EMIGRATION CLANDESTINE

L’Algérie, un eldorado de substitution

Le Quotidien d'Oran, 6 septembre 2005

Le crime dont a été victime, avant-hier, un jeune homme de Sidi El-Houari à Oran, remet sous les feux de la rampe, le problème épineux de l’immigration clandestine en Algérie.

Un phénomène tout à fait nouveau pour un pays comme le nôtre, devenu, en quelques années seulement, une des destinations les plus convoitées par les ressortissants des pays sub-sahariens, dont certains tentent de s’y installer.

Et c’est ainsi que les barrières dressées en Europe, pour contrer les flux migratoires, en provenance d’Afrique, ont fait des pays du Maghreb et notamment l’Algérie, des pays où les candidats à l’émigration en Europe se sédentarisent, du moins dans l’attente d’une brèche pour pénétrer l’eldorado.

Les différents communiqués des services de sécurité répercutés par la presse nationale font régulièrement état d’arrestations et de reconduction à la frontière, d’immigrés clandestins en provenance de ces pays sub-sahariens. Mais aux émigrés clandestins, il n’est pas, souvent reproché, que la «situation irrégulière» ou «le séjour illégal». Ainsi, il est fait état d’implication dans des affaires de fausse monnaie, de falsification de documents officiels, escroquerie...

Mais au-delà de cette approche purement sécuritaire, comment faut-il traiter ce phénomène pour en limiter les conséquences?

A la rue Philippe, juste à l’entrée du quartier populaire de Sidi El-Houari, on pourrait très bien se croire dans un faubourg de la banlieue de Lagos ou de Bamako. Les Noirs-Africains avec femmes et enfants se sont installés massivement dans les hôtels bon marché de ce quartier. Une situation qui n’a pas fait uniquement le bonheur des gérants de ces hôtels miteux, et des propriétaires de cafés et autres gargotiers du quartier. Même la petite délinquance, à l’instar des dealers de cannabis et des voleurs à la sauvette, trouve son compte dans la présence de cette communauté. Les ressortissants d’origine camerounaise représentent 90% des Noirs-Africains qui habitent -ou du moins qui habitaient jusqu’à avant-hier-, le quartier, nous révèle un employé d’hôtel. Mais la majorité d’entre eux prétendent être d’origine malienne, car pour un Malien, le visa d’entrée en Algérie n’est pas exigé. On peut trouver également des ressortissants nigérians et ivoiriens, mais leur nombre reste assez faible en comparaison avec les Camerounais. Pour 200 dinars par jour, ils louent de petites chambres d’hôtel, de deux mètres carrés à peine. Dans certains hôtels on peut trouver quatre, voire six personnes entassées dans la même chambre. Pour être à deux, le prix est de 400 dinars par personne. Devant la forte demande, certains gérants d’hôtels ont transformé les buanderies, situées sur les terrasses, en chambres double pour les couples mariés. «Des endroits très prisés car en plus de l’avantage d’être ensoleillés, ils offrent une vue panoramique sur tout le vieux quartier de Sidi El-Houari», soutient sans gêne un gérant d’hôtel.

Certains pourraient penser que ces immigrés noirs-africains ne font que passer par notre pays, en attendant de trouver un moyen pour rejoindre l’Europe. Mais en réalité, ils disent qu’ils trouvent leur compte en Algérie. Pour preuve, ils s’y sont installés avec leurs familles. Certains travaillent comme manoeuvres dans des chantiers privés de bâtiment.

D’autres essaient de se débrouiller comme ils peuvent, en vendant des téléphones portables, par exemple, pour gagner juste de quoi manger et payer la chambre d’hôtel.

Mais il y en a d’autres qui arrivent même à faire des économies pour aider leurs familles dans les pays d’origine, soutiennent certains d’entre eux. Mais d’autres se disent convaincus que ces personnes, sont plutôt versées dans le trafic et l’arnaque. Tin Zaouatin, une région de l’extrême sud du pays à la frontière algéro-malienne. Une région synonyme pour les émigrés noirs-africains d’un retour forcé au pays d’origine. Un jeune Camerounais qui en a fait l’expérience en parle comme si c’était l’enfer: «C’est un endroit au milieu de nulle part, où il n’y a ni plante, ni animal». Après avoir écopé d’une peine de six mois de prison ferme à la maison d’arrêt d’Oran, ce Camerounais a été reconduit à la frontière. Un voyage qui, dit-il, a duré près d’un mois et demi. Son séjour derrière les barreaux et sa longue traversée du désert ne l’ont pas empêché de refaire le chemin du retour, deux mois seulement après sa libération de prison. Comme il le dit si bien, il «trouve son compte ici en Algérie». «Même si on est souvent sous la pression des services de police, c’est beaucoup mieux que d’aller en Libye ou au Maroc, où les gens sont xénophobes et les libertés sont limitées», nous confie-t-il. Et d’ajouter: «l’Algérie est un très beau pays, et qui a un potentiel énorme, mais il faudrait qu’on nous donne une chance pour y vivre normalement. Le cachet d’entrée qu’on nous met sur nos passeports nous donne la possibilité de rester deux mois seulement sur le territoire. Pour être en règle, il faudrait qu’on nous permette de prolonger ce délai sans qu’on ne soit obligé de quitter le territoire algérien». Pour régulariser leur situation, certains Noirs-Africains ont même opté pour des mariages avec des Algériennes, espérant bénéficier d’un titre de séjour prolongé. Tous les moyens semblent être bons pourvu qu’on ne soit pas reconduits aux frontières.

H. Barti

 
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