Rédha
Malek, ancien chef de gouvernement au JI :
«Je suis prêt à rencontrer
Farouk Ksentini»
par Hamidou B.
, Le Jeune Indépendant, 13 mai 2004
Rédha Malek, ancien chef de gouvernement (1993-1994), président
de l’ANR (Alliance nationale républicaine) et négociateur
des Accords d’Evian, livre au Jeune Indépendant sa position
sur le dossier brûlant des disparus. «Il ne faut rien cacher»,
dit-il. Rédha Malek, vieux routier de la politique, dit travailler pour
l’Algérie. «Je suis prêt à rencontrer
Farouk Ksentini. Il faut mettre les choses à plat et discuter».
Son souci premier «est de voir le pays retrouver sa stabilité,
amorcer son développement et atteindre sa vitesse de croisière
sur le plan économique et social».
L’ancien chef de gouvernement évoque dans cet entretien
plusieurs autres questions liées à l’actualité politique
nationale. Restant fidèle à ses principes, Rédha
Malek préconise une prise en charge réelle des repentis.
Il estime que ceux qui se rendent aux autorités de l’Etat
doivent bénéficier d’une aide sur les plans psychologique,
moral et pédagogique.
Il ne suffit pas
de déposer les armes, prévient-il, il
faudrait que ces gens changent leur mentalité. Il suggère à ce
propos que les pouvoirs publics expliquent aux terroristes leurs erreurs. «Ce
sont des Algériens qu’il faut entretenir pour qu’ils
puissent s’insérer dans la société»,
dit celui qu’on qualifie d’»éradicateur».
Rédha Malek précise qu’il a soutenu l’initiative
du président Bouteflika à propos de la concorde civile.
Mais, indique-t-il, des dispositions contenues dans ce projet n’ont
pas été appliquées. Des dispositions que l’ancien
chef de gouvernement qualifie de «majeures».
Pour lui, les repentis
devraient passer par les tribunaux, sinon c’est
toute la crédibilité de l’Etat qui est remise en
cause. Rédha Malek relève que son parti a évolué avec
le temps, précisant que l’ANR reste résolument attachée à ses
principes.
Sur la période qui a vu la participation de l’ANR dans
le gouvernement de M. Benbitour, Rédha Malek préfère
ne plus revenir sur cette parenthèse, précisant être
au service exclusif de l’Algérie.
Le Jeune Indépendant
: M. Farouk Ksentini, président de la Commission nationale consultative
de promotion et de protection des droits de l’homme (CNCPPDH) a
laissé entendre qu’il comptait vous rencontrer pour parler
du dossier des disparus. Peut-on
connaître votre réaction ?
Rédha Malek :
M. Ksentini n’a qu’à travailler. Il faut l’encourager.
Je suis prêt à le recevoir et à discuter. Je suis
prêt à parler de n’importe quel sujet. Nous sommes
d’esprit libre. A chaque fois que nous avons eu des cas à trancher,
nous avons tranché dans le bon sens. Nous
sommes prêts à donner nos analyses.
Etes-vous prêt à lui
donner des informations sur les disparus ?
Nous n’avons pas d’information à communiquer à M.
Ksentini. Nous sommes prêts à lui donner nos analyses. Il
y a des choses qui nous dépassent, il y a des choses qu’on
ne connaît pas concrètement. Il
ne faut pas parler de choses dont on n’a pas d’éléments.
Le président de la CNCPPDH veut vous rencontrer parce que vous étiez
chef de gouvernement durant cette période où il y a eu
des disparitions.
Nous lui dirons ce que nous avons vu. Il
n’y a aucun problème. C’est un dossier qu’il
faut régler. Il faut laisser M. Ksentini faire son travail. S’il
y a des gens (parmi les disparus, NDLR) qui sont en vie, il faut le dire.
Il faut régler ce dossier. Tout le monde doit participer au règlement
de ce problème. Même les services de sécurité participeront à cette
recherche de la vérité sur ces gens qui ont disparu. Il
faut mettre à plat tous les paramètres de cette question.
Pour cela, il faut établir des listes, voir ceux qui ont disparu
parce qu’ils ont été soit au maquis suivre les terroristes
soit enlevés par les terroristes eux-mêmes et voir s’il
y a des cas où l’on estime que c’est l’Etat
qui est directement responsable de leur enlèvement ou de leur
disparition. Dans
ce cas, il faut tirer les choses au clair. Il n’y a rien à cacher.
