Immigration clandestine

Une «feuille de route» africaine en discussion à Alger début avril

Ghada Hamrouche, La Tribune, 20 mars 2006

Face aux propositions européennes pour endiguer les flux migratoires clandestins, les pays africains s’apprêtent à tracer leur propre stratégie, pour contrecarrer les nouveaux «camps de concentration de migrants» sur leurs propres territoires, ou autres plans d’«immigration choisie ou sélective» proposées par les dirigeants des pays de la rive nord de la Méditerranée. Une «feuille de route», si l’on reprend les propos de M. Abdelkader Messahel, ministre délégué chargé des affaires maghrébines et africaines, proposée par les Africains selon leur propre approche globale, «intégrée et équilibrée de la migration, basée sur l’amitié, la solidarité, la coopération et le développement».
Cette feuille de route concernera selon la même source, la migration à l’intérieur du continent et vers l’Europe, et sera discutée lors d’une réunion d’experts africains à Alger, du 3 au 5 avril.
«Cette réunion d’experts est convoquée pour débattre des moyens à mettre en œuvre pour résoudre ce phénomène» de la migration, a déclaré samedi M. Messahel à la presse, après avoir rencontré, séparément, les ambassadeurs africains et européens accrédités à Alger.
«Nous voulons également mettre au point une stratégie africaine commune dans la perspective d’une réunion ministérielle Afrique-Europe sur la migration», prévue avant la fin de 2006, a-t-il ajouté. Sur proposition algérienne, cette réunion d’Alger, rappelons-le, a été décidée lors du dernier sommet de l’Union africaine (UA), tenu les 23 et 24 janvier dernier à Khartoum.
La commission de l’UA «a élaboré un document de travail» qui sera examiné par les experts africains à Alger, «pour la formulation de la feuille de route africaine, en vue des discussions projetées au niveau ministériel avec les partenaires européens», a précisé M. Messahel, dans une allocution devant les ambassadeurs africains. Ce document «a été communiqué à l’ensemble des pays africains, dont l’importance de leur participation à cette rencontre ne peut être suffisamment soulignée», a-t-il indiqué. M. Messahel a insisté, lors de son intervention, sur l’ «ampleur et le poids réels» de la «réalité» des flux migratoires que l’Afrique «vit au quotidien».
«Ils sont aujourd’hui presque 17 millions d’Africains à avoir quitté leurs pays d’origine et à s’être installés, temporairement ou durablement, dans l’un ou l’autre des pays africains», a-t-il dit, soulignant que l’Afrique «entend se mobiliser davantage et prendre en charge adéquatement ces problèmes, au mieux des intérêts des migrants [...] et du continent dans son ensemble».
Le ministre a également indiqué que les «migrations clandestines à l’intérieur du continent et vers l’extérieur, principalement l’Europe, l’Amérique du Nord et certains pays du Moyen-Orient [...] préoccupent sérieusement» l’Afrique.
Les dirigeants africains «ont exprimé une claire disponibilité à travailler, dans le cadre d’une stratégie d’ensemble à mettre en place [...], à la réunion de conditions permettant le tarissement des sources de ces migrations illégales, ainsi qu’à la protection des personnes concernées, notamment face aux réseaux mafieux de passeurs», a-t-il ajouté. M. Messahel a, en outre, évoqué la «question lancinante de l’exode massif» des compétences africaines vers les pays développés, l’assimilant à une «hémorragie» et à un «fléau qui ne cesse de se développer». «Ils sont plus de 23 000 diplômés universitaires, et au moins 50 000 professionnels africains à s’expatrier chaque année» et qui s’ajoutent aux «plus de 4 millions d’experts africains établis en Europe, et presque autant dans le reste du monde», a-t-il déploré. «C’est là une grave ponction sur les moyens humains limités de nos économies et une sérieuse hypothèque des perspectives de développement d’un grand nombre de nos pays. C’est aussi un problème sur lequel les dirigeants africains entendent agir et faire agir de façon conséquente nos partenaires au développement», a relevé M. Messahel.
«C’est dans le développement, notamment celui des régions à fort potentiel d’émigration, que réside la véritable solution aux problèmes migratoires que connaît le continent. Toutes autres politiques, notamment celles mues par les restrictions ou privilégiant la répression, ne seront que des palliatifs face à des phénomènes appelés inévitablement à se développer», a mis en garde M. Messahel.

G. H.

 
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Criminalisation de la migration  
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