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INTERNATIONAL CRISIS GROUP - COMMUNIQUE DE PRESSE
Le Caire/Bruxelles,
26 juin 2003: Un nouveau rapport ICG publié aujourd’hui
en français, L’Algérie:
Agitation et Impasse en Kabylie, dont une copie est attachée
en pièce-joint, explique que la protestation massive et la violence
qui ont éclaté en Kabylie depuis le mois d’avril
2001 sont bien plus que de simples troubles locaux ou ethniques. Le mouvement des «Coordinations» doit abandonner le recours à la violence afin de regagner l’initiative morale et le soutien du public. Il doit renoncer à empêcher les élections de se dérouler, doit se détacher clairement des Kabyles régionalistes et des sentiments communautaires, et se concentrer sur des objectifs réalistes et réalisables. Il faudrait aussi établir de contactes avec d’autres mouvements et associations de la société civile et inviter les dissidents à réintégrer le mouvement. Le Directeur du projet Afrique du Nord Hugh Roberts affirme: «Les faiblesses du mouvement sont en partie responsables de son incapacité à s’étendre en dehors des limites de la Kabylie et à atteindre ses objectifs principaux. Son échec représenterait un terrible gâchis pour toutes les énergies et bonnes intentions qu’il avait réussi à mobiliser. Les «Coordinations » doivent reconnaître leurs erreurs et prendre une nouvelle direction si elles veulent contribuer à une dynamique démocratique dans le pays.» Le pouvoir et les partis politiques kabyles sont aussi largement responsables. Débordés par les « Coordinations », des partis politiques kabyles ont réagi en projetant leur propre rivalités politiques sur le mouvement. Le pouvoir, paralysé par les divisions internes et la résistance au changement, n’est pas parvenu à réagir de manière efficace aux revendications légitimes, contribuant ainsi à la dégénérescence du mouvement qui, par son radicalisme intolérant et irréaliste, s’est aliéné la sympathie du public. Le Directeur du programme Moyen Orient et Afrique du Nord Robert Malley note que le conflit en Kabylie « reflète le problème fondamental qui afflige l’Algérie depuis son indépendance: l’absence d’institutions politiques adéquates permettant la représentation régulière des intérêts et l’expression pacifique des griefs. Le président Bouteflika a réussi en partie à réduire la rébellion islamiste, à rétablir la position de l’Algérie au niveau international et à redresser les finances de l’état. Il est maintenant temps de traiter le problème du déficit de le représentation démocratique, dans l’intérêt de l’état algérien et des Algériens.» Le gouvernement algérien devrait reconnaître publiquement que le mouvement des «Coordinations» de Kabylie a soulevé des préoccupations légitimes, et confirmer son invitation récente à entamer un dialogue avec le mouvement afin d’adresser leur revendications, en particulier l’indemnisation des victimes des répressions ainsi que le châtiment des gendarmes et des autres membres des forces armées coupables de violations des droits de l’homme. Le pouvoir devrait aussi s’engager à promouvoir les investissements et relancer l’économie de la région. Une des priorités pour le gouvernement serait de renforcer les diverses assemblées élues afin de permettre aux représentants de la population d’avoir un gouvernement responsable. Le rapport en français est maintenant disponible sur notre site internet à l’adresse suivante : www.crisisweb.org
Contacts Media The International Crisis Group (ICG) is an independent, non-profit, multinational organisation, with over 90 staff members on five continents, working through field-based analysis and high-level advocacy to prevent and resolve deadly conflict.
