Ould Abbas à Skikda

La colère des veuves

El Watan, 26 avril 2006

Je suis venu vous présenter les condoléances du président de la République. Le jour du massacre, il se trouvait à l’étranger, et hier il m’a chargé personnellement de vous transmettre ses condoléances ainsi que celles du gouvernement suite au malheur qui vient de vous frapper. »

C’est en ces termes que le ministre de la Solidarité, Djamel Ould Abbas, a débuté une courte allocution prononcée lors de sa rencontre avec les veuves et les familles des dix victimes de l’embuscade terroriste de Tamalous. « Je viens à vous dans des conditions difficiles et dans une conjoncture imprégnée de la politique de la concorde. Je ne suis pas venu discourir mais seulement vous témoigner la compassion du gouvernement. » Visiblement ému, M. Ould Abbas tiendra cependant à réitérer la volonté de l’Etat de consolider la loi sur la concorde avant de déclarer : « Nous combattrons cependant le terrorisme. » Par la suite, le ministre reviendra sur les décisions fermes déjà en application afin de subvenir aux besoins des familles des victimes. Ainsi, il a été décidé de prendre en charge tous les besoins des orphelins jusqu’à leur majorité. Les veuves devraient, selon les garanties avancées sur place, bénéficier d’un logement. A la fin, le ministre a demandé à s’entretenir avec ces veuves. Ces dernières se permettront de vider leur hargne et leur douleur et, tout en pleurs, elles sont revenues sur leurs difficiles conditions de vie en révélant : « On n’a même pas pu acheter les linceuls de nos maris qui ont vécu pauvres et sont partis pauvres. » L’une d’elles émeuvra beaucoup les présents en racontant que son regretté mari rentrait le jour de l’embuscade pour voir sa petite fille qui venait de naître. Le ministre parviendra difficilement à retenir ses larmes au moment où deux pères des victimes pleuraient à chaudes larmes. Les veuves, d’une humilité exemplaire, sont toutes revenues sur les circonstances du massacre. « Nous considérons leur mort comme étant une volonté divine, mais nous ne pardonnerons pas à ceux qui les ont laissés rentrer par leurs propres moyens et sans armes. » C’est le même discours chez les parents des victimes qui criaient de rage : « Si seulement mon fils avait son arme sur lui, il se serait au moins défendu ou protégé un autre et même s’il serait mort, il l’aurait été au moins en combattant », ne cessait de répéter un parent. Ce fait a constitué l’essentiel des déclarations des familles et aussi de la population de Tamalous. D’ailleurs, une source sûre a confirmé qu’une commission d’enquête a été déléguée par la 5e Région militaire afin de revenir sur les circonstances de cette tuerie. Cette source s’explique très mal le fait que le chemin menant du village Chréa à Tamalous ne soit pas sécurisé, malgré qu’il ait connu une action identique il y a moins d’une année. « C’est un manque de vigilance », conclut la même source qui consolide cette thèse par le fait que depuis la première tuerie qui avait, à l’époque, fait trois morts parmi les gardes communaux du même détachement, on continuait à transporter les éléments dans le moyen de transport qui arpente régulièrement cette route. Une façon de dire que le J9 qui a fait l’objet de l’embuscade meurtrière de dimanche dernier, était devenu par la force de l’habitude et aussi par l’identité de ses passagers une cible à la portée des terroristes.

K. Ouahab

   
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