Alger verrouillée, Bejaia est devenue la capitale des contestations sociales et politiques

Younes Saadi, Maghreb Emergent, 2 juin 2017

Alger est toujours interdite aux manifestations depuis 2001. Bejaia la remplace. Elle est devenue la capitale où s'expriment les contestations sociales et politiques d'envergure nationale.

Alger ville fermée, Bejaia, ville ouverte. Syndicats autonomes, partis politiques, collectifs autonomes, groupes de jeunes non structurés, lycéens, retraités et autres ont fait des rues de la capitale l’espace de l’expression des contestations et des revendications.

Les lycéens de la ville de Bejaia ont donné le coup d’envoi le 19 décembre 2016 en sillonnant les artères de la ville avant de s’en prendre au siège de la direction de l’éducation située à la rue de la liberté. Ils réclamaient le retour au congé à 15 jours de congé d’hiver au lieu de 10 décidé par la ministre de l’Education nationale Nouria Benghabrit.

Un mouvement qui a tourné à la violence et a commencé à s’étendre ailleurs dans le pays, contraignant Benghabrit à reculer et à rétablir l’ancienne programmation des vacances d’hiver. Bejaia sera également le théâtre de violence le 2 janvier 2017 où, suite à des appels anonymes sur les réseaux sociaux contestant des dispositions de la loi de finances 2017, des manifestations de jeunes ont tourné à l’émeute.

De manière plus ordonnée et transparente, Syndicat national autonome des personnels de l'administration publique a choisi Bejaia pour organiser, le 31 janvier 2017, une manifestation de protestation d’envergure nationale.

Des centaines de syndicalistes venus de plusieurs wilayas du pays ont afflué vers la ville avec pour mot d’ordre la défense de la retraite anticipée et celle sans condition d’âge, le retrait du projet de loi sur les relations du travail, la régularisation des contractuels, le respect des libertés syndicales et le rejet de la politique d’austérité.

De grands rendez-vous syndicaux

Le traditionnel rendez-vous du 20 avril marquant le printemps berbère et le printemps noir a été l’occasion pour des milliers de personnes e descendre dans la rue à l’appel du MAK et du RCD. Onze jours plus, à l’occasion du 1er mai des milliers de travailleurs venus de toutes les wilayas du pays ont afflué sur Bejaïa à de l’intersyndicale pour défendre les libertés syndicales et les acquis sociaux des travailleurs.

Les retraités de l’ANP qui mènent depuis des semaines, un mouvement de protestation sont également passés à deux reprises par Bejaia, les 20 et 24 mai. Les travailleurs de Cevital ont également marché dans les rues pour dénoncer ce qu’ils appellent des blocages de projets de leur employeur.

Le Syndicat national autonomes des travailleurs de l’électricité et le gaz (Snateg), ainsi que le Syndicat national autonomes des postiers (Snap) ne sont pas en reste. Le Snateg a fait sortir mardi dernier, ses adhérents dans les rues de Bejaia pour exiger la levée de toutes les sanctions prononcés contre ses cadres syndicaux dans plusieurs wilayas du pays. Le Snap, jeune syndicat, prépare pour le 7 juin une marche nationale des postiers à Bejaia.


 
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