SYNTHESE ET RECOMMANDATIONS
Cette agitation a été significative à au moins trois égards: en tant que conflit local qui a entraîné des coûts humains et matériels considérables; en tant que terrain de manoeuvre du pouvoir et des forces de l’opposition en vue des élections présidentielles qui doivent avoir lieu avant le 15 avril 2004; et surtout en tant que reflet de problèmes nationaux plus généraux. Ce conflit est porteur de dangers pour l’Algérie dans son ensemble, dans la mesure où il aggrave l’instabilité du régime et remet en cause le rapport de la Kabylie à la nation. De manière plus générale, il reflète le problème fondamental qui afflige l’Algérie depuis son indépendance: l’absence d’institutions politiques adéquates permettant la représentation régulière des intérêts et l’expression pacifique des griefs. Depuis l’entrée en fonction du président Abdelaziz Bouteflika en avril 1999, le gouvernement a réussi en partie à réduire la rébellion islamiste, à rétablir la position de l’Algérie au niveau international et à redresser les finances de l’État. Toutefois, d’autres problèmes ont pris le devant de la scène, dont le plus important est la hogra (littéralement «mépris»), terme par lequel les Algériens désignent l’arbitraire des décisions officielles, les abus d’autorité qui se produisent à tous les niveaux, et le fait que les agents de l’État n’ont pas de comptes à rendre et peuvent violer la loi et les droits des citoyens avec impunité. Le mécontentement provoqué par ce problème s’est exprimé avec une vigueur sans parallèle en Kabylie. En réaction aux émeutes qui ont éclaté à la fin du mois d’avril 2001, un nouveau mouvement est né, rassemblant les «Coordinations» de chacune des six wilayas (départements) de la région kabyle. En s’efforçant de canaliser la colère de la jeunesse kabyle dans une forme de protestation politique non violente, ce mouvement a fait preuve au départ d’une aptitude remarquable à mobiliser les citoyens et a éclipsé les partis politiques de la région. Depuis, il domine la vie politique en Kabylie et fait l’objet de controverses intenses. Pour certains, l’agitation a pour cause principale le conflit entre berbéristes et arabistes concernant l’identité culturelle de la Kabylie et donc de l’Algérie. Pour d’autres, ce mouvement repose sur des structures «tribales» (‘aarch) et représente une régression vers des sentiments et formes d’action politique archaïques. La réalité est plus complexe: la question identitaire n’est que l’une de celles abordées par le mouvement. Ses autres revendications, qui sont essentiellement démocratiques, ont occupé pour lui une place plus importante. Par ailleurs, bien que l’accusation de «tribalisme» soit largement dénuée de fondement, le mouvement s’est appuyé sur les traditions locales de la Kabylie d’une manière qui a gravement entravé ses efforts pour exprimer les aspirations modernistes de sa population. Les faiblesses du mouvement sont en partie responsables de son incapacité à s’étendre en dehors des limites de la Kabylie et à atteindre ses objectifs principaux: le châtiment des responsables des mesures de répression excessives infligées aux manifestants durant le Printemps Noir, le retrait de la gendarmerie de la région et la reconnaissance de la langue berbère, le tamazight, en tant que langue officielle, sans mentionner des revendications plus radicales en faveur de la démocratisation rapide de l’Algérie. Débordés par les Coordinations, les partis politiques kabyles ont réagi en projetant leur propre rivalités politiques sur le mouvement. Le pouvoir, paralysé par les divisions internes et la résistance au changement, n’est pas parvenu à réagir de manière efficace aux revendications légitimes, contribuant ainsi à la dégénérescence du mouvement qui, par son radicalisme intolérant et irréaliste, s’est aliéné la sympathie du public. En conséquence, l’agitation n’a suscité aucun progrès en faveur de la démocratie et de l’État de droit et le problème de la hogra, qui a pour origine l’absence d’une représentation politique efficace, persiste. Les Algériens n’exercent presque aucune influence sur la coalition des élites militaires et technocratiques au pouvoir, contre lesquelles ils ne peuvent se défendre, et n’ont de citoyen que le nom. Cette situation est défavorable à l’État lui-même, car elle favorise le mécontentement et la désaffection de la population, qui s’expriment par une tendance aux émeutes, et empêche l’exercice efficace du gouvernement. Dans le cas de la Kabylie, en outre, étant donné la question identitaire, elle a mis l’unité nationale à rude épreuve. RECOMMANDATIONS Au mouvement des Coordinations en Kabylie: 1. Abandonner le
