ALGÉRIE
Les « disparitions » doivent figurer au programme de l’élection présidentielle


Index AI : MDE 28/004/2004
É FAI
Embargo : jeudi 11 mars 2004 (00h01 TU)

Six mois après la création d’un mécanisme destiné à examiner la question des « disparitions », Amnesty International demande à tous les candidats à l’élection présidentielle prévue le 8 avril d’affirmer leur engagement en faveur de la vérité, de la justice et de la réparation pour les milliers de familles dont les proches ont « disparu » en Algérie dans les années 1990.
Amnesty International s’associe à la déclaration faite le 28 février 2004 à la clôture d’un séminaire organisé à Paris par le Collectif des familles de disparu(e)s en Algérie. Ce collectif rappelait que le droit international obligeait l’État algérien à établir la vérité sur les cas de « disparitions », à en traduire les responsables en justice et à accorder des réparations aux victimes.
Le mécanisme ad hoc sur les « disparitions », établi à partir d’un décret présidentiel du 11 septembre 2003, doit servir de lien entre les autorités algériennes et les familles des « disparus ».
Amnesty International relève avec inquiétude que le mécanisme, entre autres faiblesses, ne dispose que de pouvoirs limités pour réunir des informations sur les cas de « disparition » ; il ne dispose d’aucun mandat pour identifier les responsables de ces « disparitions ». En outre, aucun représentant des familles de « disparus » ne figure parmi ses membres. Au vu de ces limitations, l’organisation craint que le mécanisme ne débouche pas sur les enquêtes approfondies, indépendantes et impartiales nécessaires pour donner aux familles des renseignements vérifiables concernant le sort de leurs proches et l’endroit où ils se trouvent. Le mécanisme risque aussi de ne pas mettre fin à l’impunité dont continuent à bénéficier les responsables des « disparitions ».
Entre ce qui peut être accompli dans le cadre du mandat limité du mécanisme, et ce qui doit être fait pour garantir les droits à la vérité, à la justice et à la réparation des familles de « disparus », il existe un gouffre béant. Tous les candidats à la présidence doivent s’engager à le combler sans retard, comme le leur a demandé Amnesty International.

Contexte
Depuis 1992, en particulier entre 1993 et 1998, des milliers d’hommes et de femmes ont « disparu » en Algérie après avoir été arrêtés par des membres des forces de sécurité, ou enlevés par des milices armées par l’État. Amnesty International a recueilli des informations faisant état d’environ 4 000 cas de « disparition ». L’organisation reconnaît néanmoins que ses dossiers sont loin d’être exhaustifs et que le nombre réel de « disparitions » pourrait donc être plus élevé. Ces violations, de par leur généralisation et leur caractère systématique, constituent pour Amnesty International un crime contre l’humanité.

Depuis 1998, des familles de « disparus » organisent régulièrement des manifestations pacifiques devant des institutions d’État dans différentes villes algériennes, pour protester contre l’indifférence des autorités vis-à-vis de leurs préoccupations. Ces familles se sont également organisées en associations pour coordonner leur travail militant ; mais à ce jour, elles n’ont pas réussi à les faire enregistrer légalement.

La question des « disparitions » n’est qu’un aspect de l’héritage traumatisant de plus d’une décennie de violence, pendant laquelle des groupes armés ainsi que les forces de sécurité et les milices armées par l’État se sont rendus responsables de violations massives des droits humains. Pour de plus amples informations, voir le dernier rapport d’Amnesty International Algérie. Mesures prometteuses ou simples faux-fuyants ? (index AI : MDE 28/05/2003), publié le 16 septembre 2003, et le communiqué de presse Algérie. Le nouveau mécanisme sur les « disparitions » doit déboucher sur des enquêtes approfondies. (index AI : MDE 28/010/2003), publié le 22 septembre 2003.

Pour obtenir de plus amples informations, veuillez contacter le Service de presse d'Amnesty International à Londres, au +44 20 7413 5566, ou consulter le site http://www.amnesty.org

 

 
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