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Émigration
Les
clandestins divisent l'Europe Par
Yacine Kenzy , Liberté, 23 octobre 2004
Le
projet germano-italien de créer des centres
d'accueil d'immigrés clandestins dans les pays du Maghreb n'a
pas suscité l'enthousiasme de leurs partenaires. Les ministres
de l'Intérieur du G5 (Italie, Allemagne, Grande-Bretagne, France
et Espagne), réunis à Florence, en Italie, ont reconnu
leurs divergences sur le projet alors que l'Italie est déjà engagée
dans une grande opération de refoulement via la Libye depuis que
ce pays a amorcé son retour sur la scène internationale. "Ces
centres d'accueil (n'utilisez surtout pas le terme camp) ne concerneraient
que des personnes qui devraient être reconduites vers des pays
de transit après avoir été interceptées en
mer", a déclaré le ministre italien, Giuseppe Pisanu. "Il
n'est pas question pour la France d'accepter des camps ou des centres
d'accueil d'aucune sorte", a tout de suite rétorqué le
Français, Dominique de Villepin. "Nous sommes tous conscients
de l'urgence de traiter du problème de l'immigration illégale
et nous sommes pour une approche globale", a ajouté le ministre
français. "Il faut aider les pays à la source de l'immigration
par des projets de développement pour permettre à ces populations
de rester chez elles. Pour les immigrants maritimes, il faut aider les
pays de transit, avec le Haut commissariat aux réfugiés
et les organisations humanitaires. À aucun moment, l'UE ne doit être
maître d'ouvre, nous n'avons pas vocation à prendre en charge
des tâches qui reviennent à ces entités", a affirmé M.
De Villepin. Jose-Antonio Alonso a ajouté que l'Espagne était
elle aussi contre cette proposition "pour des raisons humanitaires",
jugeant en outre que "ces centres ne sont pas très utiles".
"Le débat n'est pas clos", a jugé pour sa part l'Allemand, Otto
Schily, à l'origine de cette proposition. "L'Allemagne pense qu'il faudra
agir car nous ne pouvons pas laisser ces personnes dans la nature", a-t-il ajouté.
La réunion des ministres de l'Intérieur du G5 est intervenue quelques
jours après un dernier vol faisant partie d'un pont aérien vers
la Libye instauré pour vider un camp de clandestins dans l'île italienne
de Lampedusa. "Du 29 septembre au 9 octobre, 1 787 clandestins ont gagné Lampedusa.
1 153 ont été identifiés et refoulés en Libye. Pour être
plus précis, il s'agit de 1 119 Égyptiens, 11 Marocains et
23 citoyens originaires du Bangladesh", avait déclaré Giuseppe
Pisanu,devant les députés italiens.
Ces refoulements massifs ont valu au gouvernement de Silvio Berlusconi les
critiques du Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR). Mais
pour M. Berlusconi, dont le pays accueille régulièrement des
vagues de clandestins parvenus au bout de leur voyage, le problème de
l'immigration est "une priorité absolue". "L'Italie attribue la priorité absolue
et beaucoup d'importance à la politique sur l'immigration, le contrôle
aux frontières et la lutte contre le terrorisme", s'est-il défendu.
Il s'est d'ailleurs rendu la semaine dernière en Libye, l'une des grandes
plaques tournantes du trafic, où les candidats africains à l'émigration
sont estimés entre 1,5 et 2 millions de personnes, mais qui ne fait
pas "suffisamment" d'efforts pour juguler l'immigration illégale, selon
des diplomates occidentaux. Officiellement, les autorités libyennes
affirment attendre la levée partielle de l'embargo européen sur
les armes, qui lui était imposé depuis 1986, pour pouvoir acheter
divers équipements (vedettes, véhicules tout-terrain, matériel
d'observation) lui permettant de mieux contrôler ses frontières
terrestres et maritimes. Mais, selon les diplomates occidentaux, le manque
d'équipements "n'est qu'un prétexte" utilisé par les autorités
libyennes qui veulent situer la question de l'immigration dans le cadre plus
large de l'ensemble de ses relations avec l'UE. La Libye affirme avoir des
difficultés à contrôler ses milliers de kilomètres
de frontières terrestres avec le Niger, le Tchad et l'Algérie,
et une façade maritime de plus de 2 000 kilomètres, à quelques
milles de la petite île italienne de Lampedusa, halte obligée
des clandestins entassés le plus souvent dans des embarcations de fortune.
Par ailleurs et s'agissant de la lutte antiterroriste, les ministres de l'Intérieur
du G5 ont décidé de rendre obligatoires les empreintes digitales
dans les passeports à partir de 2006. Les cinq responsables sont aussi
tombés d'accord sur "un échange systématique" de listes
d'islamistes radicaux, des "jihadistes", ayant fréquenté des
camps d'entraînement en Afghanistan, en Irak ou en Tchétchénie,
selon le ministre français.
Jusqu'a présent, ces échanges d'informations n'étaient
que ponctuels et fonctionnaient déjà entre l'Allemagne et la
France et la France et l'Espagne.
Les ministres du G5 sont aussi d'accord sur la "nécessité d'être
concret" dans la lutte contre le terrorisme. "Pour frapper le terrorisme au
cour, il faut s'attaquer à son financement", a affirmé M. De
Villepin, soulignant qu'Europol était l'outil adéquat pour relever
ce défi. Enfin, ils ont suggéré une "harmonisation européenne
des procédures d'expulsion" des différents pays en matière
de terrorisme.
Le ministre français s'est félicité du "travail fructueux
et efficace" du sommet qui a adopté plusieurs propositions françaises
en matière de lutte contre le trafic de stupéfiants. La France
propose notamment, de coopérer pour bloquer les routes de la drogue
et développer les enquêtes communes afin d'agir en amont dans
la lutte contre ce trafic.
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