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SIT-IN
DES FAMILLES DES DISPARUS
«
Nous exigeons justice et vérité»
L'Expression,
09 septembre 2004
Aucun responsable
n’y était pour prendre acte de leurs
doléances.
Répondant à l’appel de l’association SOS Disparus,
des dizaines de familles de disparus se sont rassemblées, dans
la matinée d’hier, devant le siège de la Commission
nationale consultative de protection et de promotion des droits de l’homme
(Cncppdh) que dirige M.Ksentini. Y ont été conviés
des militants de l’Association nationale des familles de disparus
(Anfd), histoire de «prouver qu’on n’a aucun différend
avec cette association et son absence au rendez-vous d’hier (le
point de presse d’avant-hier) n’était motivé par
aucune divergence», insiste Hacène Ferhati, l’un des
animateurs du collectif SOS.
Autre fait frappant: le portrait du frère de M.Djamel Merouane
a été brandi au milieu de ceux du reste des disparus. Le
geste se voulant, nous déclare Ferhati, «un discrédit
vis-à-vis de Merouane qui veut marchander le sang de son frère,
mais également notre honneur, contre un milliard de centimes».
Sous un soleil de plomb, les protestataires se sont immobilisés
devant le siège de la Cncppdh toute la matinée. Aucun responsable
n’y était pour prendre acte de leurs doléances. Ce
rôle a été dévolu...aux rares journalistes
présents sur les lieux. Malgré le silence des autorités,
l’indifférence de la quasi-totalité des formations
politiques et la démobilisation progressive de la société civile,
SOS Disparus ne jure que par l’intensification des sorties publiques
jusqu’à ce que «notre combat aboutisse». Comment?
Une quadrature du cercle. Les contestataires exigent le «relâchement» des
leurs «sains et saufs», l’Etat n’affiche pas
des dispositions, du moins à travers ses réactions, à même
de satisfaire une telle condition; Ksentini a déjà annoncé la
couleur en déclarant que l’Etat ainsi que la Cncppdh ne
bénéficient point de l’appui nécessaire des
associations représentatives des familles des disparus afin de
clore positivement le dossier dans les meilleurs délais.
Les deux parties elles-mêmes savent pertinemment qu’un consensus
est quasiment utopique à présent que l’une tire à hue
et l’autre à dia. L’étude minutieuse de tous
les cas des disparus, l’ouverture synchronique de l’ensemble
des charniers, l’identification des ossements ainsi que l’installation
des commissions d’enquête ne peuvent nullement aider à exorciser
les vieux démons comme voulu par le gouvernement à la faveur
de la démarche réconciliatrice, initiée par le chef
de l’Etat.
Une réconciliation à laquelle les associations des victimes
du terrorisme, SOS Disparus comprise, opposent une résistance
indomptée. Pour elles, tout terroriste candidat à la grâce
amnistiante doit impérativement être traduit devant les
tribunaux afin qu’il statue sur son cas.
Plus grave encore, certaines des victimes de la décennie rouge
estiment que l’Etat «a réhabilité des éléments
armés dans leurs droits au détriment des nôtres».
Elles affirment que «des terroristes notoires, trempés de
sang des pieds jusqu’au cou» ont pu redevenir des citoyens
normaux sans être «inquiétés le moins du monde».
Force est de reconnaître que le contexte dramatique vécu
par tout un pays, et qui a laissé dans son sillage des milliers
de victimes ne peut être cicatrisé en un laps de temps assez
réduit.
Samir SADOUN
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