Amnesty international :«L’État algérien a failli...»

El Watan, 1 mars 2003

Les autorités sont davantage disponibles au dialogue, par rapport à notre visite en 2000. Mais la situation des droits humains en Algérie n’a pas avancé.

L’impunité des responsables de tueries et de disparitions reste toujours de mise. C’est grave», a déclaré, jeudi, Roger Clark, chef de la mission d’Amnesty International (AI) en visite en Algérie jusqu’au 3 mars, lors d’une conférence de presse à l’hôtel El Djazaïr à Alger. «Nous avons eu connaissance des réformes engagées dans la justice, l’éducation, les statuts sociaux. La question est de savoir si ces changements se traduiront en mécanismes réels de protection des droits de l’homme. Cela dépend de la volonté de ceux qui sont au pouvoir», a-t-il nuancé. «La société doit être courageuse pour ouvrir le débat et s’attaquer aux questions pénibles afin de trouver des solutions», a-t-il ajouté . Disparitions forcées, torture, actes terroristes, assassinats des manifestants en Kabylie, et autres violations des droits humains: le constat des membres de la mission de AI est sans appel. «L’Etat algérien a failli dans l’établissement de la vérité et de la justice», ont-ils insisté. «Les enquêtes sur les disparitions forcées n’ont pas été faites. Les familles de disparus doivent connaître la vérité et savoir qui en est responsable», a soutenu Uta Simon. Farouk Ksentini, président de la Commission nationale consultative pour la protection et la promotion des droits de l’homme, a indiqué à la délégation de AI «la disponibilité» de l’Algérie à accueillir un groupe de travail onusien sur les disparitions forcées. L’Algérie a refusé la visite des rapporteurs spéciaux de l’ONU sur la torture, les exécutions extrajudiciaires et les disparitions forcées. Roger Clark s’est dit choqué par les procédés dépassés employés par les autorités dans les recherches au niveau du charnier de Haouch Hafiz, près de Larbâa, dans la banlieue d’Alger. Les services concernés ont assuré à la mission de AI que des dispositifs d’expertise solides seraient prochainement mis en place. «Quelle que soit la raison de ces décès, la vérité doit être établie», a ajouté Clark qui a tenu à condamner l’attentat de mercredi à Ahmer El Aïn qui a fait 12 morts. Les mauvais traitements et la torture avec les procédés du chiffon et de l’électricité restent «répandus et réguliers», selon Roger Clark citant des témoignages récents de victimes et d’avocats. Des pratiques quasi systématiques dans les cas d’accusations ou de soupçons liés au terrorisme, a-t-il précisé. Philip Luther a observé que le droit du détenu algérien à un médecin de son choix pour une expertise est complètement ignoré par les autorités, en dépit des réformes introduites au code de procédure pénale. Les membres de AI, qui ont visité Tizi Ouzou mercredi dernier, ont relevé que la situation en Kabylie était «grave et loin d’être résolue». «Les autorités n’ont rien entrepris malgré les recommandations de la commission d’enquête de Mohand Issad», a rappelé Luther. Les autorités ont informé la délégation que 23 gendarmes ont été jugés. «Mais les militants des droits de l’homme et les avocats rencontrés n’en ont pas été informés. Ou bien c’est un problème de communication, ou bien ces procès n’ont jamais eu lieu», a-t-il enchaîné. Ksentini a indiqué que AI «serait la bienvenue lors du déroulement d’un procès dans un tribunal militaire». Théoriquement, les audiences dans ces juridictions sont publiques. Les responsables de la formation et de la justice militaire au niveau du ministère de la Défense nationale ont refusé de rencontrer les représentants de AI. Les raisons restent inconnues. «Peut-être qu’à l’avenir ils seront disponibles», a souhaité Roger Clark..

Par Adlène Meddi

--------------------------------------------------------------------------------

Rencontre avec les familles de disparus à Relizane

Une délégation d’Amnesty International, conduite par Roger Clark, a rencontré durant la journée des parents de disparus de la wilaya de Relizane.