recours à la violence afin de regagner l’initiative morale
et le soutien du public et donner l’exemple: 2. Se concentrer
sur des objectifs réalistes et réalisables: 3. Réaffirmer que le mouvement est indépendant de tous les partis politiques. 4. Établir des contacts avec d’autres associations et mouvements de la société civile, en particulier les associations féminines, les associations professionnelles et les syndicats. 5. Établir des règles qui permettent le débat au sein du mouvement, renoncer à l’ostracisme et à la diffamation des dissidents, et inviter ceux-ci à réintégrer le mouvement. Au gouvernement
Algérien: 7. Confirmer son
invitation récente au mouvement à entamer un dialogue
en invitant formellement la Coordination Interwilayas (CIADC) à
envoyer une délégation afin de discuter des mesures proposées
par le gouvernement; en cas de refus de cette invitation, poursuivre
indépendamment la mise en œuvre d’une série
de mesures, notamment: b. l’indemnisation immédiate et appropriée des victimes des répressions du Printemps Noir et de leurs familles ainsi que la prise en charge intégrale des frais médicaux; c. le châtiment approprié des gendarmes et des autres membres des forces de sécurité coupables d’avoir enfreint leurs consignes concernant l’utilisation d’armes ou d’avoir outrepassé leur autorité d’autres façons durant le Printemps Noir et après; d. une révision des fonctions et des consignes d’ouverture du feu de la gendarmerie nationale; e.l’octroi d’un financement public couvrant intégralement les éléments de base du Centre d’aménagement linguistique en tamazight et invitation aux associations de la société civile et de la communauté algérienne de l’étranger à lui apporter un soutien; et f. la création d’une commission d’enquête parlementaire chargée d’étudier la crise économique de la région de Kabylie, en examinant les informations fournies par les partis politiques (y compris ceux qui ne sont pas représentés actuellement au parlement, notamment le FFS et le RCD), les acteurs économiques et les associations présentes dans les wilayas de Kabylie, ainsi que d’autres experts indépendants, qui fera au gouvernement des recommandations sur les mesures à prendre.
b. en instaurant un nouveau code communal, qui accordera à l’exécutif élu des Assemblées populaires communales (APC) une autorité juridique sur les services administratifs de la commune et abolira le pouvoir accordé au wali (préfet) de renvoyer ou de suspendre les présidents des APC ou d’autres membres élus; c. en instaurant un nouveau code de la wilaya renforçant l’autorité de l’Assemblée populaire de wilaya (APW) élue, par rapport à celle du wali et des officiers des services de sécurité (armée, gendarmerie nationale, sûreté nationale) au niveau de la wilaya; d. en révisant le statut de la daïra ( sous-préfecture) en tant que niveau intermédiaire de l’administration, auquel il n’existe aucun représentation politique élue, et en renforçant l’élément de responsabilité politique intervenant à ce niveau. A tous les
partis politiques de Kabylie: 10. Préparer et publier des propositions concernant l’accroissement des pouvoirs des assemblées élues à tous les niveaux, et faire campagne en leur faveur. 11. Demander la création d’une commission d’enquête parlementaire sur la crise économique que traverse la région de Kabylie et préparer des informations et propositions à lui soumettre. A l’Union Européenne: 12. Soutenir les efforts visant à développer le rôle et les pouvoirs des institutions élues, législatives et représentatives de l’Algérie. 13. En consultation avec les autorités algériennes, et dans le cadre de l’accord d’association, étudier quelle autre assistance peut être fournie, notamment par l’intermédiaire de la Banque européenne d’investissement, pour le financement de projets d’infrastructure et d’autres projets de développement susceptibles de stimuler une relance de l’activité économique en Kabylie et de promouvoir son intégration économique dans le reste de l’économie nationale. Le Caire/Bruxelles, 10 juin 2003 |
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www.algeria-watch.org
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