Au moins deux clandestins morts et 54 rescapés

Un drame au large d'Oran et un autre au large d'Arzew

Le Quotidien d'Oran, 26 février 2005

Un nouveau drame de l’émigration clandestine. 24 ressortissants de différentes nationalités ont été secourus hier, par les gardes-côtes algériens, à 36 miles nautuques (60 km) au nord de Cap Falcon, à l’ouest d’Oran, alors que deux autres sont décédés. Les 24 survivants sont arrivés, hier, au port d’Oran, aux environs de 16 heures, à bord d’une vedette rapide des gardes-côtes. Dès leur débarquement au port, ils ont été pris en charge par un dispositif médical mis en place plusieurs heures auparavant. Les éléments du SAMU, de la protection civile et du Croissant-Rouge Algérien ont ainsi prodigué les premiers soins aux survivants, avant de les évacuer vers le service des urgences du CHU d’Oran. Certains parmi les 24 rescapés arrivaient à peine à se tenir debout alors que d’autres se trouvaient carrément dans un état second. Ils souffraient d’épuisement, de déshydratation et de malnutrition après avoir passé neuf jours en pleine mer sans nourriture et sans la moindre goutte d’eau. Selon les gardes-côtes, 16 rescapés sont de nationalité bengalie. Les autres sont des ressortissants du Ghana (04), du Mali (02), du Burkina Faso (01) et de la Guinée-Bissau (01). La nationalité des deux personnes décédées n’était toujours pas déterminée, selon la même source. L’une des rares personnes qui était en état de s’exprimer, un ressortissant de la Guinée-Bissau, Ismaïla Mbalo, âgé de 30 ans, nous raconte que c’est à partir de Nador, au nord du Maroc, qu’il a embarqué, en compagnie de 41 autres passagers clandestins, principalement des ressortissants bengalis. Pour 1.200 euros par personne donnés à des passeurs marocains et espagnols, les 42 passagers clandestins ont ainsi entamé leur périple de la mort dans la nuit du 11 février dernier à bord d’une embarcation pneumatique pour rallier les côtes espagnoles. Le lendemain, vers 19 heures, ajoute Ismaïla, le moteur est tombé en panne. Emportés par le courant, même l’option de faire demi-tour n’était pas possible, raconte-t-il. «Au bout de six jours, nous avons épuisés tout notre stock de vivres et d’eau. Plusieurs personnes sont mortes de déshydratation et on a dû les jeter à la mer». 16 personnes seraient donc décédées par manque d’eau et de nourriture avant d’être jetées par-dessus bord.

Un autre rescapé du Bangladesh raconte. «Nous avons effectué un très long voyage. Nous sommes passés par l’Irak avant de rallier clandestinement le port de Tripoli en Libye. Nous sommes rentrés ensuite en Algérie par sa frontière sud-est avant de rejoindre le Maroc pour embarquer à Nador. Pour faire cette longue traversée, j’ai dû donner plus de 3.000 euros à des passeurs bengalis, une somme qui devait couvrir tous les frais du voyage du Bangladesh jusqu’en Espagne».

Selon les gardes-côtes, c’est sur la base d’un coup de téléphone anonyme, signalant aux services espagnoles du MRCC (Maritime Region Coordination Center) une embarcation à la dérive dans la zone SAR, dans les eaux territoriales internationales, que les recherches ont pu être lancées et organisées. Contacté par les Espagnols, le Centre national des opérations de sauvetage (CNOS) alerte les services du Centre régional des opérations de sauvetage (CROSS) au niveau du port d’Oran, lequel dépêcha deux unités des forces navales appuyées par un avion de type C130 des forces aériennes pour assister les Espagnols déjà présents dans la zone de recherche avec une vedette et un hélicoptère. Les recherches qui ont commencé aux environs de 6 heures du matin n’ont pu aboutir qu’aux environs de 12 h 30, conclut notre source. Par ailleurs et selon un communiqué du commandement des forces navales algériennes, une autre opération de sauvetage était en cours, hier, pour assister une embarcation, à bord de laquelle se trouveraient des ressortissants marocains, à la dérive au nord de Cap Carbon, près de Arzew. Selon des sources médicales, contactées hier, une trentaine de clandestins secourus en mer, étaient sur le point d’être évacués vers différentes structures sanitaires de la wilaya.

H. Barti

 
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