Le Maghreb des prisons



par Mohamed Zaâf, Le Jeune Indépendant, 29 décembre 2004

L es prisons maghrébines sont fortement surpeuplées, et chacun des détenus y vit dans un espace de moins de deux mètres carrés (1,51 m² au Maroc pour 1,89 m² en Algérie, alors que la norme mondiale requiert 12 m²) selon les informations diffusées par les ONG, à l'exclusion de la Libye, de la Mauritanie et de la RASD (République arabe sahraouie démocratique).

Au Maroc, qui compte une population d'environ 30 millions d'habitants, le nombre des prisonniers atteint 53 643 alors qu'en Algérie nous comptons entre 40 à 42 000 détenus sur une population de quelque 32 millions d'âmes. La palme des détentions revient cependant à la Tunisie qui, selon un rapport de la Ligue tunisienne de défense des droits de l'homme (LTDH), compterait un effectif de 23 000 prisonniers.

Ce qui la met au 4e rang mondial, après les Etats-Unis, la Russie et l'Afrique du Sud, pour le nombre de détenus par rapport à celui de la population. Au Maroc comme en Algérie, le surpeuplement est d'abord imputé au recours immodéré des magistrats à la détention préventive qui souvent s'étale excessivement dans la durée.

Dans le Royaume chérifien plus de 40 % des prisonniers dans les prisons visitées étaient en détention préventive, selon le rapport publié en juin dernier par le Conseil consultatif des droits de l'homme (CCDH). Auparavant, en 2002, les détentions préventives atteignaient 88%, relevait cette organisation publique.

Chez nous, la détention préventive, régulièrement dénoncée, reste sujet à critiques y compris au plus haut niveau, sans répercussions sur le terrain, relève-t-on. En Tunisie, le surpeuplement carcéral s'est plutôt aggravé à la faveur de la loi antiterroriste adoptée en décembre 2003.

"Avec cette loi, plusieurs libertés ont été bafouées au nom de la lutte contre le terrorisme", soulignait en octobre dernier, Me Mokhtar Trifi, président de la Ligue tunisienne de défense des droits de l'homme. Ajoutées à celui de l'espace, les conditions de vie et la nutrition sont des problèmes réels dans les prisons maghrébines.

Si les échos font état d'une relative amélioration dans les prisons algériennes ces derniers temps, le budget quotidien par prisonnier n'atteint pas encore en Tunisie l'équivalent de 100 dinars algériens. Il est vrai que ces dernières années l'Algérie se montre plus soucieuse du monde carcéral et affiche sa volonté d'humaniser ses prisons.

Comme il est vrai que les prisons algériennes se sont montrées de loin les plus turbulentes. Sur les 145 pénitenciers du pays, d'une dizaine avaient connu en 2002, en effet, des troubles, des incendies et des pertes en vies humaines, époque où l'actuel chef du gouvernement se trouvait à la tête du département de la Justice.

Auparavant, durant les années 1990, des centres pénitentiaires avaient vécu des tentatives d'évasion durement réprimées, notamment à Serkadji et à Berrouaghia. De son côté, la prison de Lambeze enregistrait la plus grande évasion de l'histoire de la planète, qui avait permis à près d'un millier de prisonniers de prendre la poudre d'escampette.

Pour remédier au problème du surpeuplement des prisons, l'Etat s'est engagé à construire 42 nouveaux établissements. Quant à la réforme pénitentiaire, elle opérera "un véritable bouleversement", promet M. Belaïz, assurant que les détenus se verront accorder un meilleur traitement et plus de droits.

"Le prisonnier est certes privé de sa liberté, mais l'Etat doit veiller à la garantie du respect de son honneur et de sa dignité", affirmait-il, résumant ainsi la nouvelle ligne conductrice que s'est défini l'Etat. Si les informations sur le monde carcérale en Mauritanie et en Libye sont pratiquement inexistantes, dans la RASD les conditions de vie des détenus (prisonniers de guerre marocains) ne diffèrent pas trop de celles des geôliers, selon les témoignages recueillis par la presse.

M. Z.

   
www.algeria-watch.org