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LA
VILLE N’EST PLUS CE QU’ELLE ÉTAIT
Djelfa exorcise ses djinns
L'Expression, 06
septembre 2004
Depuis l’incarcération de Hafnaoui Ghoul, la ville semble
mieux se porter et retrouve ses vieux réflexes et son omerta.
Après avoir été mise au-devant de l’actualité, à la
faveur de quelques scandales médiatiques, la ville de Djelfa se
porte mieux. Le militant des droits de l’homme et journaliste Hafnaoui
Ben Ameur Ghoul est en prison, les treize bébés morts des
suites de septicémie sont enterrés et oubliés, les
autres correspondants de presse sont sur la défensive, le wali
est parti et remplacé par l’ancien wali de Béchar
et, après la canicule, l’air est respirable, et il a même
plu à grosses gouttes avant-hier.
Ceux qui continuent à suivre avec appréhension la détérioration
de l’état de santé de Ghoul peuvent s’agiter.
En vain. Même sa propre famille n’a pas d’information
exacte. Selon son jeune frère Ahmed, «Hafnaoui a été transporté nuitamment à l’hôpital,
mais nous n’avons aucune précision à ce sujet. Nous
l’avons cherché dans des hôpitaux de la ville, sans
résultat. Il nous faut attendre demain pour lui rendre visite
et voir de près son état de santé. Suite aux informations
données par ses codétenus, et faisant état de la
détérioration de sa santé, nous avons demandé à son
avocat, Me Triki, de vérifier avec le procureur du tribunal de
Djelfa, la vérité de ces nouvelles alarmantes (...) Nous
attendons toujours, car il n’y a rien à faire qu’a
attendre que cette injustice prenne fin».
Les autres amis de Hafnaoui Ghoul, eux aussi pour la plupart correspondants
de presse, restent à la fois inquiets, déçus et
perplexes. «Son incarcération est une mise en garde contre
nous tous, et on est arrivés à réfléchir à vingt
fois avant de balancer une information à la rédaction d’Alger.
On fait nous-mêmes notre autocensure, car on n’est jamais
trop prudents après ce qui s’est passé, et Dieu sait
que les affaires scabreuses reprennent de plus belle et que l’oligarchie
locale affiche tout son mépris vis-à-vis de la presse...».
Depuis l’incarcération de Hafnaoui Ghoul, la ville de Djelfa
se porte mieux et retrouve avec exubérance ses vieux réflexes
et sa loi de l’omerta, car il ne faut surtout pas divulguer dans
la presse ce qui peut se résoudre entre Ouled Naïl. Les centres
hospitaliers peuvent cultiver la septicémie et les maladies de
toutes sortes peuvent manquer dangereusement de spécialistes (à ce
jour, il n’y a aucun gynécologue dans le grand hôpital
de Hassi Bahbah, et les femmes sont transportées dans des ambulances,
en cas de complications, vers Djelfa, avec tous les risques induits),
la corruption et les dysfonctionnements peuvent paralysé toute
la ville, cela n’arrêtera pas les... gens de tourner. On
ne dira jamais assez que Djelfa reste une des villes algériennes
les plus touchées par la corruption, le chômage, l’indigence
sociale et la précarité. La zone industrielle, qui faisait
travailler quelque 4000 jeunes est à l’arrêt total,
le taux de chômage est l’un des plus élevés
en Algérie, tout aussi que les indicateurs de la pauvreté au
niveau local, alors que le taux de réussite au Bac est un de plus
faibles en Algérie. Le seul secteur qui reste opérationnel
est l’éducation, qui, justement, focalise toutes les affaires
de corruption, comme l’atteste le va-et-vient continu des commissions
d’enquête entre Alger et Djelfa depuis 1999, et les permutations,
les renvois et les licenciements qui ont touché l’encadrement
du secteur de l’éducation de la wilaya. Le nouveau wali,
ainsi que le directeur de l’éducation auront fort à faire
dans cet environnement hostile, à commencer par leur propre administration
locale.
L’année sociale vient à peine d’être
entamée et les correspondants locaux restent à l’affût: «Nous
allons débusquer quelques lièvres et divulguer quelques
petits ‘’secrets de maison’’, histoire de rendre
hommage à un Ghoul en prison, et qui avait à ce point ‘’terrorisé’’ la
ville», taquinent les rares correspondants encore en forme pour
se tourner en dérision, car plus rien ne sera comme avant...
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