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FAMILLE DE DISPARUS
Une
indemnité et
des interrogations
L'Expression,
24 août 2004
Deux associations soupçonnent le gouvernement de vouloir clore,
ainsi, le dossier.
Après Farouk Ksentini, Ali Yahia Abdenour, c’est au tour,
actuellement, du mouvement associatif de s’exprimer, plus explicitement,
sur le sujet. L’«indemnité» que propose, depuis
plus d’un mois, la commission ad hoc sur les disparus en faveur
des familles des victimes, a semé un climat de tension parmi ces
derniers. Les associations de défense des droits de familles des
disparus sont montées au créneau pour faire part de leurs «inquiétudes».
Elles se posent de nombreuses questions notamment sur le flou qui entoure
les tenants et les aboutissants de la campagne publique que dirige Farouk
Ksentini, président de la Commission nationale consultative pour
la promotion et la protection des droits de l’homme. C’est
aussi l’homme qui préside la commission ad hoc sur les disparus.
Dans un communiqué qui nous été adressé hier,
SOS disparus et le Collectif des familles de disparus soupçonnent
le gouvernement de tout faire pour clore, définitivement, le dossier
qui «irrite». Une accusation qui, rappelle-t-on, avait été adressée
au président de Cncppdh au lendemain de la conférence qu’il
avait animée, il y a quelque temps, au Centre de presse d’El
Moudjahid. Chose que ce dernier, avait catégoriquement rejeté au
cours d’une entrevue qu’il avait accordée à L’Expression.
Sur un ton acerbe, les animateurs des deux associations s’interrogent,
dans la lettre, sur les suites que donnera le gouvernement, à cette
affaire, sachant que les familles qui s’en plaignent sont de plus
en plus nombreuses. «Beaucoup parmi elles (les familles) ont signé le
questionnaire (de l’indemnité) et se rendent compte...qu’ils
ne savent pas réellement ce à quoi ils ont souscrit.» «D’autres
ayant demandé à obtenir une copie du questionnaire rempli,
se sont vu opposer une fin de non-recevoir», lit-on, encore dans
la missive.
Mais le soupçon le plus pesant, que révèlent les
deux entités associatives, concerne, de plus près, les
responsables de la commission publique. Il leur est reproché, à en
croire les révélations évoquées, d’insister
auprès les familles qui ont refusé l’indemnité.
Ils font appel à d’autres proches des familles concernées,
pour que la somme leur soit versée, coûte que coûte.
Par exemple: «Une épouse de disparu qui refusait de signer
pour les indemnisations s’est entendue déclarer que la commission
convoquerait son beau-père.»
Mais avant que soient polarisées les critiques sur les «zones
d’ombre» de la démarche de Ksentini, les responsables
des associations ont soulevé d’autres interrogations à propos
des aides financières dont la nature n’a pas été, à ce
jour, dévoilée: «S’agit-il d’une simple
aide ‘‘sociale’’ pour les familles ou d’une
indemnité pour solde de tout compte?», accréditant
l’hypothèse de la «détermination» de
l’Etat à mettre fin à une question dans laquelle
ont été clouées au pilori ses propres institutions.
D’où la crainte de voir les pouvoirs publics «minorer
les familles qui refusent l’indemnisation» et, par là même,
les associations, comme SOS Disparus et le Cfda qui s’«obstinent» à vouloir
faire éclater la vérité.
Parce qu’engagées, corps et âme, dans leur combat,
les deux associations affirment maintenir «jusqu’au bout» leur
opposition à toute tentative de clôturer le dossier avant
que «les autorités n’aient entamé un véritable
processus de responsabilisation à la découverte de la vérité et
l’établissement de la justice», conclut le communiqué.
Abondant dans le même sens, l’Association nationale des familles
des personnes disparues (Anfd), dénonce, à son tour, le
fait que l’Etat cherche, à travers la «répression» l’«intimidation» et
l’«achat des consciences» à enterrer l’affaire.
