|
|||||
|
Dossier des disparus Les vérités controversées de Me KsentiniLe Jour d'Algérie, 3 avril 2005 Ce rapport est-il donc élaboré uniquement pour donner une chance de plus pour l’amnistie ? 6 146 disparitions sont le fait des «agents de l’Etat». Voila l’unique conclusion contenue dans le rapport du comité ad hoc sur les disparus remis jeudi au président de la République. Le comité installé en septembre 2003 aura donc travaillé d’arrache pied pendant près de 18 mois pour établir cette «vérité». La balle est désormais dans le camp des autorités qui doivent dire «cette vérité» aux familles des disparus. Même si pour l’heure, aucune voix officielle n’est venue commenter les conclusions de ce rapport, il n’en demeure pas moins que les commentaires et autres appréciations vont bon train. A se fier aux déclarations de Me Ksentini, à travers la presse notamment, beaucoup de zones d’ombre et d’ambiguïtés subsistent. Celles-ci concernent la méthode de travail de ce comité, ses conclusions et ses recommandations. Ainsi, après avoir déclaré précédemment que l’établissement des listes des disparus a été facile, les données étant «d’une simplicité coranique», Me Ksentini se dédira en se plaignant de l’impossibilité d’établir la vérité sur un cas de disparition qui remonte à 1992 ou 1993 en l’absence d’archives, de documentation et de témoignages directs. Toujours concernant l’établissement de ces listes, il affirmera dans un premier temps s’être basé sur les témoignages des proches des disparus pour ensuite, une fois son rapport remis, déclarer s’être basé uniquement sur les rapports de la gendarmerie et que les chiffres avancés par les différentes associations sont infondés. Alors, témoignages des proches ou rapports de la gendarmerie ? Me Ksentini est donc tenu, lui-même, de dire «la vérité» à l’opinion publique, mais surtout aux familles des disparus. Quant à la conclusion principale du rapport et au-delà du nombre de disparus avancé, il est tout à fait facile de connaître les noms des «agents de l’Etat» auteurs de ces disparitions, si, comme il le déclare, les investigations ont été faites sur la base des rapports de la gendarmerie. Concernant les deux principales recommandations émises par Me Ksentini dans son rapport, et qui sont l’obligation pour l’Etat de dire «la vérité» aux familles des disparus et l’indemnisation de ces dernières, les déclarations de Me Ksentini restent, là aussi, ambiguës. Me Ksentini est affirmatif lorsqu’il nie l’existence de lieux de détention secrets, mais entretient un certain flou autour du devenir de ces personnes qu’il innocente de tout crime par ailleurs, lorsqu’il déclare avoir une idée sur leur devenir et préfère laisser l’Etat s’en occuper. Quelle «vérité» l’Etat doit-il donc dire à ces familles, si comme l’affirme Me Ksentini, toutes les personnes arrêtées dans le cadre de la lutte antiterroriste ont été relâchées? Me Ksentini se doute-t-il qu’on lui a caché quelque chose ? Le deuxième volet des recommandations de Me Ksentini prête aussi à équivoque. En effet, ce dernier a affirmé sur les ondes de la Chaîne II que sa commission a invité les 6 000 familles de disparus qu’elle a auditionnées à déposer plainte auprès de la justice. Mais une plainte contre qui ? Contre l’Etat ou contre «des agents de l’Etat» qui demeurent non identifiés ? Me Ksentini ne le précise pas. Comme il déclare que 75% des familles acceptent d’être indemnisées pour ensuite affirmer que celles qui n’acceptent pas d’indemnisations peuvent recourir à la justice ? Le recours à la justice aura-t-il lieu avant ou après l’indemnisation ? Mais pour qu’il y ait indemnisation, il faut d’abord qu’il que la responsabilité par l’Etat soit prouvée. Enfin, en partisan de l’amnistie générale, Me Ksentini avoue souhaiter que celle-ci profite aussi à ces «agents de l’Etat» et se fasse avant l’été. Mais n’a-t-il pas déclaré auparavant que l’identification des auteurs de disparitions prendra du temps ? Sur un autre plan, Me Ksentini considère les personnes enlevées par les terroristes comme étant des victimes du terrorisme dont les familles, après attestation du décès, doivent bénéficier d’une indemnisation en tant que telle. Or comment peut-on établir cette attestation de décès alors qu’aucun charnier n’a pour l’heure été ouvert ? Ksentini ne dit pas comment. Toutes ces contradictions et ces incohérences avancées par le président de la CCPPDH suscitent plus d’interrogations qu’elles n’apportent de réponses et contribuent à installer le doute au sein des familles des disparus et de l’opinion en général. Boudjemaâ Medjkoun |
|||||
|
www.algeria-watch.org
|
|||||