquittement.
Le tribunal après délibération revient avec le verdict
de "l'acquittement", annoncé dans une salle en délire.
S. I.
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