Selon le communiqué de l’Anfd, parvenu hier à notre
rédaction, la commission de Ksentini s’apprêterait à s’immiscer
dans les affaires internes de l’association en créant un
mouvement de dissidence au sein des militants. Une action que dénoncent,
sans ménagement, les responsables de l’Anfd.
Pis encore, ces derniers se sont élevés aussi contre l’interpellation
d’un membre de leur bureau, M.Hamitouche Slimane, par des policiers
alors qu’il se trouvait, poursuit la lettre, au niveau du siège
de la Cncppdh à Alger. Ces derniers l’auraient immédiatement
conduit dans le bureau de M.Bousseta, membre de la commission ad hoc,
où il a fait l’objet de «menaces» par la personne
précitée..
Amine GOUTALI
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Les
familles des disparus rejettent les indemnités
La
commission Ksentini au pied du mur
Par
Samia Lokmane , Liberté, 24 août 2004
Trois
associations tiennent aujourd’hui une conférence de
presse pour demander à ce que toute la lumière soit faite
sur les disparus de la décennie terroriste.
L’affaire des disparus continue à faire des vagues. Trois
organisations, l’Association nationale des familles de disparus,
SOS disparus et le Collectif des disparus, se sont exprimées,
hier par voie de presse, la première pour dénoncer l’interpellation
dimanche d’un de ses représentants au siège de la
Commission nationale consultative de protection et de promotion des droits
de l’Homme (Cncdpdh) et les secondes afin de protester contre la
démarche de la Cncdpdh visant l’indemnisation des familles
affectées par les fameuses disparitions, intervenues essentiellement
durant la dernière décennie.
Dans un communiqué transmis à la rédaction, les
deux organisations font montre d’un grand scepticisme quant au
contenu et à la finalité des consultations entamées
depuis un mois par l’instance de Farouk Ksentini. Elles y décèlent
une volonté sournoise d’enterrer ce dossier épineux
grâce au dédommagement matériel des familles. “Les
mères et épouses qui ont refusé d’être
indemnisées se sont vu signifier que la commission convoquera
un autre membre de la famille, plus coopératif”, déplorent
les associations. Faisant écho des multiples plaintes, elles révèlent,
par ailleurs, que les familles convoquées au siège de l’ex-Ondh
ont signé au bas de questionnaires dont elles ignorent le contenu. “Ceux
qui ont voulu obtenir une copie se sont vu opposer une fin de non-recevoir”,
soutiennent les auteurs du communiqué. Ils assimilent ces formulaires à des
décharges par lesquelles les familles abandonneront leur quête
de la vérité. “L’établissement de la
justice” est pourtant leur priorité. C’était
aussi le leitmotiv du chef de l’État à son investiture,
puis à l’installation du comité ad hoc, il y a une
année. Or, force est de constater que ce comité a dévié de
sa mission.
À
six mois de l’expiration du délai, qui lui a été imparti,
il a non seulement échoué à retrouver les traces
des disparus, mais se contente, aujourd’hui, de proposer réparation à leurs
familles.
Désigné à sa tête, le président de
la Cncdpdh se limite encore à des présomptions.
Lors de son intervention, il y a quelques semaines, au Forum du
quotidien El Moudjahid, Me Ksentini a défoncé des portes ouvertes.
Selon lui, si les disparitions sont le fait de groupes terroristes, elles
impliquent également des éléments des forces de
sécurité.
Néanmoins, celles mettant en cause des agents de l’État
relèvent à ses yeux “d’actes isolés”. “L’État
est responsable mais pas coupable”, avait-il souligné. Sur
la culpabilité des terroristes, il avait indiqué que des
repentis ont été mis à contribution afin de localiser
des charniers.
Cette dernière déclaration a tôt fait de provoquer
l’ire des associations susmentionnées qui soutiennent mordicus
que les personnes portées disparues ont été interpellées
par des éléments des forces de sécurité pour
leur lien avéré ou présumé avec les groupes
subversifs. La polémique ne s’arrête pas là puisque
le nombre des disparus est également sujet à controverse.
Selon Ksentini, 5 200 cas sont recensés. De leur côté,
les associations parlent de 8 000.