Les membres de l’ONG, qui ont fait preuve d’une discrétion exemplaire, ont entendu les témoignages des familles de disparus locaux. A noter que la délégation d’Amnesty International a également pris note du témoignage de deux parents de disparus originaires de la wilaya de Mostaganem, en l’occurrence les familles de Boudahri Kamel, universitaire né en 1977, et Briki Mohamed, enseignant, qui n’ont plus donné signe de vie, selon leurs parents, depuis leur arrestation le 13 novembre 2002 à Mostaganem.Les membres de l’ONG seront aujourd’hui à Oran. A noter également que M. Roger Clark s’est refusé à faire toute déclaration aux représentants locaux de la presse.

Par M. Seghier

---------------------------------------------

Conférence de presse à Alger d'Amnesty International

« Le dossier des droits de l'Homme n'a pas avancé »


Le Matin, 1 mars 2003

Le gouvernement algérien se montre plus disposé au dialogue, pas forcément au changement. C'est ainsi qu'Amnesty International, en Algérie pendant une semaine, analyse l'attitude du Pouvoir à l'égard de la question des droits humains. Conduite par Roger Clarck, directeur du programme Afrique, la délégation dépêchée par l'ONG affirme qu'en dépit d'un nouvel « esprit de concertation » qui laisse entrevoir « une relative ouverture » sur le débat des droits de l'Homme, le gouvernement algérien n'affiche pas une réelle ni sincère volonté de mettre fin aux atteintes aux libertés et aux droits des personnes.
« Nous constatons que le dossier des droits humains n'a pas avancé », soulignera Roger Clarck. Derrière l'accueil protocolaire et parfois un discours novateur, les émissaires d'Amnesty ont donc constaté le statu quo : la vérité due aux familles des disparus leur est toujours refusée, l'impunité est encore garantie aux responsables des disparitions, les mauvais traitements dans les lieux de détention et la torture demeurent des pratiques régulières et largement répandues, et la gestion de la crise en Kabylie échappe aux règles du droit.
Les entretiens que les six membres de la délégation ont eus avec les représentants des ministères de la Justice, de l'Intérieur et de l'Education nationale n'ont pas démenti ces faits. D'ailleurs, fera remarquer le chef de la délégation, à défaut d'apporter « des réponses », le gouvernement a fourni « des commentaires » aux préoccupations exprimées. Sur le fond, rien d'essentiel ni de capital n'a été dit. Pis, les interlocuteurs n'ont cessé d'aller d'échappatoire en faux-fuyant, jusqu'à introduire le doute sur l'exactitude de certaines informations. A propos de la désignation des responsables qui ont ouvert le feu sur les manifestants en Kabylie, la délégation d'Amnesty s'est vu répondre que la justice a suivi son cours. Vingt-trois gendarmes ont été jugés et condamnés à des peines allant de deux ans de prison ferme à quelques mois de prison avec sursis, lui a-t-on affirmé. Mais la délégation fut bien étonnée qu'aucun avocat ni aucune autre personne n'ait entendu parler de ces procès. Problème de communication ou fausse information ?
Pour sa part, le MDN s'est évité ce genre d'embrouilles simplement en gardant un silence radio. Les enquêteurs d'Amnesty se sont vu refuser l'invitation au ministère de la Défense. Ils souhaitaient y rencontrer des officiers chargés de la formation militaire et des experts en matière de justice militaire.
Néanmoins, cette mission d'Amnesty International repart avec l'espoir que les assurances qui lui ont été faites ne seront pas des mots creux. Mais Roger Clarck dit qu'il est « trop tôt pour juger de la réelle volonté politique » de réformer la justice de telle manière à garantir les droits individuels et collectifs ; de manière à répondre au légitime désir de vérité et de justice des familles des disparus et des victimes de la répression en Kabylie. Il veut aussi croire au projet du gouvernement de diligenter, à l'avenir, des enquêtes scientifiques pour l'identification de restes humains, suspectés être de personnes disparues.
Au dernier jour de sa visite en Algérie, la délégation d'Amnesty International a rencontré Farouk Ksentini, président de la commission des droits de l'Homme. Ce dernier leur a affirmé que le groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées « sera le bienvenu en Algérie ».
Katia Debbouz


 
Version imprimable
 
www.algeria-watch.org