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Ali
Merabet, président de SOMOUD (association
des personnes enlevées par les terroristes) à Liberté
“
L’identification des ossements est nécessaire”
Entretien
réalisé par Nadia Mellal, Liberté, 31 juillet 2004 Liberté : Comment réagissez-vous à la découverte,
jeudi dernier, du charnier d’Oued Boulbane dans la région
de Blida, vous qui avez de tout temps revendiqué la recherche
et l’ouverture de ces charniers ?
Ali Merabet : Effectivement nous avons toujours revendiqué l’ouverture
des charniers. C’est pour cela d’ailleurs que nous avons
fait un travail avec la commission Ksentini sur cette question. Malheureusement,
Ksentini n’a pas accordé beaucoup d’importance à l’ouverture
des charniers.
Pourquoi dites-vous
que Ksentini n’a pas accordé de l’importance à l’ouverture
des charniers ?
Parce que nous avons eu un premier entretien avec Ksentini, il y a vingt
jours de cela, autour de cette question, suite à ses déclarations
selon lesquelles il était prêt à écouter les
repentis sur les enlevés par les terroristes. Cet entretien, nous
l’avions eu en présence d’un repenti. Malheureusement,
Ksentini n’avait pas pris en considération les déclarations
du repenti sur l’emplacement des charniers. Il nous a seulement
demandé de rester en contact avec lui et d’élaborer
un travail de réflexion sur la manière de régler
cette problématique.
Ensuite, il nous a exigé la liste des cas de personnes enlevées
par les terroristes en notre possession. Il a, en plus, accordé beaucoup
plus d’importance à cette liste qu’à notre
vision de règlement du problème des personnes enlevées
par les Groupes islamiques armés (GIA).
On a compris, de ce fait, que cette commission ne voulait que garnir
son rapport avec notre liste. Ksentini ne voulait pas en plus un règlement
au cas par cas des personnes enlevées par les terroristes.
Qu’appelez-vous le règlement au cas par cas du problème
des personnes enlevées par les terroristes ?
C'est-à-dire que chaque cas d’enlèvement par les
terroristes doit être traité isolément.
Je vous donne l’exemple de mon cas : mes deux frères ont été enlevés
par les terroristes. Il y a un repenti qui détient toutes les
informations sur l’enlèvement, la torture et l’assassinat
de mes deux frères. Ce repenti m’a bien confirmé qu’il
a vu mes deux frères torturés puis assassinés. Ksentini
n’a pas été intéressé par ces propos.
C’est pour cela qu’on a conclu que le président de
la Cncppdh ne veut pas travailler au cas par cas. Je lui ai alors demandé s’il
voulait travailler de manière globale sur les enlevés par
les terroristes à l’échelle nationale, il n’a
qu’à consulter la liste disponible au ministère de
l’Intérieur sur l’ensemble des enlevés par
les terroristes. Mais paradoxalement, Ksentini s’intéresse
particulièrement à notre liste dans laquelle ne sont recensés
que les enlevés de trois wilayas : Alger, Tipasa et Blida. Ce
que nous ne comprenons pas.
Mais la découverte du charnier de jeudi vous procure-t-elle quelques
satisfactions, compte tenu de la nature de vos revendications à ce
sujet ?
Vous savez, j’ai suivi depuis 1996 l’ouverture des charniers.
Et à chaque fois qu’il y a découverte d’un
charnier, il n’est pas suivi d’une identification des ossements.
L’exemple le plus illustratif que je vous donnerai est celui du
charnier d’El-Hamiz en 1998 où 103 ossements de personnes
ont été découverts. Et depuis ce jour-là,
aucune identification d’ADN n’a été effectuée.
C’est pour cela que le plus important est que toute découverte
de charnier soit suivie d’une identification pour que les familles
aient des informations sur leurs enfants et fassent le deuil. Je serai
satisfait le jour où toute ouverture de charnier sera suivie d’une
identification.
Existe-t-il,
selon vous, des mécanismes efficaces de règlement à ce
problème de charniers ?
Nous avons toujours essayé de transmettre nos propositions à ce
sujet aux autorités et à la présidence de la République.
Nous avions revendiqué l’installation d’une commission
d’experts et de représentants d’ONG locales qui s’occupent
des enlevés par les GIA ainsi que l’installation d’un
laboratoire scientifique. À ce propos, nous avons exigé à ce
que les autorités soient à la disposition de cette commission.
Pour vous montrer l’efficacité de notre démarche,
je vous dirai qu’uniquement dans la région de Sidi Moussa
(Blida), j’ai élaboré un plan détaillé sur
les charniers. Grâce à l’aide des paysans de cette
région, j’ai pu identifier dix-sept charniers. Deux seulement
parmi eux ont été ouverts, mais malheureusement l’identification
n’a pas été faite.
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