---------------------- L’argent
de la discorde
Par Hassan Moali
Liberté, 24 août 2004
Une année après son installation, le comité ad hoc
n’a rien trouvé de mieux à offrir aux familles des
disparus.
Le très polémique dossier des disparus revient encore cette
semaine sur le devant de la scène, à l’occasion d’une
option de réparation que le gouvernement semble prendre, définitivement,
pour en finir avec cet encombrant contentieux de la décennie rouge.
Argent contre deuil semble être la devise que propose le mécanisme
ad hoc présidé par Farouk Ksentini aux familles de ces
personnes disparues. Installé il y a presque une année
par le président de la République, en vue d’enquêter
pour faire la lumière sur ces disparitions, cette structure peine
apparemment à rendre son verdict. Impatientes, les familles, qui
ont cru faire enfin le deuil de leurs proches, montent encore une fois
au créneau pour revendiquer le droit d’avoir des renseignements
sur le sort de leurs enfants.
Des renseignements que l’organisme de Ksentini ne semble pas capable
de fournir, du moins jusque-là, dans la mesure où aucune
avancée notable n’a été enregistrée
depuis une année dans la recherche de la vérité.
Pourtant, à son installation, le président de la République
s’est engagé solennellement devant le peuple algérien
que son comité ad hoc allait élucider ce dossier quels
qu’en seraient les coupables.
Mais l’optimisme de certaines familles a vite cédé la
place à l’inquiétude. Les rassemblements devant le
siège de la Commission des droits de l’Homme à Alger
ont repris de plus belle comme au bon vieux temps. Tous les jours des
vieilles femmes prennent place devant l’édifice espérant être
reçues par les collaborateurs de Ksentini.
N’ayant visiblement rien à leur dire, les membres de la
commission laissent faire sans broncher. Pendant ce temps, l’option
des indemnités fait son bonhomme de chemin dans le discours officiel.
Le président du comité ad hoc ne s’en est pas caché lors
de son passage au forum d’El Moudjahid en laissant entendre que
c’était l’unique “solution” à ce
problème justement insoluble à ses yeux. Mieux, Ksentini
s’est fait l’avocat des autorités en estimant que “l’État
n’est pas coupable mais responsable”. Or, ce n’est
point ce que réclament les familles des disparus.
Ces mères, éplorées par la disparition de leurs
enfants, demandent seulement qu’on leur dise s’ils sont morts
ou vivants et, le cas échéant, leur indiquer le lieu de
leur enterrement pour pouvoir enfin enterrer avec eux leurs espoirs.
Il est, en effet, clair que le propos ici n’est pas tant de savoir
qui est responsable de ces disparitions qui eurent lieu dans une période
extrêmement difficile. La guerre étant par définition
sale avec ses règlements de comptes et ses dépassements,
mais soutenir que toutes les disparitions aient été l’œuvre
des services de sécurité équivaudrait à enfourcher
le cheval du “qui tue qui ?” qui projetterait inévitablement
ce dossier dans l’arène politique. Cela ne dédouane
pas pour autant les autorités de leur devoir de faire en sorte
que ces familles connaissent enfin le sort des leurs morts ou vivants,
comme le leur dicte la Constitution. Le comité ad hoc a-t-il bénéficié de
tous les moyens pour la recherche de la vérité ? A-t-il
subi des pressions pour enterrer ce dossier ? Ce sont toutes ces questions
que se posent ces familles qui refusent d’encaisser l’argent
qu’on leur propose. Pour elles, c’est une question de principe
que de vouloir savoir où sont passés leurs enfants, comme
cela leur a été promis par le président Bouteflika.
Et les indemnités devraient venir en aval du processus de réparation
et non pas en amont comme cela semble être le cas. Une situation
qui arrange parfaitement les tenants du “qui tue qui ?” pour
rebondir en ce sens que “la solution de l’argent” sera
vite assimilée à une volonté de cacher la vérité aux
familles qui ne demandent certainement plus pour remuer le couteau dans
la plaie.
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