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ALI BENHADJ CHEZ KSENTINI
«
Nous sommes les sous-citoyens de la République» L'Expression,
26 juin 2004
Le turbulent chef
islamiste s’est rendu tour à tour chez
les familles de disparus et à la commission de la Ligue des droits
de l’Homme.
La fin de semaine a été agitée pour l’ancien
gourou de la jeunesse islamiste urbaine : il a été d’abord
chez les familles de disparus auxquelles il a voulu prêter main-forte,
avant d’aller rendre visite à Farouk Ksentini, président
de la Commission nationale consultative de promotion et de protection
des droits de l’homme (Cnppdh) à qui il a formulé ses
vives protestations «contre le harcèlement continu» dont
il fait l’objet. Selon les propres termes d’Ali Benhadj, «les
restrictions civiques et politiques» qui l’entourent, «sont
autant de lois iniques, antidémocratiques et anticonstitutionnelles»,
dont l’objectif évident est de «l’isoler et
le rabaisser» en le «privant du droit fondamental de se procurer
un travail». D’ailleurs, il indique avoir été tour à tour
demander un travail auprès de l’APC de Bachdjerah, puis
celle de Kouba, «afin, dit-il, de subvenir aux besoins de ma famille». «Même
un travail comme agent d’entretien communal me conviendrait, car
je sais que la propreté est une vertu et que tout travail est
décent et honorable», ironise-t-il, avant de prendre à témoin
l’opinion : «J’ai porté plainte contre toutes
les violations du droit à mon encontre, dont celui, primordial,
de me permettre de travailler, car le harcèlement et les interdictions
qui me privent des droits fondamentaux de tout être humain, de
tout être vivant, sont, en fait, un antécédent grave
dans les annales de la justice algérienne.»
Concernant ses prises de position vis-à-vis des familles des disparus,
en fin de semaine, et qui lui a valu une autre convocation à la
sûreté de la wilaya d’Alger, il rétorque imperturbable
: «Ecoutez,entre 1994 et 2000, j’avais été détenu
dans un lieu secret : ni ma famille, ni mes amis, ni mes avocats, ni
moi-même n’avons jamais su où j’étais
ni pourquoi j’avais été ainsi isolé. Aucune
visite ne m’a été autorisée, et toutes les
tentatives entreprises pour retrouver ma trace ont été vaines,
jusqu’en 1999. J’étais donc un authentique disparu
parmi les disparus, et je ne peux que me considérer solidaire
des familles de disparus.» Ksentini a promis de transmettre aux
responsables concernés par ces violations toutes les doléances
de Benhadj, comme il a promis de faire un effort personnel pour faire
en sorte que ses mouvements ne soient plus considérés comme
autant d’actions mettant en péril l’ordre public.
L’homme le plus surveillé en Algérie - et le plus
convoqué par la police algéroise - reste à 48 ans
un personnage controversé. Privé de ses droits civiques
et politiques depuis le 2 juillet 2003 par le procureur de la République
auprès du tribunal militaire de Blida, il juge cette mesure injuste
et le tribunal d’exception de «non compétent» pour
juger des délits politiques. «Je ne reconnais aucune des
mesures qui me touchent, et je vous informe que des ONG, des institutions
et des tribunaux internationaux ont été saisis de l’affaire.
Car je ne vois pas où se trouve le droit lorsqu’il m’interdit
de travailler et de vivre décemment. Si l’on pense m’étouffer
et m’avilir, ou me pousser à tendre la main, cela ne marchera
pas comme ça. A l’heure où l’on parle de concorde
civile et de réconciliation nationale, on commet les pires violations
contre ceux-là mêmes avec qui on essaye de dialoguer.» Jugé et
emprisonné pour une durée de 12 ans de réclusion,
avec le président et porte-parole de l’ex-FIS, en juillet
1992, Ali Benhadj a consommé la totalité de sa peine, contrairement à d’autres
leaders du parti, élargis avant terme ou mis en résidence
surveillée. Les conditions de sa détention ont été améliorées
après l’élection, en avril 1999, du président
de la République, Abdelaziz Bouteflika, avant d’être
libéré début juillet 2003. Objet de restrictions
politiques qualifiées de «draconiennes» - les fameux «dix
interdits» - Benhadj reste, depuis, soumis à un imposant
dispositif de sécurité qui surveille le moindre de ses
déplacements.
Fayçal OUKACI
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