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Alors que trois victimes d'un premier naufrage viennent d'être identifiées Un autre drame au large de Béni-SafLe Quotidien d'Oran, 15 février 2006 Encore une fois, des jeunes bravent le froid et le danger pour essayer de réaliser leur rêve, atteindre l’autre rive de la Méditerranée. Et, encore une fois, le drame est survenu en mer. Douze (12) jeunes hommes, presque tous de la région d’El-Amria, dans la wilaya d’Aïn Témouchent, croyaient avoir pris toutes leurs dispositions en prenant le soin de prendre un moteur de secours, un moteur de 90 CV. Cette machine, lourde comme une bête, sera de trop sur une embarcation de 4,50 m, qui avait déjà à son bord 12 personnes, en plus des jerricans d’essence, gilets de sauvetage, nourriture et eau... Ils avaient pris le départ, dans la nuit du lundi à mardi, vers 01 heure du matin, de la plage de Terga (à 30 km à l’ouest de Béni-Saf). Mais, après à peine une demi-heure de navigation, les tracasseries commencèrent. Le premier moteur de 20 CV s’est arrêté brusquement de ronfler. Il fallait donc le remplacer par celui de 90 CV, qui pèse lourd et qu’il fallait porter vers l’arrière pour le placer. Comment le porter ? Comment avancer dans un 4,50 m, où il était très difficile de trouver une place pour un pied. Tout le monde essaya alors de bouger, tout le monde aidait et tout le monde donnait des ordres. La suite on peut la deviner. La barque tangua dans un sens, puis dans l’autre et, d’un seul coup, se retourna sur elle-même. Les occupants se retrouvèrent alors dans l’eau glaciale et le vent d’est (chergui) commençait à se lever. Deux d’entre eux avaient leur gilet de sauvetage. L’uniforme les avait peut-être aidé à survivre. Certains essayèrent de s’accrocher à l’embarcation retournée, et d’autres tentèrent de nager. Les premiers moments, ils étaient presque proches les uns des autres et ils se parlaient, mais avec le froid, les courants et le noir (la nuit), la peur, ils se sont éloignés les uns des autres. L’équipage d’un chalutier de Béni-Saf, le «Moussafer», qui passait par là, a vu une lueur briller au milieu de l’eau. C’était une torche que l’un d’eux tenait à la main. Malheureusement, seulement 5 d’entre eux seront repérés et montés à bord. Il était un peu plus de 02 heures du matin. Les sept autres n’ont pas été retrouvés. A terre, une ambulance les attendait pour les évacuer vers l’hôpital de Béni-Saf où ils ont été gardés en observation. Selon les informations recueillies sur place, ils se portent bien, à l’exception de l’un d’eux souffrant d’une sévère hypothermie. Les garde-côtes stationnés au port de Béni-Saf, qui avaient déjà déployé leurs unités dans les parages pour rechercher 02 pêcheurs d’Aïn Témouchent à bord d’une embarcation, signalés par leurs familles (ces derniers ont été récupérés vers 06 heures du matin par un sardinier), continuent les recherches pour retrouver les 07 autres candidats à l’émigration toujours portés disparus. Ils ont tous entre 25 et 35 ans et seraient de la région d’El-Amria ou d’Oran. Dans la wilaya d’Oran, l’heure est aux bilans macabres. Les trois corps repêchés samedi et lundi derniers par les gardes-côtes au large des côtes d’Arzew viennent d’être identifiés, avec certitude, par les enquêteurs. Il s’agit bel est bien de trois des neuf clandestins portés disparus il y a une vingtaine de jours. Les familles des trois victimes qui ont pu récupérer les dépouilles pour procéder à leur inhumation, ont pu faire enfin le deuil de leurs enfants. Une épreuve, certes difficile, mais qui reste nécessaire pour ces familles. Les habitants du quartier des Planteurs étaient en émoi hier. Deux des trois victimes repêchées cette semaine en sont originaires. La dernière victime, repêchée par les gardes-côtes avant-hier, est la plus jeune des trois. A la fleur de l’âge, à peine 24 ans, G. Sadek devait être inhumé hier. Grâce aux familles, les enquêteurs ont identifié aussi les deux autres victimes. Il s’agit de M. Djilali, également habitant du quartier des Planteurs, dont l’âge ne dépasse pas les 25 ans, et de K. Moussa, dit «Moussa Skikdi», un marin pêcheur âgé de 36 ans. Selon des sources proches de l’enquête, les trois victimes faisaient partie du groupe des neuf candidats à l’émigration clandestine portés disparus depuis le 28 janvier dernier. Ce groupe de harraga, tous originaires d’Oran, a, pour rappel, entamé son périple, le 27 janvier dernier à partir de la plage de Saint Rock, dans la commune côtière d’Aïn El-Turck, à bord d’un glisseur. Un deuxième groupe, également composé de neuf harraga, a eu plus de chance, puisqu’il a été secouru après seulement un jour de son départ par un bateau libanais au large des Coralès. Malgré les moyens importants mobilisés par les forces navales pour tenter de retrouver les 9 disparus, les recherches n’ont malheureusement pas donné de résultat. Selon les mêmes sources, il est maintenant quasiment certain que les neuf disparus ont bel et bien péri en mer. Mais pour les familles des autres clandestins qui sont toujours portés disparus, l’épreuve reste insoutenable. En effet, depuis samedi dernier, date de la découverte des premiers corps rejetés par la mer, les parents des disparus n’arrêtent pas de faire des allers-retours entre Oran et Arzew pour voir si leurs enfants figuraient parmi les victimes. «Qu’est-ce qui peut pousser un jeune de 20 ans à s’embarquer dans une telle mésaventure alors que rien ne lui manquait», s’exclame le père de l’un des disparus. «A chaque fois qu’on découvre un cadavre, je me dis qu’il s’agit cette fois-ci de mon fils. Je me suis déplacé à la morgue de l’hôpital d’El-Mouhgon, à Arzew, à deux reprises déjà, pour voir les corps repêchés, mais ce n’était pas mon fils», a-t-il affirmé. Et d’ajouter: «dans pareille situation, il est difficile d’imaginer qu’un père puisse espérer que son fils soit parmi les personnes repêchées mortes. Mais ceci reste beaucoup moins difficile que de supporter le poids de l’incertitude». C’est tout le drame de ces familles dont le destin reste désormais lié aux caprices de cette ogresse de mer qui ne veut toujours pas leur rendre leurs enfants. Mohamed Bensafi |
Criminalisation de la migration | ||||
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