| |
|
Disparitions
MAHMOUD KHELLILI, L’AVOCAT DE LA DEFENSE DES DROITS DE L’HOMME
EN ALGERIE
Le Monde, mercredi
12 mars 2003
L’AVOCAT algérien
Mahmoud Khellili est mort, jeudi 6 mars, d’une crise cardiaque à
l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, alors qu’il
venait d’arriver d’Alger. Il était âgé
de 68 ans.
Avec lui disparaît un avocat que tous les journalistes étrangers
travaillant sur l’Algérie des « années noires
» se devaient de connaître. Mal fichu, criant misère,
encombré de dossiers, son cabinet était un lieu de rendez-vous
obligé.
Me Khellili fut l’un des rares à avoir osé défendre
les islamistes alors même qu’il ne partageait pas leurs convictions.
Il dénonça aussi les enlèvements et les disparitions
opérées par les forces de sécurité au mépris
de toute légalité, critiqua les dérives de la justice
de son pays, et fustigea dans ses plaidoiries les « décideurs
» avec une colère qui n’était pas feinte.
Il le fit par conviction et en paya le prix fort. Déserté
par les clients ordinaires apeurés, son cabinet vivotait, contraignant
l’avocat à mener un train de vie des plus modestes.
Les autorités tentèrent à plusieurs reprises de l’intimider.
En 1998, alors qu’il s’apprêtait à participer
à un colloque sur les droits de l’homme en Europe, des policiers
et des militaires firent irruption à son domicile, à Alger.
Après avoir brutalisé les membres de la famille et saccagé
les lieux, ils procédèrent à l’arrestation
de ses deux enfants, dont l’un, Hakim, allait être séquestré
dans un commissariat pendant quatre jours. Hakim était soigné
pour des troubles mentaux.
Le plus étonnant chez Me Khellili était son parcours. Lui,
le dénonciateur de toutes les turpitudes des forces de sécurité,
avait commencé sa carrière comme commissaire de police de
l’Algérie tout juste indépendante. Les injustices
et la corruption l’amenèrent à démissionner
en 1974.
Devenu avocat après avoir repris ses études de droit, Mahmoud
Khellili s’était inscrit au barreau d’Alger en 1980.
Dès lors, son chemin était tracé. On le retrouva
à tous les procès politiques que l’Algérie
a connu. Des « berbéristes » aux islamistes en passant
par les « benbellistes », Me Khellili était à
la barre, incarnant la noblesse d’une profession qu’il a honorée
jusqu’à la fin.
Jean-Pierre Tuquoi
|
|
|