Il faut mettre les choses à plat et discuter ouvertement. C’est
ma position.
M. Rédha Malek, vous avez été accusé dans
un journal (Echourouk, NDLR), citant une étude que durant la période
où vous étiez chef de gouvernement, il a été enregistré un
nombre important de disparitions...
«Oui, il y a eu des disparitions sur toutes les périodes
; il ne faut pas raconter d’histoire, on veut m’attribuer
cela d’une façon plus directe, plus précise, parce
que j’ai pris des positions contre le terrorisme. On me reproche
d’avoir dit que la peur doit changer de camp. Je
l’ai dit et je le répète, point final. Allez
voir l’Arabie saoudite, ils sont plus éradicateurs que nous.
Le prince héritier d’Arabie saoudite, le prince Abdallah,
non seulement il menace mais il dit que tous ceux qui ne condamnent pas
avec lui ce terrorisme sont eux-mêmes des terroristes. Si
en Algérie nous avions prononcé ces propos, on aurait
dit ce sont des éradicateurs ! Attention, le terrorisme peut renaître.
Ce fléau n’est pas encore terminé, compte tenu de
la situation internationale et compte tenu aussi d’une politique
qui n’est pas toujours sage en Algérie.
Faites-vous allusion à la
concorde civile ?
La concorde civile,
moi, je l’ai appuyée tout en me référant au
code pénal. Tous ceux qui ont commis des crimes et qui se rendent,
il faut qu’on les juge, en atténuant évidemment le
châtiment comme le stipule la loi sur la concorde civile. Il
faut que ces gens qui ont déposé leurs armes passent
par la justice, sinon c’est l’Etat algérien qui est
remis en cause. C’est la justice algérienne qui perd sa
crédibilité. Il était prévu des commissions
de probation, ça n’a pas été fait. La
loi sur la concorde civile de 1999 n’a pas été appliquée,
notamment des dispositions majeures. Aujourd’hui, on nous parle
de concorde nationale, nous sommes pour que l’ordre public règne,
nous sommes pour que la quiétude du citoyen soit assurée. Ahlan
ou sahlan, marhaben, que les gens remettent leurs armes, mais encore
faut-il les
prendre
en charge sur le plan psychologique, sur le
plan moral, sur le plan pédagogique, parce qu’il ne suffit
pas de jeter les armes si on garde la même mentalité. Il
faut qu’on leur explique leur erreur, il faut prendre les choses
rationnellement. Ce sont des Algériens, il faut les entreprendre
pour qu’ils puissent s’insérer dans la société d’une
façon logique et normale.
Le président Bouteflika voudrait
introduire des amendements à la loi 99-08 du 13 juillet 1999 portant
concorde civile pour faire bénéficier les nouveaux repentis
d’un nouveau cadre juridique...
Attendons
de connaître cette nouvelle loi pour en discuter !
Et
la réconciliation nationale ?
Je vous ai déjà répondu.
Il faut connaître les intentions du Président sur la réconciliation
nationale.
Le discours de
votre parti a-t-il changé ?
Nous avons
toujours le même discours, mais cela ne veut pas dire qu’on
n’évolue pas. Nous évoluons avec le temps en gardant cependant nos principes.
La démocratie ne se construit pas en un jour.
Votre présence à la
cérémonie d’investiture du président Abdelaziz
Bouteflika a-t-elle un sens politique ?
Nous avons répondu à l’invitation
du chef de l’Etat. L’Etat algérien est l’Etat de tous les Algériens.
Il faut créer des traditions de respect de l’Etat. C’est
la culture d’Etat. Notre présence à cette cérémonie
ne nous empêche pas cependant d’être très critique
sur telle ou telle politique. Je
suis d’ailleurs très critique parce que nous estimons
que beaucoup de choses n’ont pas été réalisées.
Je vous cite comme exemple la réforme de l’Etat, la réforme
de l’éducation, la réforme de la justice. Les commissions
qui ont été installées ont donné des résultats. Le
pays doit être réformé dans beaucoup de domaines.
Ce sont des réformes extrêmement importantes pour la sortie
de crise. H. B.
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